Cinéma

Festival Millenium, fenêtres sur le monde

Mardi 6 mars 2018 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°878 (1018)

Explorer le quotidien, découvrir des héros ordinaires, comprendre ce qui se passe ailleurs, voilà ce que le Festival Millenium propose à travers une sélection de plus de 50 documentaires de par le monde. Deux films israéliens participent à cette 10e édition qui se tiendra du 20 au 30 mars 2018.

 

Au coeur de Muhi - Generally temporary, Muhammad, une bouille toute ronde et de grands yeux noirs. Sujet d’une maladie immune rare, il a, nouveau-né, été transféré d’urgence de Gaza en Israël où il a dû être amputé des bras et des jambes. Son état demande des soins constants depuis quatre ans. Son grand-père Abu Naim ne le quitte pas. Interdits de séjour au sein même de l’hôpital pour raisons de sécurité, ils partagent une chambre dans un autre bâtiment dans laquelle, Abu Nain -pommettes saillantes, yeux bleu azur, coiffe musulmane, barbe blanche et cœur grand comme ça- y fait ses prières quotidiennes.

A son grand-père qui lui parle en arabe, Muhi répond en hébreu et parfois en arabe, avec effort. Sa mère n’est pas venue le voir depuis deux ans. Peut-être parce qu’elle n’a pas eu d’autorisation, peut-être parce qu’elle s’occupe de ses autres enfants. L’enfant se languit d’elle. De santé fragile, Muhi apprend, jour après jour, à se mouvoir avec des prothèses. Il se nourrit de courage, d’affection, de déceptions, de longues attentes, de beaucoup d’espoirs et d’informations environnantes complexes ; il évolue, sans père ni mère, entre l’hébreu et l’arabe, dans le judaïsme et l’islam. Il lui arrive aussi naturellement de porter la kippa, de réciter des prières en hébreu et de célébrer les fêtes juives. On lui rappelle à d’autres moments, affectueusement et en privé, sa religion, en lui présentant le Coran. C’est autour de son existence difficile que se refléteront, tel un prisme, les réalités auxquelles les Palestiniens sont confrontés tout comme les gestes altruistes d’Israéliens. Telles des feuilles de laitues fatiguées dans un saladier, les réalisateurs soulèvent, une à une, les épreuves administratives du poste-frontière d’Erez, la désolation de Gaza privée d’électricité et de médicaments, cette famille scindée, mais aussi la chaleur et la bienveillance des médecins, du personnel soignant, des bénévoles ou la solidarité d’autres familles de malades. Une nouvelle famille s’est créée.

Et lorsque, dans le couloir de l’hôpital, on voit un père juif orthodoxe serrer la main d’Abu Naim et prendre de ses nouvelles ou lorsque la grand-mère de Muhi, voilée, sourit et embrasse Tamar, une bénévole proche de Muhi, on a juste envie de pleurer. Dès les premières images aussi, on découvre l’Israélien Buma. Il entoure le garçon et son grand-père de son humanité. Comme Abu Naim qui a perdu êtres et biens dans « le conflit », Buma a perdu un fils soldat. Il est devenu activiste pour la paix. Un jour, Buma surgit dans leur chambre enfin avec des papiers : il a obtenu un permis de séjour et de travail pour… Muhi. Abu Naim, 50 ans, lui, ne peut toujours pas travailler. Attendre, toujours et encore attendre… Nous prenons congé de Muhi, lorsqu’à 7 ans, cartable sur le dos, il part à l’école, suivre un enseignement mixte, hébreu et arabe. Il demande désormais à se faire appeler Muhammad…

Autobiographique et intimiste, le film de Moriya Benavot Plasticine family invite à découvrir sa famille centrifuge. Chérissant ce noyau qu’elle avait imaginé éternel et insécable, la jeune réalisatrice israélienne observe son clan éclaté loin d’Israël : un deuil qu’elle n’arrive pas à surmonter. La jeune femme s’abreuve d’archives familiales, ressasse et interroge sa mère, son père et sa sœur, sur ce qui est advenu de cette famille qu’elle croyait unie. Les remariages de ses parents partis vivre aux Etats-Unis -sa mère avec un Juif américain, son père avec une jeune Chinoise bouddhiste- ou encore les errances exotiques de sa sœur rasta la forcent à prendre acte du présent. Néanmoins, Moriya ne cesse de faire des allers-retours en avion d’Israël aux Etats-Unis, tout comme d’hier à aujourd’hui. Spectatrice de ces nouveaux foyers qui lui sont étrangers, elle apaise son rêve brisé et son sentiment d’abandon en créant et en animant des figurines malléables, à l’effigie de chacun. Une manière poétique et thérapeutique de les réunir, de les avoir tous près d’elle et de moduler cette composition à l’âge où elle envisage elle-même de fonder un foyer. De jolies notes de musique, gorgées de nostalgie et d’interrogations, bordent sa quête. 

« Muhi - Generally temporary » de Rina Castelnuovo-Hollander et Tamir Elterman.
Mercredi 28 mars 2018 à 19h au Cinéma Galeries.
Les réalisateurs de Muhi - Generally temporary seront présents et échangeront avec le public à l’issue de la projection.
Le film concourra par ailleurs à la compétition internationale du festival.
Durée  87 minutes
« Plasticine family » de Moriya Benavot.
Mardi 27 mars 2018 à 21h15 au Cinéma Galeries.
Durée  56 minutes
Retrouvez toutes les informations sur www.festivalmillenium.org

 
 

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