Allemagne/polémique

"Mein Kampf" : entrée gratuite avec une croix gammée !

Vendredi 20 avril 2018 par Jérôme Segal

Au théâtre de Constance, en Allemagne, un metteur en scène offre la gratuité aux spectateurs qui porteront une croix gammée. L’émoi suscité est bien entendu énorme, d’autant plus que la première se tient en ce 20 avril, jour anniversaire d’Hitler et que la pièce s’intitule Mein Kampf.

 

Provocation ? Marketing désastreux ? Goût du buzz médiatique à tout prix ? En ce vendredi 20 avril 2018, pour la première d’une pièce de George Tabori intitulée Mein Kampf (mon combat) au théâtre de Constance, en Allemagne, les spectateurs qui porteront une croix gammée entreront gratuitement. Pire encore, les autres, ceux qui payeront leur place, devront porter une étoile de David pour assister à cette pièce reprenant à dessein le titre du célèbre livre antisémite d’Adolf Hitler ô combien programmatique, datant de 1925. C’est du moins ce que le metteur en scène, Serdar Somuncu, avait prévu, justifiant son idée par le fait que l’action de la pièce commencera dès le vestibule du théâtre, au niveau des caisses.

Devant le tollé provoqué par cette première, prévue en outre exactement le jour de l’anniversaire d’Hitler, né il y a 129 ans, le théâtre a annoncé que finalement les spectateurs qui achèteront leur place se verront seulement « proposer » de porter une Magen David, et que ce serait « en signe de solidarité avec les victimes de la tyrannie nazie ». Par contre, l’entrée est bien offerte aux porteurs de l’emblème nazi. Toujours dans un souci d’apaisement, la direction du théâtre accepte de changer la date des réservations pour les spectateurs qui, finalement, préféreront une autre date que celle de l’anniversaire du « Führer ».

Qu’il s’agisse de l’étoile de David ou de la croix gammée, les deux sont distribuées à l’entrée du théâtre et doivent être rendues à l’issue de la représentation. Pour le ministère public, le parquet de la région de Constance, il n’y a donc pas de violation du paragraphe 86a du Code pénal allemand, lequel interdit toute glorification du nazisme et plus précisément le port de tout insigne clairement rattaché au parti nazi. Les autorités ont ainsi fait savoir mercredi dernier que cette action relevait en premier lieu de la liberté artistique et qu’en conséquence, aucune charge n’allait être retenue contre le théâtre.

La communauté blessée

Du côté de la ville de Constance, le maire-adjoint en charge de la Culture, Andreas Osner, a condamné l’initiative prise par le théâtre, que ce soit pour la date de la première ou pour la distribution d’insignes utilisées par les nazis. Il a rappelé combien il était détestable de faire de la publicité aux dépens de la communauté juive de la ville qui se sent blessée, mais il n’interdira pas la pièce.

Cette pièce, écrite par George Tabori (1914-2007), hongrois d’origine juive devenu britannique, raconte sous la forme d’une farce les années viennoises d’Hitler, de 1907 à 1913 : son échec, à deux reprises, pour entrer à l’Académie des Beaux-Arts, sa vie de bohème et son admiration pour le maire de Vienne, Karl Lueger, le fondateur de l’antisémitisme politique qui l’a tant inspiré. C’est d’ailleurs à Vienne, en 1987, que la pièce de Tabori a été montée pour la première fois, sans le moindre scandale.

Ce qui cause aujourd’hui tant d’émoi, c’est bien les dispositions prises par le metteur en scène et l’intendant du théâtre : le choix de la date et la distribution de symboles… six mois seulement après l’entrée au Bundestag, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, d’un parti d’extrême droite, l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), dont les liens avec l’idéologie nazie sont démontrés. Ce parti a recueilli 12,6% des suffrages, ce qui lui a donné 92 députés, dont Wolfgang von Gottfried qui a qualifié la destruction systématique du peuple juif de « mythe ».

Au même moment, en Autriche, l’extrême droite est arrivée au pouvoir dans un gouvernement de coalition avec les conservateurs et c’est la maison natale d’Hitler qui pose problème : le gouvernement continue de payer un loyer pour une coquille vide, et aucune décision n’est prise quant à l’avenir du lieu. Pourquoi ne pas en faire un théâtre, dans lequel on pourrait être enfin assuré que le nazisme ne sert pas à un marketing nauséabond ?


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par CERF - 23/04/2018 - 0:54

    Je suis outré de l’information qui vient de me parvenir et ne peux me résoudre à en rester là, je vous demande comment porter plainte au titre de l’interdiction de prôner toute propagande antisemite

  • Par Kalisz - 24/04/2018 - 23:47

    La pièce "Mein Kampf" de Tabori a été montée en Belgique au Varia par le bien connu David Strosberg, qui en avait coupé la moitié, l'avait ainsi dénaturée. Il s'agit d'une farce noire ambigüe mais qui porte à un moment un discours contre l'antisémitisme. Le même Tabori a écrit "Le courage de ma mère".
    Le désastre de cette nouvelle production est la mise en jeu des insignes. Combien d'artistes cherchent aujourd'hui les moyens de réveiller les consciences et les sensibilités qui s'émoussent et qui s'émousseront chaque jour davantage. Il faut en être conscient. Mais ce jeu indécent n'est pas la solution. Mais bien son problème. On ne joue pas au ballon avec la Shoah comme des crapules de quartier. C'est la banaliser davantage ou la folkloriser par des scandales dont on se serait bien passé.L'humour n'y gagne rien. Et la provocation occulte l'extermination.