Cinéma

"Montana" de Limor Shmila

Mardi 29 janvier 2019 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°1037

Inspiré d'éléments autobiographiques, filmé dans et autour de la maison familiale de la réalisatrice, le premier long métrage de Limor Shmila oscille entre blessure et ouverture, réparation et affirmation. Interprété avec naturel et sobriété, il sera projeté au Tels Quels Festival, en partenariat avec IMAJ le dimanche 3 février 2019 à 19h au Botanique.

 

Rentrée à Acre à l’annonce du décès de son grand-père, Efi retrouve sa grand-mère, son oncle et sa tante, tous deux célibataires. La mort du grand-père semble irréelle. Les circonstances de son décès restent évasives. Des silences succèdent aux non-dits. On s’étonne de revoir Efi après quinze ans d’absence. Pourquoi a-t-elle disparu ? Pourquoi n’est-elle pas revenue plus tôt ? Combien de temps compte-t-elle rester ? Loin, en France, la mère d’Efi ne revient pas pour l’enterrement. Sa voix anxieuse et impatiente résonne dans le portable de sa fille. Déambulant dans sa ville natale, foulant les lieux de son enfance, Efi reste songeuse devant l’ancienne maison familiale. Keren et sa famille l’occupent à présent. Alors que cette dernière lui ouvre sa porte et l’invite à retrouver, le temps d’une visite, les murs de son enfance, les deux femmes sont irrésistiblement attirées l’une par l’autre. Serait-ce la chose la plus secrète et la plus « hors-norme » du tableau… Il semble que non.

A travers ses promenades, ces lieux, ces odeurs et ces connaissances, retrouvés, par le recul pris sur sa famille et son microcosme, par ses questions pleines de sens, Efi fait vite d’égratigner la fine couche de vernis qui peine à masquer ces semblants d’équilibre et d’harmonie. Peut-être le grand-père incarnait-il la clé de voûte de l’édifice familial : « Mon grand-père Musa Ashuel était l’une des personnes les plus fortes et les plus courageuses que j’ai jamais rencontrées. Pendant des décennies, il se promenait tous les matins dans son verger d'orangers, juste à l'extérieur d'Acre, notre ville. Après sa retraite, j'ai passé mon enfance assise sur le porche à l'observer s'occuper de son jardin adoré. Il y a trois ans, il a marché jusqu'au bord de la mer et n'est jamais revenu. Sa décision m’a bouleversée : il avait choisi ce moment pour partir plutôt que de devenir malade et dépendant. Le scénario a été écrit en sa mémoire et en son honneur, le film a été tourné dans sa propre maison et dans son jardin », évoque la réalisatrice Limor Shmila.

A 30 ans, Efi retrouve une partie du monde qu’elle a quitté, elle en saisit un autre aussi, avec ses yeux d’adulte, de femme libre. Elle observe une réalité rude et sans charme, qui s’appelle la vie, la frustration, l’envers du décor. Elle hallucine devant ces œillères dont tous semblent affublés : les relations crues et malsaines sont noyées dans la morosité ambiante. Tout le monde ferme les yeux, personne ne veut voir, tant dans sa famille que dans celle de Keren. Le temps de son errance à Acre est en suspension, entre cette belle rencontre illégitime -Keren est mariée et mère de famille- et les réminiscences de son passé traumatique. Ce lancinant « Combien de temps tu vas rester ? » plane comme une gêne, une énigme. « Que viens-tu chercher ici ? », s’inquiète son oncle affectueux - policier et coéquipier du mari de Keren. Il aimerait bien que sa nièce revienne s’installer auprès d’eux. Efi le défie du regard. Témoin d’un mal inacceptable qui ravive ses blessures, Efi rôde comme une vérité qui doit éclore, pour se libérer et délivrer une autre jeune victime, tel son double.

Comme ce papier blanc et vierge que l’on crayonne sur une surface en relief, des révélations et vérités abjectes surgiront, nonchalamment, avec ce souci enfin de révéler, de briser le silence, de dénoncer et mettre un terme aux abus… commis sur les enfants. La sérénité ne peut s’obtenir qu’au prix de la vérité. C’est parallèlement sur le mode d’une homosexualité affirmée, d’une sensualité assouvie, délicate et sans pudeur, que Limor Shmila livre son récit intime. 

Bio express

Née à Acre en 1983, Limor Shmila est issue d’une famille juive orthodoxe. Elle a suivi un enseignement religieux et s'est portée à 18 ans volontaire dans la fonction publique nationale en tant que conseillère auprès des jeunes à risque. Elle abandonne la religion à 20 ans et s’engage dans des études de cinéma au Tel Hai Academic College, au cours desquelles elle réalise deux courts métrages qui seront présentés dans divers festivals en Israël et à l'étranger. Assistante réalisatrice et gestionnaire de scénario en 2005, directrice de casting renommée depuis plus de dix ans en Israël (prix Israel Film Academy du meilleur casting en 2016), Montana est son premier long métrage.
Dimanche 3 février 2019 à 19h au Botanique
Avec Noa Biron (Efi), Neta Shpigelman (Keren), Avi Malka (Yossi). Israël, 2017.
Durée : 73 minutes
Infos et réservation : http://telsquels.be/agenda/montana/

 
 

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