Au CCLJ

Jean Benguigui : 'Ma communauté, c'est la France!'

Lundi 23 Février 2015 par Géraldine Kamps

Le mardi 24 février 2015 à 20h30 au CCLJ, Jean Benguigui viendra parler de son tout premier livre Un parfum d’orange amère (éd. Fayard). L’occasion de revenir sur l’histoire familiale de ce comédien originaire d’Oran à Paris, sur sa carrière professionnelle, sur son identité juive pied-noir, lui qui s’est toujours senti français.

 
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    C’est en allant voir jouer Tartuffe, à Oran, en Algérie, par Jean Ledoux que Jean Benguigui décide de devenir acteur. Il a 14 ans, et sa mère préfère le mettre en garde : « Avec ton physique, ça va être difficile », lui assène-t-elle. La suite donnera pourtant raison à son fils. Il se rappelle en riant de ce qu’il appelle « son premier rôle de composition », peu avant ses 18 ans. L’OAS vient frapper à sa porte à Oran pour le recruter. Le lendemain même, il s’enfuit à Toulouse ! « Avec ma dégaine de petit Pied-Noir, on voyait tout de suite que j’étais un immigré », raconte-t-il. « Je me suis en plus retrouvé dans un bistrot qui s’est avéré être un repère de l’OAS Métropole ! En voyant cela, j’ai joué le mec en mission secrète, pour ne pas me faire démasquer… ça a été mon premier rôle ».

    Dans le pensionnat qui l’accueille, dans l’Ariège, Jean Benguigui prend conscience qu’il n’est pas un Français comme les autres, qu’il est un Français d’Algérie. Ses parents et sa sœur sont eux restés au pays. Cela ne l’empêchera pas de rejoindre à partir de 1966 la famille des vrais acteurs, du théâtre expérimental pendant plusieurs années avec Chéreau, jusqu’aux films les plus commerciaux. Il commencera sa carrière cinématographique dans Buffet froid de Bertrand Blier en 1976, jouera avec les plus grands, Deneuve, Noiret, Chabrol, Depardieu… L’acteur engagé, refusant de se présenter au casting de Rabbi Jacob, finira par se tourner vers les comédies et les films plus légers, « par déception », confie-t-il, réalisant que « le théâtre public n’est finalement pas parvenu à toucher son public » ni à concrétiser la révolution espérée. Il joue aux côtés de Roger Hannin dans Le Grand Pardon d’Arcady et dans Ripoux contre Ripoux de Zidi. Il double aussi, multiplie les seconds rôles au cinéma et à la télé. Depuis 2006, il a rejoint « la bande à Ruquier », où il donne la réplique aux politiques et aux humoristes, avec une chaleur et une bonhommie qui ont révélé une nouvelle facette de sa personnalité.

    Ce premier livre, s’il revient sur son vaste parcours professionnel, constitue avant tout un hommage à sa famille, à ses origines oranaises, avant que son destin ne bascule. Aux souvenirs d’acteurs « toujours les mêmes », Benguigui a voulu privilégier les souvenirs d’enfance, à une époque où « le Juif, l’Espagnol, l’Arabe » étaient pour ce fils d’instituteur laïque « des appellations bienveillantes et pacifiques pour nous désigner entre copains d’école. Tout cela n’est plus possible aujourd’hui », déplore-t-il. Avant de souligner : « Les Juifs oranais étaient un peu comme des protestants, des Français de religion juive. On disait toujours : « français dehors, juifs à la maison ». Pour avoir une unité nationale, il faut laisser la religion dans le domaine privé ».

    Face au repli communautaire, il insiste : « Dans l’esprit des gens, vous pouvez être français depuis cinq générations, si vous êtes juif ou arabe ou autre, on vous soupçonne toujours d’être un peu à part, un Français différent. Je revendique le droit d’avoir un point de vue, indépendamment des idées dominantes de la « communauté ». Le communautarisme est un danger mortel pour la démocratie. Il conduit les citoyens à privilégier leur intérêt particulier au détriment de l’intérêt général. Je pense que pour s’intégrer, il faut absolument des choses communes. C’est pour cette raison que je m’appelle Jean Benguigui, avant de m’appeler David, mon second prénom, en souvenir de mes aïeux ».


     
     

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