Décès

Jerry Lewis, un génial comique juif américain

Lundi 21 août 2017 par Nicolas Zomersztajn

Le comédien Jerry Lewis est mort à l’âge de 91 ans à Las Vegas. Cet homme de spectacle s’est illustré en s’inscrivant dans la grande tradition des humoristes juifs qui a marqué de son empreinte la comédie aux Etats-Unis.

 

« Jerry Lewis, le génie comique, qui n’a jamais dû nous rappeler qu’il était juif », a titré le Jewish Forward à l’annonce du décès de l’acteur.

Né Joseph Lewitch en 1926 à Newark, la ville où naquit l’écrivain Philip Roth (un autre Juif ayant marqué la culture américaine), Jerry Lewis suit les traces de ses parents, deux artistes qui se produisent à New York et dans les hôtels des Catskill Mountains (communément appelées Borscht Belt ou les Alpes juives) que fréquentent les Juifs newyorkais pendant les vacances.

Il se lance dans le music-hall dès son adolescence et c’est avec Dean Martin que Jerry acquiert la notoriété à partir des années 1940. Ils forment un duo efficace et redoutable où le premier incarne le séducteur italo-américain et le second le clown maladroit et benêt. Bien que Dean Martin apparaît comme celui qui est cool et qu’on pourrait soupçonner d’être proche de la mafia en raison de ses origines, c’est paradoxalement Jerry Lewis qui gérait la cuisine interne du duo, notamment en négociant les cachets avec les parrains de la pègre possédant les boîtes et les salles de spectacle les plus prestigieuses.

Le duo se sépare en 1957. Pendant 19 ans, Jerry Lewis et Dean Martin ne se voient plus, ne se parlent plus. Non pas qu’ils soient fâchés, mais chacun évolue de son côté dans son registre respectif. Leurs retrouvailles historiques ont lieu lors de l’édition 1976 du Téléthon. Alors que Jerry Lewis est sur scène aux côtés de Frank Sinatra, ce dernier lui annonce qu’un ami tient à venir lui dire qu’il est remarquable. Et c’est à ce moment-là que Dean Martin apparaît sans que Jerry Lewis ait été averti. Alors que la salle applaudit à tout rompre, les deux compères émus s’embrassent. « Il était temps », se félicite Frank Sinatra.

Ayant bien connu ces deux artistes, Frank Sinatra a très tôt pris conscience du talent de Jerry Lewis. "Le Rital est nul mais le petit Juif est génial", a déclaré Sinatra en 1948 quand le duo Martin-Lewis fait salle comble au Copacabana de New York, une boîte de nuit appartenant au parrain de la mafia Frank Costello. D'une certaine manière, Sinatra ne s'est pas trompé. Dean Martin n'était que le faire-valoir, le crooner qui accompagnait le génial comique. Et lorsque le duo s'est arrêté en 1957, c'est le "petit Juif" qui a connu le succès en solo alors que le crooner "rital" s'est raccoché au Rat Pack de Sinatra à Las Vegas pour ne pas sombrer. 

Jerry Lewis a réalisé de nombreuses comédies dans lesquelles il interprète le rôle principal. Si sa popularité décline aux Etats-Unis à partir de la fin des années 1960, il demeure populaire et loué par la critique en Europe. Certains grands metteurs en scène comme Emir Kusturica font même appel à lui (Arizona Dream).

L’artiste est aussi un homme au grand cœur. A partir de 1966, il organise le Téléthon, cette émission caritative de télévision au profit des personnes atteintes de dystrophie musculaire.

Suite à son décès, de nombreux acteurs américains ont tenu à lui rendre hommage. Certains acteurs comme Jim Carrey ont même souligné que c’est en voyant Jerry Lewis qu’ils ont voulu devenir comédiens. 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par kalisz - 23/08/2017 - 14:13

    "The Bell Boy" ( le dingue du Palace) : un très grand chef d'œuvre de l'absurde. Prémonitoire et, formellement, incroyablement moderne.
    Etrange: les chaînes de télé n'ont donné aucun extrait de ses œuvres et aucune diffusion de l'un de ses films. Comprenne qui pourra.

  • Par Raymond Bove - 24/08/2017 - 0:55

    Bien au-delà du clown et de ses géniales pitreries, on perçoit toujours l'immense humanité et la sensibilité de ce très grand artiste. Même si les rares critiques qui ont vu le "film maudit" sur la Shoa réalisé en 1971 par Jerry Lewis, "Le jour où le clown pleura", qu'il détestait lui-même et qui ne sortit jamais en salle, j'espère que l'une ou l'autre chaîne nous donnera l'occasion de nous en faire une idée. Comment, en effet, ce comédien de talent a-t-il voulu rendre hommage aux victimes de l'Holocauste? La question reste ouverte.