Cinéma

"Hors Normes", le nouveau film du duo Toledano-Nakache

Mardi 22 octobre 2019 par Florence Lopes Cardozo

Les réalisateurs d’Intouchables lancent avec Hors Normes un pavé dans la marre. Leur nouvelle comédie traite du sort des autistes sévères, dénonce la défaillance des structures officielles, mais salue surtout l’implication de formidables associations.

 

Une jeune fille court dans les rues de Paris. Le jour est à peine levé, ses pas résonnent sur les pavés. Elle est poursuivie. Son souffle se fait court, la tension est palpable. Elle est recherchée. Des hommes en veste l’interceptent, la plaquent au sol, la font monter dans une camionnette et la ramènent… au centre d’autistes d’où elle s’est échappée. D’emblée, la ville et l’autiste surgissent comme deux mondes violents, étrangers l’un à l’autre. S’enchevêtrent des personnes -Bruno (Vincent Cassel), Malik (Reda Ketab) gérants d’associations d’autistes, des éducateurs, des autistes, des parents désœuvrés, des lieux-, un centre d’hébergement, des espaces d’activité intérieurs et extérieurs, des camionnettes, le foyer d’une mère isolée (Hélène Vincent), mais surtout des situations « hors normes » qui s’avèrent former le plus beau et le plus touchant des tissus humains.

Hors normes, parce que sitôt qu’on n’est pas standard, on est marginalisé ; hors normes parce que les structures officielles françaises ne proposent rien aux 37.000 familles confrontées à l’autisme ; hors normes parce que deux associations spontanées, l’une dirigée par un Juif religieux, l’autre par un musulman pratiquant, se complètent harmonieusement dans les soins prodigués à ces personnes ; hors normes parce que les référents qui les accompagnent sont des jeunes issus des banlieues qui, parallèlement à leur formation sur le tas, malgré les difficultés de la tâche, intègrent un cadre et décrochent parallèlement des diplômes ; hors normes parce que, face à l’urgence, tous regardent dans la même direction et ne se cherchent pas des poux sur leurs différentes couleurs de peau ou de religions : il faut le voir ; hors normes parce que ceux qui donnent de leur personne et de leur vie pour accompagner, jour après jour, ces êtres en grande difficulté, ne sont pas des gens ordinaires ; hors normes parce que l’association de Bruno -qui pallie les demandes des hôpitaux, répond aux appels des médecins, tente d’insérer des autistes dans des entreprises, héberge 40 individus, organise les repas, gère les relations avec les familles, supervise les référents, prend des responsabilités, etc.- n’est pas homologuée. Des agents de l’Etat enquêtent sur sa régularité. On suit les inspecteurs auprès des médecins, parents et associations. La polyphonie de ces témoignages dresse un portrait édifiant de la situation. Les acteurs -stars, autistes et référents- portent ces rôles avec une grande justesse, des répliques font sourire, des regards et des gestes parlent tout seuls ; les thèmes musicaux du groupe Grandbrothers rythment le film, à l’image des journées sous tension.

L’effet Nakache-Toledano

Tout comme Intouchables est issu d’une histoire vraie et d’une relation exceptionnelle entre un homme handicapé et un aidant, Hors Normes est la transposition au cinéma d’un autre duo à la ville. Stéphane Benhamou et Daoud Tatou ont créé et gèrent les associations « Le Silence des justes » et « Le Relais IDF ». La première accueille, héberge et encadre les autistes, la seconde assure leurs déplacements quotidiens de leur domicile à leurs activités. Le lien des réalisateurs avec Stéphane Benhamou remonte à plus de vingt ans. Ils avaient alors réalisé un film de six minutes pour présenter l’association, puis, plus récemment, un documentaire sur le travail des deux hommes et de leurs équipes. Pour « Hors Normes », Eric Toledano et Olivier Nakache se sont plongés durant deux ans dans le quotidien de ces associations pour traduire toutes les nuances de leur réalité.

S’ils ne sont pas les premiers à traiter de l’autisme (Rain Man), à inviter des personnes atteintes d'un handicap et des éducateurs dans leur film (Le Huitième Jour de Jaco van Dormael) ou à saluer des solutions citoyennes « hors normes » (Invisibles de Louis-Julien Petit sur le sort des femmes dans la rue et des assistantes sociales), parions que la signature « humain-humour » des réalisateurs ainsi que leur grande notoriété dans tous les milieux sociaux leur permettront de sensibiliser le public, mais surtout de faire agir les politiques français sur base de ces modèles de grande intelligence humaine, médicale et sociale. 5% des recettes du film seront versés à ces associations qui le méritent à 200%. Alors, il faut y aller !

Voir la bande-annonce

« Hors Normes »
Une comédie de Eric Toledano et Olivier Nakache
avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent
VO fr. 1h55
Sortie en salles le 23 octobre 2019

 
 

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