Cinéma

Des films pour le dire

Mercredi 1 novembre 2017 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°871 (1011)

Deux films à l’affiche illustrent la lutte des femmes dans des sphères encore largement dominées par les hommes. Entre Billie Jean King qui révolutionne le tennis féminin aux USA en 1973 et le personnage d’Emmanuelle Blachey, pressentie à la tête d’une entreprise du CAC 40, le combat pour l’égalité demeure coriace.

 

L'esclandre éclabousse depuis quelques semaines le monde du cinéma. Ce vent de scandale s’appelle Weinstein et dégouline sur lui, sur l’industrie du cinéma, sur les médias, le monde artistique, politique, économique et tout ce qui, dans une relation, implique un abus de pouvoir. Ici, sur les femmes. Au-delà du soulèvement contre le harcèlement sexuel, c’est encore d’inégalité, d’intimidation et, in fine, d’indécrottable sexisme dont il est question. Si Ronan Farrow a ici ouvert la brèche, à la vie comme l’écran, les avancées des femmes ont très souvent relevé de batailles engagées par elles. Le 7e Art leur consacre par ailleurs régulièrement de beaux portraits : Les figures de l’ombre salue le cran de Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan, premières femmes noires à s’être imposées à la NASA - laquelle serait devenue, depuis, exemplaire en termes de parité et de mixité ; le film égyptien Les Femmes du bus 678 rapporte la révolte des femmes quotidiennement harcelées et attouchées dans les bus du Caire ; la trilogie Prendre femme, Les sept jours et Le Procès de Viviane Amsalem de Ronit et Shlomi Elkabetz stigmatise de même une société machiste. La liste des films et des actrices qui ont incarné des figures emblématiques, célèbres ou non, est encore longue. A propos, les cachets des têtes d’affiche sont-ils les mêmes selon que l’on soit acteur ou actrice ?

Battle of the Sexes

Et les prix des tournois de tennis sont-ils identiques pour les gagnantes et les vainqueurs ? Ce n’était pas le cas aux Etats-Unis avant que la championne de tennis Billie Jean King, titulaire de trois titres du Grand Chelem, s’engage en 1972 pour l’égalité hommes-femmes sur les courts. Alors qu’elle dénonce les pratiques discriminatoires de la Fédération de tennis, un ancien numéro un mondial, Bobby Riggs, notoirement misogyne et provocateur, la met au défi de l’affronter en match simple. « Au départ, j’ai pensé au progrès social, au rôle des femmes et à l’impact que [ma victoire] pouvait avoir… Je savais qu’il fallait que je remporte le match », rapporte Billie. Et si sa victoire n’a pas eu le pouvoir de changer le regard des hommes sur la société, elle aura mis un terme à l’inégalité éhontée des rémunérations entre joueurs et joueuses de tennis. « On s’est attelé à ce projet pendant les primaires de 2016, à une époque où il nous semblait probable qu’une femme serait élue présidente pour la première fois de l’histoire. Pendant un bon moment, on s’est tous dit que le film montrerait qu’on a vraiment fait du chemin depuis ce fameux match. Bien évidemment, l’issue de l’élection a jeté un éclairage radicalement différent sur cette histoire », complètent les réalisateurs Valerie Faris et Jonathan Dayton. « Quarante-quatre ans après cet affrontement sur le court de tennis, les mêmes problèmes continuent d’agiter la société », reconnaissent-ils. La lumineuse Emma Stone (La La Land) et le caricatural Steve Carell se renvoient énergiquement la réplique dans ce film haut en couleur seventies. Les seconds rôles sont tout aussi convaincants. L’humour et les combats rythment cette histoire emprunte de sport, d’amour, de clichés, de sexisme, de féminisme, d’homosexualité et d’Amérique profonde, Trump style.

Numéro Une

C’est une autre paire de manches que retrousse l’ingénieure Emmanuelle Blachey, membre du comité exécutif de son entreprise, lorsqu’elle est contactée par un réseau de femmes d’influence pour devenir la première femme à la tête d’une entreprise du CAC 40. A la conquête stratégique du pouvoir se greffe la difficulté d’accéder à un poste important dans le milieu de l’industrie, en tant que femme. Réseautage et intimidations vont bon train dans ce panier de crabes. Tonie Marshall livre ici son héroïne -sous les traits d’une Emmanuelle Devos persuasive, volontaire et humaine- « aux “petites humiliations quotidiennes dans une sorte de “misogynie bienveillante (…), organisée et à chaque fois gagnante, car, plus que culturelle, elle est inconsciente, et au final inscrite dans le système. Je voulais montrer cet apartheid », défend la réalisatrice qui veut un film positif et non victimaire.
« (…) Même atteintes ou blessées, nous, les femmes, devons essayer d’être dans l’avancée, toujours croire que les choses peuvent changer », conclut-elle, lucide et optimiste. Dont acte.

Battle of the Sexes
Un film de Valerie Faris et Jonathan Dayton (Little Miss Sunshine)
Avec Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough, Sarah Silverman. V.O. Angl sst FR/NL
Durée  2h01  Sortie en Belgique  8 novembre 2017
Numéro Une
Un film de Tonie Marshall
Avec Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry, Sami Frey, Benjamin Biolay. V.O. FR
Durée  1h50  Sortie  15 novembre 2017

 
 

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