Culture/Livres

Littérature Jeunesse, des mots pour le dire...

Mardi 3 décembre 2013 par Une sélection de Michèle Baczynsky
Publié dans Regards n°789

A l’occasion des fêtes de Hanoucca, Regards a sélectionné pour ses jeunes lecteurs des livres ayant trait à la culture juive et qui les raviront. Nous n’avons pas oublié les ados...

 

Le Golem
Adaptation et illustrations de David Wisniewski, traduction de Muriel Bloch
Editions Le Génevrier
A partir de 9 ans

La légende du Golem raconte que pour protéger la population juive, terrée dans le ghetto par peur de représailles, suite à une accusation de crime rituel, Rabbi Loew aurait créé à partir de la glaise, le Golem (être informe, inachevé, en hébreu), David Wisniewski a fait de ce récit une adaptation intéressante à plusieurs égards. Il replace tout d’abord l’histoire dans son contexte historique et permet aux jeunes lecteurs de comprendre l’origine et le mécanisme de l’antisémitisme. Ensuite, parce qu’il accompagne son texte d’illustrations en papier découpé singulières et très expressives. Enfin, parce que le texte est servi par la traduction rythmée, fluide et efficace de Muriel Bloch (elle-même conteuse et adaptatrice).
En 1997, ce livre a reçu le prestigieux Prix Médaille Caldecott, décerné par l’Association américaine des bibliothèques de littérature jeunesse.

Nina chez la Reine d’Angleterre de Rutu Modan
Traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud Jeunesse
A partir de 6 ans

« Mange la bouche fermée ! »
« Tiens-toi droite ! »
« Ne te balance pas sur ta chaise ! »
« Ne mange pas avec tes mains ! »
Nina est excédée. « Mais à quoi servent toutes ces bonnes manières ? A rien ! ».
« Et que ferais-tu si la Reine d’Angleterre t’invitait à manger dans son palais de Buckingham ? », lui demande son père.
« Abracadabra ». Et ce qui fut dit fut créé, si l’on en croit la traduction en hébreu de l’expression.
« Toc ! Toc ! Toc ! » Voici donc le serviteur de la Reine venu en personne chercher Nina, petite fille pleine de désinvolture et de houtzpè (culot, en yiddish) et qui finira, je vous le dis déjà, par convaincre la Reine de manger avec les doigts. C’est bien meilleur !
Rutu Modan nous offre ici une bande dessinée pour les enfants, drôle, déjantée et joyeuse, un gentil pied de nez aux bienséances des adultes et qui devrait ravir les jolies têtes blondes.
Un régal. C’est le cas de le dire !

Les enfants de la liberté de Marc Lévy
Co-scénarisé et illustré par Alain Grand
Ed. Casterman
A partir de 13 ans

Les enfants de la liberté, tiré du roman éponyme de Marc Lévy, raconte l’histoire de son père et de son oncle, deux adolescents engagés dans la Résistance, au sein de la brigade Marcel Langer des MOI (Main d’œuvre Immigrée). La MOI comptait parmi ses membres des Espagnols, des Italiens, des Polonais, des Hongrois… communistes, souvent très jeunes, luttant contre la bête nazie, ralliés autour du cri de Vive la France !, « avec un accent étranger » (dans le texte).
Marc Lévy, l’auteur, et Alain Grand, le dessinateur et co-scénariste, nous offrent ici une histoire palpitante et émouvante à la fois (difficile équilibre) autour des thèmes tels que l’amitié, la liberté et le sacrifice d’une certaine jeunesse à une époque sombre de notre histoire, et dont les idéaux pour lesquels ils étaient prêts à sacrifier leur vie sont toujours aussi brûlants d’actualité.

La propriété
Roman graphique de Rutu Modan, traduit par Rosie Pinhas-Delpuech.
Actes Sud BD
Pour ados.

Une grand-mère, Regina Segal et sa petite-fille Mica s’envolent de Tel-Aviv pour Varsovie afin de récupérer une propriété qui appartenait à leur famille avant la guerre et occupée depuis par des Polonais. Au fur et à mesure qu’avancent les démarches pour la restitution du bien, un secret bien gardé vient remonter à la surface et donner un tour nouveau et inattendu à l’histoire.
Avec une maîtrise suprême de la mise en scène graphique et narrative, Rutu Modan nous parle de sujets graves, tels que le rapport qu’entretiennent les jeunes Israéliens avec la Shoah, le problème de la restitution des biens et les relations de haine/passion entre Juifs et Polonais, tout cela avec une dose d’humour désarmante. Et toujours avec bonheur, elle nous dessine -au sens propre comme au figuré- les relations intimes entre une grand-mère polonaise, juive et têtue, personnage familier pour certains, et celui de sa petite-fille attentionnée, la sabra décomplexée. Un grand roman graphique, qu’on lit d’une traite et que l’on referme doucement.
Rutu Modan (1966) a suivi des cours de bande dessinée à l’Ecole des Beaux-Arts Betsalel, à Jérusalem, avec Michel Kichka. Actes Sud a publié ses deux premiers romans graphiques Energies bloquées et Exit wounds qui a obtenu le Prix Angoulême 2008 du meilleur roman graphique étranger et le prestigieux Prix Eisner. A peine sorti de presse en octobre 2013, son nouveau roman graphique La propritété, publié en français aux Editions Actes Sud, a déjà reçu le prix Lucca, en Italie. Pour les mordus de l’œuvre de Rutu Modan et de la bande dessinée israélienne en général, on peut trouver en ligne une interview de l’auteure sur le site www.actuabd.com


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/