Au CCLJ

"Impertinentes" de Shirley Hicter

Mardi 2 mai 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°861 (1001)

Impertinentes, images de femmes, c’est le titre du livre de la photographe Shirley Hicter, sorti à l'occasion du 8 mars, Journée des droits des femmes. Une réflexion moderne sur l’émancipation du « sexe faible », magnifiquement illustrée, dont elle viendra nous parler avec Laurence Rosier le jeudi 19 octobre 2017 à 20h au CCLJ.

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    «Tout est parti de l’envie de parler des capacités d’action et de choix de la femme occidentale moderne », explique Shirley Hicter, à l’initiative de cet ouvrage à la fois artistique et philosophique, qui vient de paraitre à la Renaissance du Livre. La photographe de rue, connue pour sa sensibilité et ses prises intuitives, a cette fois eu l’idée de rassembler des clichés de mannequins figés dans les vitrines de Bruxelles, Anvers, Paris, Rome, en jouant avec les reflets urbains qui les entourent, pour leur redonner vie, les faire sortir dans la ville et devenir rebelles. « Grâce notamment aux expressions du visage, aux regards, aux cheveux, j’ai voulu exprimer la vie d’une femme depuis la candeur de l’enfance jusqu’à l’âge adulte de la cinquantaine, en passant par la naïveté de l’adolescence, l’idéalisme de la jeune femme, la maternité, les doutes et enfin, la libération », souligne Shirley Hicter.

    Sans avoir la prétention d’une spécialiste de la pensée féministe, comme elle le confie elle-même, Shirley Hicter n’en tient pas moins le même langage. « Tout semble aujourd’hui possible pour nous, les femmes, et à la fois, il y a tous ces freins que nous nous mettons ou que nous impose la société, l’éducation, le diktat de la beauté, le mariage, la maternité, les contraintes professionnelles… », pointe celle qui a fait appel à Laurence Rosier, linguiste à l’ULB, pour habiller son travail de textes et nous raconter une histoire de femme dans laquelle beaucoup se reconnaitront, à l’image de sa réflexion. Libre et impertinente. Avec un maitre mot « Rien à foutre », qui résonne comme un slogan, et nous permet de faire tomber les barrières, d’agir enfin par et pour nous-mêmes.

    Etre une femme libérée, c’est pas si facile

    En seconde partie, Shirley Hicter nous présente « ses » impertinentes, comme elle aime les appeler. Sept femmes qui se sont illustrées dans des domaines auxquels elles n’étaient pas forcément prédestinées et qui se posent cette question : « Suis-je libre ? ». La journaliste et auteure Myriam Leroy se demande si être libre rend plus heureux. Et si la liberté compliquait les choses ? « Quand on est née femme, tenter de conquérir sa liberté, c’est faire l’expérience de la porte fermée, de la désillusion », déclare-t-elle. La championne olympique Olivia Borlée fait preuve d’une maturité étonnante, en expliquant son évolution dans un monde d’athlètes masculin où elle a dû se faire sa place. Nathalie Uffner, comédienne et directrice du Théâtre de la Toison d’Or, a choisi d’adresser une lettre très touchante à ses fils, tandis que la députée bruxelloise et présidente du Conseil des femmes francophones de Belgique Viviane Teitelbaum évoque la liberté comme la non-liberté choisie et assumée, ayant appris la valeur de la liberté comme enfant d’enfant cachée. On lira encore le témoignage d’Amélie Nothomb, devenue son « propre tyran », celui de la cheffe étoilée Isabelle Arpin, ou celui de la journaliste Béa Ercolini, « heureuse d’être aux côtés d’un partenaire supportif qui trouve l’autonomie sexy ».

    « Il fallait bien se conduire / On se lissait aux aspérités sociales / On oubliait qu’on était combattante - On souriait », se souvient Laurence Rosier, lorsqu’elle parle de l’enfance, rejoignant dans une parfaite communion les propos de la photographe. « Soudain On devenait JE. Je devenais impertinente. Tais-toi, petite impertinente ! Réponds, petite impertinente ! Paroles ou silence, une première révolte étouffée… », écrit-elle. « Je vois dans l’impertinence un sens positif », insiste Shirley Hicter. « Il y a chez ces femmes que j’ai rencontrées, dans leur choix de vie, une forme d’impertinence, l’illustration du lâcher-prise moderne, libérateur, qui vous enlève la responsabilité que vous prenez sur les choses pour la remettre à ceux qui doivent la prendre ». « Osez osez Joséphine. Je suis pas Joséphine, mais je veux oser et même je veux osons, je le veux pour les autres avec moi. Du couple au groupe… », formule encore Laurence Rosier. « Rien à foutre comme un slogan. Tout à foutre. Mais ce que j’ai choisi. Ce qui me lie. Ce qui me fait vibrer. Ce qui me soulève. Ce qui me rend à moi-même et aux autres. Ce qui m’engage… Impertinente. Dégagée et engagée… ».

    Un livre, un manifeste, que l’on se surprend à lire et à relire, avec le même enthousiasme et le bonheur de voir aussi bien exprimé en mots et en images un sentiment maintes fois partagé. Les photos de Shirley Hicter feront l’objet d’une exposition en 2018. Largement méritée.  


     
     

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