Exposition

Leonard Freed, le maître du photo-reportage en noir et blanc

Mardi 23 octobre 2018 par Bator

Avec son appareil photo Leica, suffisamment petit pour entrer dans une poche et son regard singulier sur le monde, Leonard Freed (1929-2006), l’un des grands noms du photo-reportage, a couvert sur un demi-siècle, le combat pour l’égalité raciale aux USA, l’Europe et ses blessures d’après- guerre, les profondes transformations sociétales américaines et la guerre des Six Jours.

Marche sur Washington. Washington D.C., 28 août 1963

Il photographie comme un journaliste et questionne comme un photographe, sans relâche, ce monde en mutation. Au fil des années, son regard se radicalise, dans un souci perpétuel de vérité et photographie, jusqu’à ses derniers jours, en 2006, depuis son lit de malade. Il laisse derrière lui une production d’un million de négatifs et un témoignage toujours d’actualité.

Le Musée juif de Belgique lui consacre à partir du 19 octobre jusqu’au 17 mars 2019 une rétrospective exceptionnelle de son œuvre, en partenariat avec l’Agence Magnum et le Musée de L’Elysée, à Lausanne.

Freed naît à Brooklyn au sein d’une famille juive, modeste, originaire de Minsk en Biélorussie. Il rêve de devenir peintre, mais après un séjour en Europe et en Afrique du Nord, la photographie s’impose à lui comme moyen d’expression dans ce monde tumultueux, au bord de la crise de nerfs, en pleine Guerre froide.

« Au lieu d’aller chez un psychiatre, je me soigne tout seul avec un appareil photo », affirme-t-il. Une conception très freedienne de la photographie.

Entre 1954-56, de retour à New York, il réalise son premier reportage sur les Juifs orthodoxes. En 1956, il repart en Europe, photographie la ville de Marcinelle enterrant les 262 mineurs de la catastrophe du Bois du Cazier. En 58, il s’établit à Amsterdam avec sa femme Brigitte. Il commence alors un travail sur cette Europe d’après-guerre, ce Vieux Monde qui renaît de ses cendres.  En 1963, il est aux USA et couvre le mouvement des droits civiques des Noirs. En 1964, il suit le révérend Martin Luther King dans sa voiture, dans un bain de foule. Freed sort son appareil de sa poche et prend une photo instantanée, très rapprochée de King et l’immortalise, entouré de cette foule qui le porte aux nues, les visages rayonnant de joie. « Freed passait inaperçu et il avait l’art de « chasser sa proie » », souligne Bruno Benvindo, commissaire de l’exposition avec Pascale Falek-Alhadeff.

C’est la consécration. En 1967, Freed est sélectionné pour l’exposition « The concerned photographer », aux côtés de Robert Capa et David Seymour. En juin 67, il couvre la guerre des Six Jours et prend le pouls de la nouvelle réalité israélienne après l’euphorie de la victoire, photographie les Juifs, les Arabes dans leur vie quotidienne.

Au début des années 70, il se lance dans un projet sur la police new-yorkaise, sur la violence de son quotidien et sa précarité, loin des clichés. On y voit, entre autres, la photo de policiers immobiliser un homme noir. On pourrait penser à une arrestation arbitraire à caractère raciste, mais le texte qui l’accompagne éclaire la photo sous un autre jour. « La police empêche un homme de frapper sa petite amie, 1978, New York ». 

Chez Freed le photojournaliste, les légendes sont presque aussi importantes que les photos. Brigitte Freed, sa veuve, 85 ans, de passage à Bruxelles pour l’exposition raconte : « J’ai développé les photos de Léonard durant 25 ans, mais j’en ai aussi rédigé les légendes d’après le compte-rendu qu’il m’en faisait. Ensuite, j’envoyais le tout à Magnum, l’agence pour laquelle Leonard travaillait depuis 1972 ».

« Les thèmes abordés par Freed restent d’une actualité brûlante », explique Pascale Falek. « Les enseignants peuvent les exploiter comme piste de réflexion pour les jeunes, par exemple, le traitement sémantique d’une photo. Comment, tirée de son contexte, arrive-t-on à la détourner et comment identifier une fake news ? » .

Une œuvre précieuse et sans concession qui nous interroge sur notre rapport au monde.

« Leonard Freed, Photographing the world disorder »
A voir jusqu’au 17 mars 2019 au Musée Juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles
Infos : www.mjb-jmb.org

 
 

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