Culture/Cinéma

Laurent Capelluto tout de go

Mardi 3 juin 2014 par Propos recueillis par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°800

A l’affiche du film Je te survivrai, présent sur la scène théâtrale belge, appelé par le cinéma belge et français, nominé et récompensé par de nombreux prix, Laurent Capelluto parle de son métier de comédien avec passion et humilité. Rencontre avec une belle personne...

Quelle est votre approche du métier de comédien ? Laurent Capelluto : J’ai le sentiment que raconter des histoires est la seule chose qui me relie vraiment aux autres, en termes d’humanité. Ce n’est pas anodin de partager une part d’imaginaire, avec ce qu’on est. Face à nos comportements de plus en plus individualistes, j’aime sentir, qu’à un moment, on peut se retrouver ensemble autour d’un récit qui nous interroge chacun dans notre manière d’appréhender le monde -même quand c’est sous la forme d’un divertissement-, c’est quelque chose qui fait sens. Que des gens aillent au cinéma ou au théâtre pour partager ces instants illustre ce besoin. Dans ces moments-là, il y a illusion de faire partie de quelque chose de plus grand que soi.

Comment cela se passe-t-il dans le travail ? L. C. : Aux répétitions comme sur scène, j’aime sentir l’énergie commune que nous mettons à ce que l’histoire parvienne au public. Ces moments de communion absolue -qui durent parfois moins d’une demi-seconde- procurent un bonheur intense. Mon professeur au Conservatoire, Pierre Laroche, avait toujours cette magnifique façon de nous dire qu’il fallait beaucoup travailler, qu’on était des artisans, qu’il fallait toujours être ouvert, curieux de la vie, parce que l’important, ce n’est pas tant de maîtriser les choses que de toucher le mystère... Mais pour toucher le mystère, il faut maîtriser toute une série de choses avant...

Quelle est votre perception du théâtre en Belgique ? L. C. : Je suis extrêmement admiratif de voir tout ce qu’il faut mettre en œuvre pour voir un projet se réaliser. Il faut investir beaucoup d’énergie autour du théâtre qui fait de moins en moins vivre. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, en ayant une certaine exigence professionnelle, on passe une grande partie de son temps à en faire sans être payé. Je constate que beaucoup de comédiens enseignent, font du doublage ou mille et une choses pour pouvoir s’en sortir. Pour l’instant, j’ai la chance d’être impliqué dans des projets qui me passionnent et de pouvoir en vivre, mais je suis conscient que cette chance peut avoir une fin.

Comment choisissez-vous les projets théâtraux ? L. C. : Au théâtre, c’est très simple, mon choix premier se porte sur les projets de Dominique Serron de L’Infini Théâtre. C’est ma maison, j’aime le travail de cette femme, j’aime sa cohérence, son engagement. La compagnie L’Infini Théâtre, c’est avant tout un théâtre de textes qui aborde chaque pièce en explorant ce qu’elle a d’utile et d’intéressant à exprimer dans notre monde d’aujourd’hui. Cette approche implique un grand respect du texte, un travail du corps et aussi une réflexion vers les publics auxquels nous nous adressons, dans un souci de grande diffusion : nous avons joué Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux 150 fois !

Et vos rôles au cinéma ? L. C. : Au cinéma, avec l’aide de mon agent, j’ai toujours privilégié l’intérêt du projet sur la grandeur de ma partition. Il m’est donc arrivé de refuser des rôles importants dans des projets que je ne pensais pas intéressants et d’accepter de très petits rôles dans des projets consistants. Ce qui m’importe, quand je rencontre un réalisateur ou un metteur en scène, c’est de sentir chez lui, un désir profond de raconter une histoire. Et ce n’est pas évident, parce qu’il y a tellement de contingences qui font que parfois les gens qui n’ont pas cette urgence ont les moyens de faire un film et que pour d’autres, habités par cette nécessité, faire un film demande de soulever des montagnes. J’ai ressenti cette urgence très forte chez Michael Haneke pour Amour, où j’ai joué avec joie une scène qui s’apparente à de la figuration et j’ai été très content avec ça. En fait, quel que soit le succès ou l’insuccès d’un film, quand on sait pourquoi on a participé au projet, il n’y a pas de problème de sens. Mais si demain, je devais faire autrement pour vivre, je le ferais. C’est un principe qui dépend aussi d’autres facteurs tout à fait défendables.

Le plus Web : On se délectera de son jeu dans La veille du premier jour de tournage de Manu Coeman, tourné à l’occasion de la cérémonie des Magritte 2014. Là, il s’est carrément choisi le meilleur rôle... http://www.youtube.com/watch?v=5nCVKJ24_pw

Actu
En tournée en Belgique avec Le Cid, de Corneille, Laurent Capelluto entame les répétitions de La véritable histoire de Carmen, d’après la nouvelle de Mérimée, pièce qui se jouera au Théâtre des Martyrs en avril 2015. Il tourne parallèlement dans le premier long métrage de Baya Kasmi Je suis à vous tout de suite, aux côtés d’Agnès Jaoui, Ramzi, Vimala Pons et Anémone. Il n’est pas impossible que nous réentendions prochainement son nom nominé aux Césars...

 
 

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