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Naissance de Sigmund Freud (6 mai 1856)

Mardi 2 mai 2017 par Tarbout
Publié dans Regards n°861 (1001)

Lorsqu’il est amené à décliner son identité, Sigmund Freud, le père de la psychanalyse ne manque pas de souligner sa judéité. Ainsi, Dans Ma vie et la psychanalyse, il écrit : « Je suis né le 6 mai 1856 à Freiberg, une petite ville de Tchécoslovaquie actuelle. Mes parents étaient juifs, moi-même suis demeuré juif ».

 

Freud manifeste dès sa scolarité une grande curiosité intellectuelle et une passion pour les textes bibliques auxquels son père l’initie. Rapidement, il se dégage de la tradition religieuse qu’il juge contraignante. Bien que son épouse Martha Bernaeys appartienne à une famille juive orthodoxe et dont le grand-père fut rabbin d’Hambourg, Freud continue de critiquer la loi juive, et tout particulièrement les restrictions alimentaires que Martha respecte. Tout cela ne l’empêche pas toutefois de demeurer très attaché à « l’essence du judaïsme, pétri de sens et de joie de vivre ».

Sensible à l’antisémitisme qui ne cesse de se développer en Autriche à partir de la fin du 19e siècle et convaincu que son identité juive se dresse comme un obstacle à sa carrière au sein du monde scientifique et universitaire, Freud redoute plus que tout que la psychanalyse soit considérée comme une « affaire juive ». La vocation de la psychanalyse étant universelle, son objet d’étude est l’homme, quelles que soient ses origines. Et pour « déjudaïser » la psychanalyse, Freud décide de placer un non-Juif, Carl-Gustav Jung, à la tête de l’Association psychanalytique internationale. Ce choix judicieux ne prive pas les adversaires irréductibles de Freud de poursuivre leurs attaques. Il n’empêchera pas non plus Jung de sombrer également dans l’antisémitisme en écrivant notamment en 1934 que l’inconscient aryen est différent de l’inconscient juif et en accusant Freud de ne rien comprendre à la psyché allemande.

En dépit des sentiments ambivalents qu’il nourrit de plus en plus envers le judaïsme, Freud ne renonce pas à son identité juive. Bien au contraire. Alors que les nazis dirigent l’Allemagne et qu’il écrit son dernier livre L’homme Moïse et la religion monothéiste, il réaffirme sans équivoque sa fidélité au judaïsme et au peuple juif dans une lettre adressée en 1935 à un médecin juif (Siegfried Fehl) : « J’espère que vous savez que je suis toujours resté fidèle à notre peuple, et que je n’ai jamais prétendu être autre chose que je suis : un Juif de Moravie dont les parents venaient de Galicie autrichienne » !

En quoi consiste donc l’identité juive de Sigmund Freud s’il ne croit pas en Dieu et s’il condamne virulemment la tradition religieuse ? Dans Le Moïse de Freud, l’historien américain Yosef Haïm Yerushalmi qualifie Freud de « Juif psychologique », dont les particularités sont « l’intellectualité et l’indépendance d’esprit, une exigence éthique et des normes morales plus élevées, un souci de la justice sociale et une ténacité face aux persécutions ». De Juif laïque en somme.  


 
 

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