BD

Les Louves - Des femmes en résistance

Mardi 3 avril 2018 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°880 (1020)

Roman graphique émouvant, Les Louves de Flore Balthazar reconstitue le quotidien d’une adolescente sous la botte nazie à La Louvière et tire de l’oubli une héroïne de la Résistance, entremêlant fiction et réalité.

 

Elle-même louviéroise et toute petite passionnée de BD, Flore Balthazar débute chez Spirou en 2006. Elle a notamment dessiné sur un scénario de J.L. Cornette une biographie de Frida Kahlo (2015) axée sur la rencontre de la célèbre artiste et de Léon Trotski durant son exil mexicain.

Pour Les Louves, Flore se souvient des histoires de guerre que sa grand-tante, Marcelle Balthazar, lui racontait dans son enfance. S’inspirant du journal tenu par Marcelle durant l’Occupation, elle s’efforce d’en reconstituer les dialogues afin de mieux nous décrire ce quotidien au féminin. « La vie quotidienne constitue un sujet inépuisable, si on le raconte bien », souligne-t-elle. Ainsi, elle a voulu « comprendre comment une femme avec cinq enfants et un mari prisonnier en Allemagne a-t-elle tenu le coup durant le conflit ? ». Elle précise : « Ma recette a donc été de mélanger des souvenirs de famille à des faits réels transformés, comme le personnage de Marguerite Clauwaerts, inspiré de la résistante belge Marguerite Bervoets ». Les Louves n’est pas une BD documentaire, mais l’inspiration libre de faits réels pour créer « une fresque qui montre toutes les possibilités d’une femme durant la Seconde Guerre mondiale en Belgique ».

Faisant des femmes le centre de son récit, Flore Balthazar revisite l’histoire de la guerre en Belgique. Un travail imposant : 180 planches réalisées au prix de trois ans d’efforts et de recherches menées avec un grand souci documentaire dans la représentation des décors, des véhicules, des uniformes d’époque, etc. Se basant sur ses propres photos de famille, Flore Balthazar a été aidée dans ses recherches par l’historien Thierry Delplanck, archiviste de la ville et du CPAS de La Louvière, auteur de l’article qui suit le récit graphique dans Les Louves et nous en restitue le cadre historique.

Tombée pour la Belgique

La BD commence par la fable animalière opposant les « Loups de l’Est » aux Loups voisins « fatigués des guerres » et dont les Louves se terrent « serrant contre elles leurs Louveteaux ». Suit l’annonce à la radio de l’invasion de la Pologne le 1er septembre 1939 et un rappel du discours d’Hitler déclarant « l’anéantissement de la race juive en Europe » en cas de nouvelle guerre mondiale. La famille Balthazar (avec Marcelle, sa sœur Yvette et leurs trois frères) rend visite à Saint-Nicolas au grand magasin L’Innovation à Bruxelles. Expression des joies simples de la vie de famille, cet épisode festif ouvre le journal de Marcelle. 10 mai 40 ! Avec Marcelle, nous vivons les incertitudes des premiers jours de guerre à La Louvière, l’arrivée de troupes françaises… l’exode et le départ du père, mobilisé. 28 mai, le roi annonce la capitulation. Louis Balthazar devient prisonnier de guerre en Allemagne.

« Une fois les Loups de l’Est victorieux », note Flore Balthazar, « certains s’en accommodent fort bien… D’autres entrèrent en lutte. Mais la plupart essayèrent surtout de continuer à vivre, sous ce ciel menaçant… ». Occultation, rationnement, attente du courrier… Premiers actes de patriotisme, écoute des émissions de la BBC, signe V de la victoire inscrit à la sauvette sur les murs de la ville occupée… Tandis que Marcelle termine ses études secondaires et ambitionne d’entrer à l’Ecole normale, la nouvelle institutrice des petits Balthazar, Marguerite Clauwaerts, s’engage dans la Résistance. Louis Balthazar rentre de captivité. 8 juin 42, Marguerite et son amie Cécile sont arrêtées par les Allemands alors qu’elles photographient un champ d’aviation allemande. Torturées, elles sont déportées en Allemagne en attente de jugement. Boursière, Marcelle entre à l’Ecole normale de Nivelles.

Le 22 mars 1944, Marguerite est condamnée à mort. Le jour suivant, à La Louvière, la vie bascule : l’aviation américaine bombarde, visant la gare d’Haine-Saint-Pierre et détruisant tout le quartier du Parc où vivent les Balthazar qui, par miracle, échappent au carnage… Flore contraste les joies de la Libération avec les images infamantes de tonte des « putes à Boches ! » qu’elle montre en alternance avec le supplice de Marguerite, dénonçant la barbarie de telles violences perpétrées après des simulacres de justice…

Précisons qu’au parc Georges Henri à Woluwe-Saint-Lambert, l’imposant monument Ravensbrück dédié aux femmes résistantes et à leurs enfants morts en déportation s’accompagne d’un lutrin sur lequel est inscrit un extrait de la lettre d’adieu de Marguerite Bervoets, écrite avant d’être décapitée : « Je suis tombée pour que le ciel de Belgique soit plus pur, pour que ceux qui me suivent puissent vivre libres comme je l’ai tant voulu moi-même. Je ne regrette rien et je songe à vos enfants qui seront libres demain ».  

Flore Balthazar, Les Louves, Dupuis, collection « Aire Libre »


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Michaël U. - 2/10/2018 - 10:53

    Une bd très intéressante, il est également possible de l'acquérir dans la maison des Balthazar qui a été transformée en petit musée à La Louvière.

    Visite intéressante à recommander !