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La JJL à Auschwitz, "face à la mort"

Mercredi 27 novembre 2019 par Alexis Rossler, madrih à la JJL

Durant le week-end du vendredi 25 au 27 octobre 2019, un groupe de madrihim de la Jeunesse juive laïque (JJL) s’est rendu en Pologne pour en apprendre davantage sur l’histoire de leur peuple durant la Shoah en visitant le ghetto de Cracovie, le camp d’Auschwitz et de Birkenau.

 

Je m’appelle Alexis Rossler, je suis madrih à la JJL, et je vais donc faire de mon mieux pour vous résumer notre voyage rempli d’émotions, et évidemment de certaines appréhensions.

Le vendredi 25 octobre, jour de notre arrivée, nous avons eu l’occasion de visiter le ghetto de Cracovie. C’était, comme vous vous en doutez, un lieu très particulier où régnait une atmosphère très contrastée : d’un côté, le mur du ghetto en forme de tombe (véhiculant donc une symbolique extrêmement morbide), de l’autre, la vie de la ville se déroulant de façon normale, comme ignorante à son passé.

Je crois que ce qui m’a le plus marqué, c’est « la place des Héros » (une place où se trouvent des chaises vides représentant l’absence des Juifs et des enfants assassinés). En effet, elle était lourde de sens, pourtant réalisée de façon si simple...

Le lendemain, c’était la journée plus redoutée par le groupe, principalement parce que nous ne savions pas à quoi nous attendre concrètement. C’est d’ailleurs ce qui nous a le plus bouleversés : que ce soit à Auschwitz ou à Birkenau, le concret des choses que nous avons vues nous a fait prendre conscience de l’énormité et de la cruauté infinie de l’action menée par les nazis...

Nous avons donc commencé la journée « plus doucement » par Auschwitz. Dès le début de notre visite, tous nos regards se sont posés sur l’écriteau « Arbeit Macht Frei » (« le travail rend libre »). Cela m’a directement fait prendre conscience de ce que je venais faire ici : me rappeler, et transmettre par la suite. 

Durant la visite, nous sommes passés dans des baraquements où des images et des cartes étaient représentées, et surtout dans les expositions de certains pays. Les pavillons d’Israël et de la Belgique nous ont particulièrement touchés. Dans celui d’Israël, nous avons pu tous rechercher les noms des membres de notre famille déportés dans une sorte de « grande liste de Juifs déportés pendant la guerre ».

Nous nous sommes ensuite dirigés vers l’ancienne prison du camp, un endroit horrible. Les prisonniers punis devaient parfois y passer plusieurs heures, à six dans une cellule d’un mètre carré, en passant par une petite trappe, tel un animal ! Et nous n’étions pas encore au bout de nos surprises, car nous avons également vu une chambre à gaz et des fours crématoires utilisés au début du camp.

Une visite sous un ciel bleu…

Après une heure de pause, nous avons été conduits à Birkenau. Là-bas, il ne reste que des ruines, car les Allemands ont dynamité le camp pour effacer leur crime. Pourtant, cela n’en reste pas moins impressionnant : le camp s’étale sur 175 hectares et présente des monuments et évidemment des vestiges historiques de fours crématoires et de chambre à gaz. Tout au long du voyage, et surtout à cet endroit, la JJL s’est imprégnée du sentiment de respect et de mémoire nous entourant. C’est sans doute la beauté de l’endroit qui nous a le plus frappés : nous avons visité le camp sous un ciel bleu, un soleil nettement présent, un sol parsemé de feuilles orangées, et des arbres encore habillés de toutes leurs couleurs. Il y avait de l’herbe abondamment et puis, surtout, il y régnait un silence paisible. 

On nous a expliqué qu’à l’époque, il en était tout autre. En effet, il n’y avait ni herbe (le sol était trop piétiné) ni beau ciel bleu (à cause des fumées constantes des fours notamment), l’air était rempli d’odeur d’os, et puis surtout, le camp était tout, sauf silencieux : il y régnait un vacarme assourdissant, d’aboiements des chiens, des ordres des SS, des trains, des fours...

A Birkenau, certains baraquements ont été conservés tels quels, et nous avons donc pu voir les lits à trois étages dans lesquels dormaient les prisonniers. Parfois, trois prisonniers dormaient sur chaque étage, au total se trouvaient donc neuf personnes par lit triple...

Les journées là-bas, à l’époque, étaient dirigées par les SS, et le moment où les prisonniers avaient la possibilité d’aller aux latrines était également forcé : seulement deux fois par jour, les prisonniers avaient le droit d’aller aux toilettes publiques, et ne disposaient à peine que de 30 secondes pour satisfaire leurs besoins. Souvent, certains ne parvenaient pas à finir et, en se levant, salissaient le sol ou le socle où ils s’asseyaient. Si c’était le cas, le prisonnier devait nettoyer ce qu’il avait sali... à l’aide de ses mains !

Après ces deux visites, je crois que nous n’avons pas compris pas ce que nous avions vu. Je crois que je ne réalise pas encore que je me tenais devant le cercueil d’un peu plus d’un million de morts. Toutes ces années face à des photos, face à des films racontant l’extermination de nos ancêtres ne nous ont pas réellement préparés à ce que nous avons vu. Me trouver sur les rails des trains m’a paru invraisemblable.

Nous n’arrivons pas à croire ce qui s’est passé. Pendant des années, on nous a expliqué que les nazis avaient exterminé le peuple juif, les tziganes, les handicapés, les homosexuels, les intellectuels... Pourtant, nous retrouver à l’endroit où cela a eu lieu n’a pas paru réel.

Malgré tout, ce voyage nous a apporté beaucoup d’explication par rapport à la manière dont ont vécu nos grands-parents et nos arrière-grands-parents. 

Aujourd’hui, je recommande la visite de cet endroit tellement hors du commun. Ce n’est pas un endroit facile à visiter. Mais attention, car il ne suffit pas de voir… il faut le comprendre.


 
 

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  • Par Ezekiel - 27/11/2019 - 22:06

    Merci Alexis pour votre témoignage plein d humanité
    Vous méritez à être connu
    E.M.

  • Par Ezekiel - 27/11/2019 - 22:09

    Alexis
    J ai eu comme professeur de mathématiques un certain monsieur David Rossler. De votre famille ?
    Si oui j ai un profond respect pour lui qui m à fait aimer les math ce qui m à permis de réussir polytechnique avec distinction

    E.M.

  • Par Shabbat Goy - 28/11/2019 - 12:34

    "de l’autre, la vie de la ville se déroulant de façon normale, comme ignorante à son passé."
    Vous pensez vraiment ? Et que faites-vous des ecclésiastiques , des membres des universités et autres membres de l'intelligentsia de Cracovie qui ont été déportés dès le début de la guerre ? Je ne vous apprendrai quand même pas que les premiers convois historiques pour Auschwitz (Auschwitz I, Birkenau n'existait pas encore) étaient constitués de polonais non juifs !?
    Toujours dommage que les juifs qui passent visiter Auschwitz, ne se rendent jamais au cimetière juif de Oświęcim (nom allemand d'Auschwitz) ou à la synagogue qui a survécu à la guerre.