Théâtre

Jean-Philippe Daguerre : "Adieu Monsieur Haffmann"

Mardi 2 avril 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1041

Les jeudi 25 et vendredi 26 avril 2019 à 20h30, l’auteur, metteur en scène et comédien Jean-Philippe Daguerre vous invite à voir sa pièce Adieu Monsieur Haffmann au Centre culturel d’Uccle. Un spectacle encensé par la critique, joué en France depuis trois ans et déjà récompensé par quatre Molières. A ne surtout pas manquer. Interview.

Jean-Philippe Daguerre

Sur le même sujet

    Vous avez écrit et mis en scène Adieu Monsieur Haffmann. Depuis quelques mois, vous y jouez aussi le rôle d’Otto Abetz, l’ambassadeur d’Allemagne à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale. Comment ce projet est-il né ?

    En réalité, plusieurs idées se sont mélangées. Il y a quinze ans de cela, je suis tombé sur un disque de l’INA avec une émission sur l’histoire de Radio France, et j’ai été choqué par les documents de propagande antisémite pendant l’Occupation. A tel point que j’ai pensé un jour les faire entendre au public d’aujourd’hui. A côté de cela, dans un tout autre registre, j’ai plusieurs couples d’amis qui ont eu du mal à avoir des enfants, qui ont été jusqu’à mettre leur couple en danger pour combler cette envie absolue, et je me suis demandé quel prix on était prêt à payer pour arriver à ses fins. De là est né le pitch : c’est l’histoire d’un Juif qui, en 42, fait fuir sa femme et ses quatre enfants en Suisse, avant de proposer à son employé de reprendre la boutique à son nom et de prendre le risque de l’héberger. L’employé accepte, mais à une condition : que son patron accepte de faire un enfant à sa femme, car lui est stérile. L’histoire est inventée, mais se base sur des faits et des personnages réels, comme ce couple d’ambassadeurs nazis, Otto et Suzanne Abetz.

    Comment s’est faite l’écriture ?

    J’ai commencé à écrire Adieu Monsieur Haffmann trois jours avant les attentats de Charlie Hebdo, suivis de l’Hyper Cacher. J’étais parti une semaine en Suisse, en pleine nature, et j’ai terminé mon histoire en neuf jours. C’est clair que l’émotion a fortement impacté mon récit qui parle d’amour, de courage, qui rend aussi hommage à la culture, à l’art, au théâtre. Je n’ai pas voulu être démago, ni donneur de leçons, pour laisser toute la liberté d’interprétation au spectateur.

    Adieu Monsieur Haffmann a remporté quatre Molières dont celui du « meilleur auteur francophone vivant », mais aussi de « la révélation féminine » (Julie Cavana), et du « meilleur second rôle » (Franck Desmedt). Comment expliquez-vous ce succès ?

    Je pense d’une part que les gens s’attachent aux personnages, et d’autre part qu’ils apprécient qu’on leur parle de l’humanité dans sa globalité. Il n’y a pas besoin d’être juif ou de connaître des problèmes de stérilité pour s’y intéresser. C’est la petite histoire qui est mise dans la grande et qui, à partir de questionnements très humains, touche un sujet universel, l’homme avec toutes ses ambiguïtés, et la nécessité de ne jamais abandonner. Il y a toujours une solution au pire. Le fait que je ne sois pas juif m’a peut-être aussi permis d’aborder cette thématique avec plus de distance. Enfin, il y a les acteurs évidemment, cinq comédiens de très haut niveau, qui jouent chaque soir comme s’il s’agissait du dernier. Nous en sommes à plus de 450 représentations avec deux troupes qui tournent désormais, et des retours tout aussi positifs.

    Vous rentrez de Tel-Aviv où vous avez joué deux soirs à guichets fermés, devant chaque fois 900 personnes. Quel accueil avez-vous reçu ?

    C’était bouleversant, tout le monde pleurait à la fin du spectacle, nous y compris ! Cette pièce aborde des moments difficiles, un homme caché, des familles exterminées, que beaucoup de personnes présentes dans la salle ont pu vivre. L’écho était donc extrêmement fort. Il n’y a pas non plus énormément de pièces jouées en français à Tel-Aviv et le public a paru apprécier qu’on ait fait le déplacement. On s’en rappellera toute notre vie…

    Quelles sont les suites prévues ?

    Quatorze pays ont déjà acheté les droits et la pièce va être adaptée au cinéma. Jusqu’à présent, j’étais plutôt connu comme metteur en scène de pièces classiques et d’adaptations jeune public, jamais je n’aurais pensé avoir autant de succès comme auteur. Cela m’a donné confiance, et j’ai déjà écrit deux nouvelles pièces qui seront jouées au Festival d’Avignon et au Théâtre Rive Gauche d’Eric Emmanuel Schmitt où se joue d'ailleurs Adieu Monsieur Haffmann, de nouveau prolongé.

    Les jeudi 25 et vendredi 26 avril 2019 à 20h30 au Centre culturel d’Uccle, 47 rue Rouge, 1180 Bruxelles.
    Infos et réservations   02/374.64.84 - haffmann.be

    Aux lecteurs de Regards : Le code « REGARDS » donne droit à une remise de 10%. Il suffit de l’indiquer au moment de la réservation (sur le web ou par téléphone).

     
     

    Ajouter un commentaire

    http://www.respectzone.org/fr/