Nouvelle génération

Noah Gottlob "Notre ouverture renforce notre judaïsme"

Jeudi 1 novembre 2018 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1032

A 24 ans, Noah Gottlob a suivi ce qu’on pourrait appeler un parcours presque classique au sein de la communauté juive. Avec peut-être la maturité en plus. Actuellement en Master de Psycho à l’ULB, le shaliah de la JJL a toujours poursuivi le même objectif : aider les gens, en refusant les cases. Et si c’était possible ?

 

Noah Gottlob est né à Nivelles, avant d’être adopté par une famille bruxelloise juive laïque. « Mon père médecin correspond à la parfaite image du Juif d’Anvers venu s’établir à Bruxelles », explique-t-il. « Son père à lui était diamantaire, sa mère résistante, tous les deux sont des rescapés de la Shoah. Ma mère, psychologue, a compris qu’elle était juive le jour où elle a été traitée d’antisémite, car elle 
disait ne pas soutenir l’Etat d’Israël à tout prix ! “Je ne peux pas être antisémite puisque je suis juive”, a-t-elle répliqué. Sa mère était une enfant cachée, son père venait d’Egypte… ». Le tableau est dressé. Les origines ashkénazes et séfarades de la famille aussi.

Elevé avec un frère de deux ans son cadet dans un milieu complètement laïque, le jeune Noah n’en assume pas moins une identité culturelle très juive. « On ne jeûne jamais à Kippour, mais chaque année, on réexplique entre nous pourquoi on ne jeûne pas ! », sourit celui qui a pris l'habitude en famille de privilégier le débat.

De sa scolarité à Beth Aviv, puis à Ganenou -après une tentative de deux mois à Uccle 1 jugée « trop radicale pour sortir de la bulle communautaire… »-, Noah Gottlob retient l’ambiance familiale et l’accompagnement individuel qui lui a apporté la confiance dont il manquait. Mais il ne néglige pas l’effet boomerang que la vie en vase clos peut entraîner. « Le trop communautaire tue la communauté », estime-t-il, « ou, en tout cas, ne contribue pas à sa survie ». Et de se référer à la majorité de jeunes qu’il contacte régulièrement en vain pour s’investir avec lui dans la communauté. « Tous me répondent  qu’à 18 ans, ils veulent un peu voir ailleurs… »

Noah Gottlob a lui-même fréquenté la JJL dès l’âge de 6 ans, avant d’être madrih, puis boger, et membre du conseil d’administration de 
la Maison des Jeunes (MJLJ). La pause d’un an qu’il a faite lui a 
paru très bénéfique et redonné envie de s’investir au sein de la JJL avec plus de motivation encore. Noah devient ainsi shaliah de la 
JJL en 2016, tout en poursuivant des études de psycho à l’Institut Marie Haps.

Refusant les cases qu’il croyait percevoir dans une première année d’études de droit, Noah Gottlob confie vouloir aider les gens dans leurs souffrances, dans les difficultés qu’ils peuvent avoir à trouver leur place dans la société, dans leur famille. Son dada ? La question du genre, de plus en plus discutée et pourtant toujours taboue. Le petit garçon qui ne va pas oser faire preuve de douceur ou de patience. La petite fille qui s’interdira d’être impertinente… « Je veux déconstruire ce que la société nous impose et qu’on ne s’autorise pas à être », souligne-t-il. « La binarité des genres, l’association de telle ou telle qualité à l’un de ces deux pôles, n’a pas de sens et elle est enfermante. Il faut être conscient des souffrances qui peuvent découler du fait de ne pas être à l’aise dans son genre et en finir avec cette tendance à penser que le sexe détermine le comportement ou la façon de voir les choses. Tout cela conduit au sexisme et à ce à quoi on assiste aujourd’hui ».

En tant que shaliah, Noah a fait entrer différentes thématiques au sein de la JJL. Cette année, il mise sur l’approfondissement des idéaux du mouvement. Avant cela, c’était l’écologie, qui a permis d’améliorer très probablement la propreté et l’hygiène des mahanot ; mais aussi la coexistence avec les autres communautés, pour tenter d’échanger et de déconstruire les préjugés. « Quand on s’ouvre aux autres, certains ont l’impression que cela dénature notre judaïsme. Je pense exactement le contraire : c’est lorsque j’explique aux autres ce qui fait mon judaïsme et comment je le vis dans une ville cosmopolite comme Bruxelles que je me sens juif. Sommes-nous moins juifs à la JJL parce que nous ouvrons nos portes ? Pas du tout, cette ouverture renforce justement notre judaïsme ».

Si Israël fait également partie de son identité, Noah Gottlob n’en reste pas moins très critique à l’égard de la politique israélienne. « Mais je ne demande qu’à rencontrer ceux qui m’aideront à réfléchir pour agir de façon constructive », admet-il, « dans l’intérêt du pays et en faveur de la paix ».


 
 

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