"Havana guilah" Heurs et malheurs des Juifs à Cuba

Mardi 28 mai 2002

 

De 1898 à la Révolution de 1959

Les premières traces d'une communauté juive à Cuba -des Séfarades ayant fui l'inquisition- remontent au XVIe siècle. Mais c'est vers la fin du XIXe siècle que la communauté prit son véritable essor par l'afflux d'immigrants de trois provenances différentes : des Ashkénazes fuyant les pogroms d'Europe de l'Est, des Juifs venus des Antilles néerlandaises, et quelque 3.500 soldats d'origine américaine qui avaient participé à la guerre américano-espagnole et souhaitèrent s'établir sur l'île. Nombre de ceux-ci s'engagèrent aux côtés de José Marti, dans sa lutte contre le colonisateur espagnol. Les Juifs cubains furent aussi très actifs dans le secteur économique : le transport de canne à sucre de Madeira vers le Brésil et les Antilles, et la production de tissus spécieux destinés à la culture du tabac.

De 1910 à 1920 eut lieu une nouvelle vague d'immigration, d'une part en provenance de Turquie, d'autre part, d'Europe de l'Est. Pour beaucoup de Juifs, Cuba était l'avant-poste des Etats-Unis. Un lieu de transit. Certains s'y fixèrent, faute de pouvoir obtenir leur visa pour ce pays. Durant la Seconde Guerre mondiale, Cuba accepta plus de réfugiés qu'aucun autre pays d'Amérique latine. Signalons la présence parmi eux de Juifs anversois qui débarquèrent à La Havane et y développèrent le négoce de diamants.

Si les Juifs de La Havane ont toujours représenté le gros de la communauté -75 % des Juifs de Cuba y vivaient- les Juifs s'établirent également dans d'autres villes : Camaguey qui jusqu'à la Révolution comptait près de 800 Juifs avec deux synagogues construites dans les années 1920 ("Shevet Achim" pour les Juifs ashkénazes et "Tiferet Israel" pour les Juifs séfarades), et Santiago de Cuba où existe une communauté juive depuis 1924. A noter que la synagogue fermée en 1970 a rouvert ses portes il y a cinq ans.


Trente ans de politique anti-religieuse

Lorsque Castro prit le pouvoir en 1959, une grande majorité de Juifs, pourtant très impliqués dans les réformes sociales et les révolutions, quittèrent le pays : des raisons économiques pour certains, principalement les petits commerçants, politiques pour d'autres, notamment les Juifs venus d'Europe qui avaient connu les régimes totalitaires et craignaient une fois encore d'en être les victimes. Restèrent ceux qui étaient assimilés, trop vieux ou trop pauvres pour émigrer. Et, bien sûr, les convaincus.

Réduite à une peau de chagrin, isolée, pauvre, privée de rabbins, de cantors et de maîtres d'écoles, soumise à une assimilation galopante, la communauté juive a néanmoins survécu. Jusqu'au début des années 90, aux difficultés énumérées plus haut, s'en ajoutait une autre, et de taille : les lois "anti-religieuses". Celles-ci furent à l'origine de la fermeture de l'école juive, de l'Union Sioniste de Cuba, de la synagogue de la "United Hebrew Congregation" (à Vedado). Dans les années 80, la synagogue principale de La Havane le "Patronato" comptait à peine un minyan. Les Juifs, comme tous les autres citoyens attachés à la religion, étaient persécutés et se voyaient systématiquement refuser l'accès aux fonctions officielles et aux universités.

Le régime castriste a toujours entretenu des relations ambiguës avec les Juifs, les traitant avec respect en tant qu'individus et représentants d'un communauté spécifique : maintien de la liberté de culte, importation de nourriture spéciale (entre autres pour Pessah) et distribution de viande kascher (via les cartes de rationnement), entre autres. Mais, tiers-mondisme oblige, il est également à l'origine de publications de propagande anti-sioniste et anti-israélienne, de l'interdiction des livres d'Isaac Bashevis Singer, d'Elie Wiesel et... du Journal d'Anne Frank. Le pays rompit d'ailleurs ses relations avec Israël en 1973 et ouvrit ses portes à des camps d'entraînement pour les Palestiniens (dont Abu Nidal et George Habasch). Malgré cette propagande anti-israélienne, on ne note qu'une seule manifestation d'hostilité durant la guerre du Golfe lorsque des étudiants arabes jetèrent des pierres contre une synagogue. Depuis le début de l'intifada, aucun incident n'a été signalé.


Après la chute du bloc soviétique "El Perdido Especial"

Avec la disparition du bloc soviétique, le régime cubain affaibli chercha à se donner une image plus libérale. Il renonça par exemple à sa politique anti-religieuse. Par milliers, des communistes commencèrent à fréquenter églises et... synagogues. De nombreux "Juifs non juifs" rejoignirent la communauté. Depuis 1992, de nombreuses associations étrangères aident tant bien que mal la communauté juive à survivre. Le "Joint Distribution Committee" fournit une aide à la fois matérielle, sous forme de nourriture et de médicaments, et spirituelle, par l'envoi de rabbins, d'étudiants et d'organisateurs pour redonner un peu de vigueur à la vie juive locale. Des montants importants ont été investis dans la rénovation des édifices religieux à La Havane et à Santiago. Ont également été créés une section pour femmes et un noyau médical "Hadassah" opérant sous la direction de médecins juifs cubains. En 1999, Alberto Behar, a été le premier natif de Cuba, après 40 ans, à officier dans la synagogue de La Havane. La même année, Fidel Castro se rendit pour la première fois dans la synagogue de Vedado à l'occasion de Hanukkah.

Malgré une communauté réduite, et nonobstant le fait que plus de 90 % des mariages sont mixtes, le judaïsme connaît un renouveau. Salim Taché Jalak, administrateur de la communauté, est optimiste : La vie juive à Cuba peut se développer. Il n'y a pas d'antisémitisme, les gens ne nous haïssent pas, on peut pratiquer sa religion librement, sans craindre des actes hostiles, de la rue ou du gouvernement. Les mauvais jours sont derrière nous et si la communauté juive à Cuba a survécu à l'isolement, à la perte de 94 % de sa population, aux restrictions religieuses, sans parler de l'assimilation et des effets de la politique anti-israélienne du gouvernement, il nous est permis de croire que la communauté saura surmonter les difficultés actuelles.

Cuba vit aujourd'hui dans l'attente de l'"après-Castro", et les Juifs n'y font pas exception...


Les Camps de travail

Fin des années 60, un certain nombre de Juifs furent envoyés dans des camps de travaux forcés (UMAP ou Unidades Militares de Ayuada a la produccion), en même temps que des dissidents politique, religieux, gays, et candidats à exil. Tous les activistes juifs étaient constamment sous surveillance étroite. Les "Juifs non juifs" qui avaient une position importante au sein de l'armée, du parti communiste, des structures bureaucratiques du pouvoir ou des qualifications professionnelles devaient montrer une loyauté supérieure afin d'atteindre et de maintenir leur statut.


Sources : http://www.jewishcuba.org

Photos : http://www.danheller.com/cuba-jews.html


 
 

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