Livres

Georges Schnek se raconte

Mardi 1 mai 2018 par Nicolas Zomersztajn
Publié dans Regards n°882 (1022)

Président du Consistoire central israélite de Belgique entre 1981 et 2001, Georges Schnek a largement contribué au développement du judaïsme belge dans une perspective humaniste. La Fondation de la Mémoire contemporaine lui rend un bel hommage en publiant Une éthique de la fraternité, un livre dans lequel Georges Schnek se raconte à partir d’entretiens qu’il a accordés et d’articles et de notes qu’il a rédigés.

Georges Schnek

Professeur de chimie à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et dirigeant communautaire, Georges Schnek (1924-2012) a articulé sa vie entre la fidélité à une mémoire et l’universalisme de la pensée. C’est précisément cette articulation qui permet à l’engagement communautaire de ne jamais sombrer dans le communautarisme ni le repli.

Avant de prendre la tête du Consistoire de Belgique, Georges Schnek s’est forgé une longue expérience de combats et d’engagements au sein du monde juif. Figure de la Résistance juive en France (Isère) aux côtés de Théo Klein et d’autres membres des Eclaireurs israélites qui ont fondé le Mouvement de la jeunesse sioniste (MJS) et sa branche armée (l’Armée juive), fondateur de l’Union des étudiants juifs de Belgique (UEJB) en 1946, cofondateur d’institutions culturelles (Musée juif de Belgique) et pédagogiques (Institut d’études du judaïsme de l’ULB), Georges Schnek s’est efforcé de consolider la vie juive en Belgique, tout en exprimant son attachement indéfectible à Israël. Ce professeur d’université belge a donné une traduction concrète à cet attachement affectif en s’investissant pleinement dans la coopération scientifique entre l’ULB et les universités israéliennes. Il a notamment organisé des séminaires communs sur le processus de vieillissement cellulaire avec l’Institut Weizmann de Rehovot. « J’estimais important de montrer à la Communauté européenne une face positive d’Israël, comme le développement remarquable de ses universités et ses centres de recherches », insistait-il.

Libre examen et Consistoire

Ce sont surtout les pages consacrées à sa présidence du Consistoire central israélite de Belgique qui apportent un éclairage des plus intéressants sur la présence d’un Juif non pratiquant, libre penseur et franc-maçon à la tête de l’organe temporel du judaïsme belge. Bien qu’il reconnaisse lui-même avoir été surpris qu’on le sollicite pour assumer cette fonction, Georges Schnek rappelle d’abord que selon une tradition « un peu paradoxale » établie depuis le 19e siècle, la plupart des présidents du Consistoire belge sont des Juifs non ou peu pratiquants issus de l’ULB. Il explique ensuite qu’il n’est ni incompatible ni contradictoire de se réclamer du libre examen et de présider une institution religieuse comme le Consistoire. « Le libre examen veut dire qu’on ne se soumet pas aux dogmes. Or, en dehors du dogme de l’existence de Dieu -dogme présent chez les maçons qui parlent du “Grand Architecte de l’Univers”, ou chez les libres penseurs-, il y a une liberté absolue d’expression et de compréhension… Quand vous prenez deux rabbins, vous aurez trois approches différentes… Il n’y a pas de hiérarchie et de ce fait, il existe une grande indépendance d’esprit », précise Georges Schnek, non sans humour.

Mais il n’y a pas que l’indépendance d’esprit et le libre examen qui guidaient l’action de Georges Schnek à la tête du Consistoire. Garantir la richesse de la judaïcité belge : son pluralisme et sa diversité. A côté de la minorité de Juifs orthodoxes, les Juifs « traditionnalistes » et libéraux joueront également un rôle important. Et les Juifs laïques ? Georges Schnek ne les ignorait pas, loin de là. « Le but poursuivi par le Centre communautaire laïc juif (CCLJ) est de développer un judaïsme basé non sur la religion, mais sur la culture et la tradition. Le Consistoire estime en revanche que la religion reste malgré tout la base indispensable pour le maintien d’une tradition juive », soulignait-il. « Ceci mis à part, le CCLJ prend des initiatives très positives, qu’on ne peut qu’encourager, dans la mesure où il représente une facette importante du judaïsme. Au nom de notre pluralisme, il faut l’admettre et le reconnaître ». Cette combinaison d’humanisme et de lucidité a permis à Georges Schnek de favoriser un judaïsme moderne et tolérant, intégrant toutes les dimensions de l’identité juive contemporaine.

Une éthique de la fraternité : Georges Schnek se raconte,

 Fondation de la Mémoire contemporaine.


 
 

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  • Par Jacky - 22/05/2018 - 17:29

    Le terme de dogme concerne spécialement la religion chrétienne. Pour le judaïsme , il est donc peu adéquat . Quant à Dieu, son existence et son essence sont indivisibles. Or son essence est inconnaissable et dépasse l’entendement humain. Croire à son existence n’engage donc à pas grand chose. Le dogme , à propos des francs- maçons , me paraît tout aussi inapproprié, car de nombreuses obédiences s’estiment porteuses d’une spiritualité adogmatique ( sic ). Quant au Consistoire, il s’agit d’un terme emprunté aux assemblées de l’Eglise réformée de France, et d’une institution d’Etat créée par Napoléon et très éloignée du judaïsme.
    Ceci écrit, je m’associe à l’hommage rendu à Georges Schneck pour ses multiples talents et sa profonde humanité.

  • Par Paul van Praag - 23/05/2018 - 9:08

    Je m'associe aussi à cet hommage très mérité de cette personnalité hors du commun et très humaine. Paul van Praag.