Mensch de l'année 2017

Fredy Goldberg : Eduquer nos enfants dans le judaïsme

Mardi 7 mars 2017 par Nicolas Zomersztajn
Publié dans Regards n°857

Juif de Berlin ayant fui l’Allemagne après la Nuit de Cristal, Fredy Goldberg a choisi d’œuvrer de manière significative pour l’avenir de la communauté juive à travers l’éducation. Président de l’Athénée Ganenou depuis plus de trente ans, Fredy Goldberg a assumé avec efficacité et générosité cet engagement communautaire en faveur de l’éducation juive, tout en le combinant avec un soutien indéfectible et actif à Israël.

 
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    Né à Berlin en 1930 dans une famille juive polonaise arrivée en Allemagne au début du 20e siècle, Fredy Goldberg n’a que 3 ans lorsque son pays sombre dans les ténèbres du nazisme. Naître juif en Allemagne en 1930 n’est pas une simple mention figurant en note de bas de page. Cela façonne à jamais le destin d’un individu et le parcours de Fredy Goldberg l’illustre parfaitement. Les premiers souvenirs du IIIe Reich sont traumatisants pour un enfant juif. Fredy Goldberg a vu à plusieurs reprises son père, Herscz Goldberg, rentrer à la maison la tête ensanglantée après avoir été battu et traité de sale Juif. Il n’a pas non plus oublié la gifle lourde que lui a flanquée un instituteur pour ne pas avoir fait le salut nazi. Par la suite, ses parents l’ont inscrit dans une école juive où l’atmosphère est agréable. Mais ce ne sera qu’une courte parenthèse bouclée le 9 novembre 1938 avec la Nuit de Cristal.

    Marqué par la Nuit de Cristal

    De cette terrible nuit du 9 au 10 novembre 1938, Fredy Goldberg n’a rien oublié et peut l’évoquer comme si c’était hier. « Il se peut que mon grand-père ne se souvienne pas avec précision de ce qu’il a fait la semaine dernière », fait remarquer son petit-fils Jonathan Biermann, avocat et échevin de la Mobilité à Uccle. « En revanche, il vous décrira la Nuit de Cristal minute par minute tellement il a été marqué par ce déchainement de violence ». Fredy Goldberg passe la soirée chez une tante dans un faubourg de Berlin lorsque vers 20 heures, une foule hostile investit le quartier. « Presque aussitôt, les vitres de l’habitation ont été brisées par des cailloux dont certains étaient enveloppés de papiers couverts de menaces “Sales Juifs, on va vous tuer”! Nous nous sommes terrés toute la nuit, blottis les uns contre les autres », raconte Fredy Goldberg dans un témoignage qu’il a délivré à l’occasion du 70e anniversaire de la Nuit de cristal. « La foule n’a pas investi la maison, mais elle a dévasté et pillé le grand magasin que ma tante exploitait tout près de là ».

    La question du départ se pose cruellement tellement la situation devient intenable. Fin 1938, Herscz Goldberg passe seul illégalement en Belgique où vit déjà une tante. Et près de six mois après le départ de son père, Fredy Goldberg et sa mère, Regina, franchissent aussi clandestinement la frontière et la famille se retrouve à Bruxelles. « Je n’ai jamais revu Berlin. Je suis retourné en Allemagne pour des rendez-vous d’affaires des années plus tard. Mais Berlin, je n’ai jamais pu y retourner », glisse Fredy Goldberg. Très malade, son père décède en juin 1940. Seule avec son fils de 10 ans, Regina Goldberg se lance dans le commerce de peaux pour la maroquinerie. Fredy, quant à lui, poursuit sa scolarité alors qu’en arrivant à Bruxelles, il ne parlait que l’allemand. Lorsque l’étau se resserre sur les Juifs de Belgique à l’été 1942, Fredy Goldberg et sa mère passent ensuite en Suisse où ils sont d’abord incarcérés à la prison de La Chaux-de-Fonds pour être ensuite transférés dans un ancien hôtel à Leysin transformé en camp. D’une énergie et d’une force de caractère extraordinaire, Regina Goldberg est bien décidée à ce que son fils fasse sa bar-mitzva à l’âge de 13 ans. Grâce à elle, la cérémonie se tient à la synagogue de Bâle le 19 avril 1943. C’est aussi grâce à la détermination de sa mère que Fredy Goldberg poursuivra sa scolarité à Bâle, où il vivra dans une famille juive d’accueil.

    En 1945, ils reviennent tous les deux en Belgique, même si l’ambassade belge en Suisse leur refuse l’autorisation parce qu’ils sont apatrides et originaires d’Allemagne ! Sans ressource, Regina Goldberg recommence à Bruxelles un commerce de peaux qui leur permet de consolider leur situation financière. Début des années 50, Fredy Goldberg et sa mère introduisent et développent les imitations synthétiques du cuir dans la maroquinerie. C’est ainsi qu’ils créent Plastigo, qui devient vite leader du marché. Leur activité commerciale connait une expansion fulgurante. Pour ce faire, Fredy Goldberg ne ménage ses forces et travaille énormément.

    Bien que la réussite professionnelle leur procure désormais l’aisance matérielle, Fredy Goldberg et sa mère sont toujours apatrides. L’obtention de la nationalité belge par naturalisation est un véritable parcours du combattant qu’ils franchissent en dépit des nombreux obstacles. Fin des années 50, ils deviennent enfin belges. Fredy Goldberg est fier d’être belge et il a pour la Belgique un amour sans limite. « Je saurai éternellement gré à ce pays de nous avoir accueillis, de nous avoir permis d’en devenir des citoyens », clame-t-il. Ce que nous confirme son petit-fils Jonathan Biermann : « Lorsque mon grand-père rencontre des responsables politiques, il leur dit systématiquement qu’il est fier d’être belge et qu’il est reconnaissant envers ce pays, son pays ».

    Lorsqu’il se marie en 1978 avec Rachel Grimberg, Fredy Goldberg décide de mettre un terme à ses activités commerciales pour mieux se consacrer à sa vie familiale. Cela ne signifie pas pour autant qu’il se résout à l’oisiveté. Il crée à Rhode-Saint-Genèse le club de Tennis Wimbledon dont il est toujours le propriétaire et il consacre également une autre partie de son temps à ses engagements communautaires. Et à cet égard, cette implication en faveur de la communauté juive et d’Israël est fondamentale dans le couple que Fredy Goldberg forme avec Rachel. « Nos engagements pour nos idéaux ont toujours été finalement la source de nos rencontres », précise Fredy Goldberg. « Nous n’aurions pas eu ce terrain commun que nous n’aurions pas pu nous engager l’un vis-à-vis de l’autre ».

    Amour d’Israël

    C'est grâce à Fella Perelman (ancienne résistante au sein du Comité de Défense des Juifs) que Fredy Goldberg a rencontré Rachel Grimberg. Cette dernière travaille aux côtés de Fella Perelman, dans le cadre de ses activités de soutien en faveur de l’Université hébraïque de Jérusalem et des grandes collectes pour Israël. A partir de la guerre des Six-Jours, Rachel se spécialise dans les collectes de dons en faveur d’Israël. Et depuis de nombreuses années, Fredy Goldberg et sa mère soutiennent déjà Israël de manière active et régulière. Ils ont ainsi organisé en 1972 un dîner de gala en l’honneur de Menahem Begin avec lequel Fredy Goldberg a noué des liens d’amitié. (photo: Fredy, Rachel et Menahem Begin) Cette proximité avec le chef historique de la droite nationaliste israélienne ne l’empêche pas d’organiser aussi des dîners en l’honneur de responsables politiques travaillistes. Fredy Goldberg voue une admiration sans borne pour tous les grands hommes d’Israël, quels que soient leur appartenance politique. « Pour Fredy, l’amour d’Israël ne peut être qu’inconditionnel », résume son cousin Michel Wajs. « Mais cet amour inconditionnel s’inscrit au-delà du politique. Il aime Israël quand la droite est au pouvoir, mais il l’aime tout autant lorsque la gauche gouverne le pays. Il a d’ailleurs entretenu de bons rapports avec Yitzhak Rabin lorsqu’il fut Premier ministre entre 1974 et 1977, même s’il a noué des liens d’amitié avec Menahem Begin. Fredy se doit de défendre Israël, même s’il n’approuve pas la politique menée. Telle est sa position ».

    C’est donc très naturellement que Fredy Goldberg et sa femme Rachel poursuivent inlassablement leur engagement en faveur d’Israël, notamment au sein du Keren Hayessod (Appel unifié pour Israël). Leur philanthropie se déploie aussi au sein de la communauté juive de Bruxelles. Ils la pratiquent avec discrétion et altruisme. « Aussi longtemps qu’un Juif ne vivra pas dignement, Fredy estime qu’il lui appartient de l’aider », soutient Michel Wajs. « L’idée qu’un Juif puisse avoir faim ou être dans le besoin l’insupporte profondément. C’est donc son devoir de partager et de l’aider. Lorsqu’il fait des dons à Israël, il est important pour Fredy de savoir que l’argent soit accordé à des projets sociaux. Si la communauté juive était une nation constituée, Fredy en serait son homme d’Etat, menant une véritable politique sociale ».

    S’il y a bien un engagement communautaire majeur que Fredy Goldberg mène admirablement depuis qu’il a cessé ses affaires, c’est celui en faveur de l’éducation juive, et tout particulièrement l’Athénée  Ganenou. Créée en 1961 dans une maison d’Ixelles par Wolf Landman, l’école Ganenou doit rapidement faire face à une augmentation du nombre d’élèves. Dans le courant des années ’70, il devient impératif d’acquérir un terrain pour y construire un nouveau bâtiment moderne et adapté aux besoins d’une école. C’est en tant que membre du conseil d’administration que Fredy Goldberg s’investit activement dans le projet de construction du nouveau bâtiment de Ganenou situé rue du Melkriek à Uccle. Il est désigné responsable du projet de construction par le conseil d’administration de l’école. Les travaux commencent fin 1978 et une fois la construction terminée, Fredy Goldberg prend davantage de responsabilités comme administrateur pour devenir ensuite président de Ganenou. Ayant toujours été impliqué dans la gestion d’infrastructures, il a une attention particulière envers tout ce qui touche à la gestion et au financement de l’école, ainsi qu’à l’entretien des bâtiments. C’est avec passion qu’il assume la présidence de cette école.

    Education et transmission du judaïsme

    Les bâtiments qu’il a construits et qu’il veille à entretenir comme si c’était les siens n’ont pas qu’une fonction ornementale. Ils sont au service d’une mission essentielle, voire sacrée aux yeux de Fredy Goldberg : garantir la pérennité de la communauté juive à travers l’éducation. « Avec ce qu’il a vécu durant son enfance en Allemagne et pendant la guerre, il a une conscience très aigue de sa judéité », estime Lucien Guzy, directeur général de l’Athénée Ganenou. « Et selon lui, c’est à travers l’éducation juive que la transmission du judaïsme peut être garantie de la meilleure manière. Pour ce faire, il faut une école où l’éducation juive est de qualité et où l’enseignement général est d’un excellent niveau, pour permettre aux élèves de disposer des meilleurs atouts pour réussir dans la vie. Il souligne souvent la nécessité de ces deux aspects qui doivent caractériser toute école juive ».

    C’est sous sa présidence que le conseil d’administration a décidé de créer un établissement secondaire. L’école Ganenou doit devenir l’Athénée Ganenou. Ce projet nécessite une nouvelle fois la construction de nouveaux bâtiments, donc des fonds importants. Fredy Goldberg reprend son bâton de pèlerin pour sensibiliser de généreux donateurs. « Il dit toujours que si l’on n’a pas l’argent, on le trouvera », se remémore Lucien Guzy. « S’il juge que c’est important pour les enfants, alors il fait ce qu’il dit et il se démène comme un lion pour sensibiliser d’autres donateurs à contribuer à des projets nécessaires au bien-être de nos élèves ». Le pari du secondaire sera donc relevé en 1984. « Nous avons commencé avec 25 élèves et sans aucun subside de l’Etat. Aujourd’hui, il y a plus de 800 élèves. La contribution de Fredy Goldberg à ce succès est incontestable », déclare Norbert Cigé, préfet de l’Athénée Ganenou entre 1984 et 2005.

    Ganenou a certes été créé par Wolf Landman, mais cette école s’est développée grâce à la rigueur et à la méticulosité avec laquelle Fredy Goldberg s’occupe de cette école. C’est un président qui sait ce qu’il veut, conscient de l’importance de Ganenou au sein de la communauté juive. « Avec lui, nous avons créé une dynamique efficace pour accueillir des élèves juifs d’horizons très différents », explique Lucien Guzy. « Des élèves religieux, traditionnalistes et laïques se côtoient à Ganenou. Ni la prière ni le port de la kippa ne sont obligatoires, mais ceux qui souhaitent prier ou porter la kippa peuvent le faire. Tous ces enfants ont leur place dans notre école et apprennent à se connaître les uns et les autres. Cette diversité est fondamentale pour nos élèves. Et à cet égard, les enfants nous dispensent une très belle leçon d’acceptation de la diversité que les adultes ne parviennent malheureusement pas à réaliser au sein de la communauté juive ».

    Rigueur et générosité

    La gestion rigoureuse de l’Athénée Ganenou sur laquelle veille scrupuleusement Fredy Goldberg est aussi nécessaire pour aider les enfants dont les parents n’ont pas les moyens de payer le minerval, la cantine ni les activités parascolaires. Car contrairement à un cliché bien ancré, Ganenou n’est pas fréquenté que par des « fils à papa » et des « Jewish princess ». Pour Fredy Goldberg, il est essentiel que ces familles soient soutenues financièrement, pour que leurs enfants puissent poursuivre leur scolarité dans une école juive au même titre que ceux qui en ont les moyens. « Fredy Goldberg a toujours répété que jamais un enfant ne sera exclu de Ganenou ou d’une activité parce que ses parents n’en ont pas les moyens », souligne Michel Kandiyoti, ancien administrateur de Ganenou. « Il a veillé personnellement à mettre en place un système de soutien financier aux élèves dont les parents souffrent de difficultés financières. L’école intervient donc dans la prise en charge du minerval, des frais de scolarité et des activités parascolaires. Cette intervention se fait dans la plus grande discrétion. Jusqu’à présent, pas un seul élève n’a été privé de voyage en Israël ni du voyage en Pologne pour la “Marche des vivants”. Tant que Fredy est là, pas un enfant juif ne se verra refuser l’accès à Ganenou parce qu’il n’en a pas les moyens » !

    Cela fait plus de trente ans que Fredy Goldberg préside Ganenou. Avec le soutien de sa femme Rachel, il veille toujours sur cette école qu’il contemple chaque jour avec le même émerveillement et en participant également à toutes les fêtes de l’école au cours desquelles il n’hésite pas à se mêler aux enfants. « Ils ont fait de cette école un joyau », insiste Tilda Kandiyoti, administratrice de Hadassah Belgique. « La plus belle récompense pour Fredy et Rachel est de voir tous les élèves de Ganenou épanouis et heureux ». Son dévouement pour Ganenou et son attachement à l’éducation juive n’ont pas non plus échappé au professeur Julien Klener, président du Consistoire israélite de Belgique entre 2000 et 2015. « Fredy Goldberg s’est donné corps et âme pour l’éducation juive. Par son action, il garantit la pérennité du judaïsme belge. Il est rigoureux et très strict dans la poursuite de cet objectif, mais il le fait avec une profonde humanité, une grande gentillesse et une générosité exemplaire. Je l’admire pour ce qu’il a fait et ce qu’il continue de faire ».


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Carine Lapa Setrouk - 10/03/2017 - 21:28

      La premiere fois ou j ai eu l occasion de parler avec toi et ta femme plus longuement etait a Knokke avec mes parents il y a 30 ans . Je me souviens avoir rencontre un homme ampathique avec un coeur en or . Ce moment je n oublierai jamais et chaque mot ecrit dans cet article te revient et bien plus . Gros bisou a toi et Rachel

    • Par Rebecca - 10/03/2017 - 22:05

      Quel joie est la mienne aujourd'hui d'apprendre que Monsieur Goldberg vient d'être distingué par le CCLJ.
      J'ai connu le bonheur de faire mes études dans ce qui est sans aucun doute l'institution juive la plus importante de Belgique, à savoir l'école Ganénou.
      Il est dommage qu'il ait fallu tellement d'années pour que la communauté juive lui rende cet hommage tellement mérité.
      Demain matin, exceptionnellement j'irai à la synagogue prié pour Mr Goldberg pour que l'Eternel lui donne encore de nombreuses années die vie et de bonne santé. J'associerai à mes prières celui qu'il serait grandement malhonnête d'oublier. Je pense à Monsieur Darmon qui a donné un caractère tellement juif à mon école. Quelle injustice qu'il ai quitté l'école si rapidement et dans des conditions assez obscures. Je pense aussi à Monsieur Cigé et à tous les enseignants de l'école.
      Dimanche c'est la fête de pourim à Ganénou. Je n'y ai plus été depuis que j'ai quitté l'école parce que j'habite Rouen mais ce dimanche je ferai le déplacement et serai présente pour venir saluer le Mensh de l'année. J'en suis déjà émue.
      Merci pour tout Monsieur Goldberg.
      Rebecca