Cinéma

"Mountain" de Yaelle Kayam

Mardi 14 novembre 2017 par Florence Lopes Cardozo

Dans son premier long-métrage, Yaelle Kayam se penche sur la souffrance d’une jeune femme orthodoxe, épouse et mère, qui n’est plus désirée par son mari. L’action se déroule dans le cimetière du mont des Oliviers à Jérusalem, un lieu chargé de sens au carrefour des trois religions monothéistes. Traversé de symboles, Mountain se veut un conte allégorique.

 

Comment est née cette histoire ?

Au départ, je voulais faire un film sur le mont des Oliviers, parce qu’il y a quelque chose dans ce paysage qui m’a toujours intriguée et touchée, mais je n’avais pas encore l’histoire. Je me suis souvent et longtemps rendue sur place, montant et descendant cette montagne. Ensuite, j’ai pensé qu’il serait plus facile de porter des vêtements religieux, pour me fondre dans le lieu et ne pas susciter trop de questionnements. Au fur et à mesure que je me rendais sur place je me suis mise à lire des textes de la guemara, différentes histoires que j’ai mises en relation avec la montagne et puis, j’ai rencontré encore, sur place, lors de différentes occasions, des personnes liées elles-mêmes à la montagne, chacune à leur façon. Ces gens se connaissaient entre eux.

Il y a en quelque sorte de la vie sur ce cimetière…

Un jour que je cherchais et ne trouvais pas la tombe de la poétesse Zelda, je me suis fait aider par Abed, un fossoyeur palestinien. Il m’a parlé de lui et, chose incroyable, il connaît tout là-bas, de la tombe de Zelda à celle de Rabbi Kook ! Il m’a directement inspiré un personnage.
De la tombe de Zelda, j’ai eu une vision claire et dégagée du panorama et c’est là que m’est apparue cette image sur le ciel, vue d’une petite cuisine avec des assiettes empilées, regardant vers le mont du Temple, en espérant et en attendant la rédemption. La foi, le religieux et les symboles s’y sont greffés. Plus de temps je passais là, plus tout cela se confirmait. Je me suis rendue à peu près six mois sur place sans idée préconçue, puis j’ai écrit le premier jet en trois semaines.

Parlez-nous un peu de Zvia et de ce singulier portrait de femme.

Je me suis intéressée à explorer l’intériorité du personnage. Zvia fait tout bien au quotidien et n’a pas les retours logiques de ses efforts. Que se passe-t-il lorsqu’on suit toutes les règles d’une vie honnête, mais que l’on ne se sent pas bien, voire frustrée ? Ce point de vue m’a intéressée, de surcroit de la part d’une femme ordinaire. Zvia vit avec des valeurs du bien et du mal et joue constamment avec les limites. Lasse et désespérée, elle sort de son univers pour explorer d’autres possibilités : celles qui se trouvent dans l’autre camp de ses valeurs. Des histoires de référence illustrent ces contraires féminins : Eve et Lilith dans la Bible ou Marie et Marie-Madeleine dans le Nouveau Testament, l’irréprochable et la prostituée. J’ai voulu transposer cette division extérieure, qui traverse l’Histoire, les siècles et exprime la dualité, au sein même d’une personne.

Tant au niveau du son que de l’image, votre langage cinématographique est riche…
Pour traduire à l’image ces femmes constamment divisées, j’ai notamment filmé les visages de profil, parce l’un comme l’autre offre une vision partielle d’un tout. J’ai alterné les profils, celui de la femme « bonne » et celui de la prostituée, en faisant aussi dialoguer d’un côté le corps de Zvia, enrobé, qui a porté les enfants et n’est plus considéré comme sexuel, de l’autre une machine à sexe, dans un corps mince, mais maladif. Ces deux destinées sont dans la destruction. J’ai voulu explorer le champ d’une femme brûlante d’envie qui n’est plus désirée, une détresse bien moins visible que ce que dégagent les « garces » qui, au-delà de la jeunesse et de la minceur, savent se mettre en valeur pour susciter le désir. Que faire de son désir quand on ne le suscite pas ou plus…

Avec Shani Klein, Avshalom Pollak, Haitham Ibrahem Omar.
Une coproduction : Israël/Danemark
V.O. hébreu, sst FR/VL
Durée : 1h23
Sortie : le 15 novembre 2017

Pour voir la bande annonce


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par ARABDIOU HAKIM - 22/11/2017 - 20:23

    Un très beau film. Je l'ai vu il y a un an environ.