Exposition

Femmes photographes de guerre

Mardi 7 mai 2019 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°1043

De la guerre d’Espagne à l’Irak et à l’Afghanistan, une exposition temporaire au Kunstpalast de Düsseldorf revisite les grands conflits modernes représentés par huit femmes photographes de renom, de Gerda Taro à Carolyn Cole.

Gerda Taro, Réfugiés de Málaga à Almería, février 1936

Depuis la révolution de 1848 à Paris, le siège de Sébastopol (1855) et la guerre de Sécession, les conflits armés ont toujours été un sujet favori des photojournalistes. C’est en Espagne que démarre l’épopée des femmes photographes de guerre, avec l’histoire fulgurante et tragique de Gerda Taro.

Née Gerta Pohorylle, cette étudiante juive, aux sympathies de gauche, et dont la famille polonaise a émigré à Leipzig, fuit l’Allemagne nazie en 1933. Arrivée à Paris, elle y rencontre le jeune photographe juif hongrois André Friedmann. Ils tombent amoureux, et animés d’une même passion pour le journalisme photo deviennent le reporter américain Robert Capa et son agent Gerda Taro ! A l'été 1936, ils partent tous deux en Espagne pour un reportage sur la guerre civile commandé par l’hebdomadaire VU. Avec les anarchistes à Barcelone et en Aragon, puis sur le front de la guerre près de Cordoue, Taro et Capa prennent des images mémorables dont certaines sont devenues des icônes du photojournalisme. En 1937, après la chute de Malaga, Gerda photographie les réfugiés fuyant en masse sur la route d’Almeria, pourchassés par l’aviation fasciste. Photographe du journal Ce soir, elle multiplie les reportages sur la Résistance de l'Espagne loyaliste au fascisme. Fin juillet, en pleine bataille de Brunete, Taro est écrasée par un char lors du bombardement aérien d’une colonne de véhicules républicains en retraite. Elle meurt dans la nuit au monastère de l’Escurial. Quelque 10.000 personnes viendront à ses funérailles le 1er août 1937 au cimetière du Père-Lachaise. Héroïne du roman de Serge Mestre, Regarder, publié en février 2019 chez l’éditeur Sabine Wespieser, cette pionnière du photojournalisme de guerre est la première femme photographe morte au combat.

Miller, Leroy, Demulder et les autres

Muse du surréaliste juif Man Ray, Lee Miller, est avec Margaret Bourke-White une des quatre femmes photographes accréditées comme correspondante de guerre par l’armée américaine. Vogue publie ses reportages en 1944-1945, de la libération de la France à la découverte de l’horreur des camps de concentration nazis, à Buchenwald et Dachau. Son ami, David Scherman, photographe du magazine Life, l’immortalise en train de se laver dans la baignoire de l’appartement d’Hitler à Munich. La guerre finie, elle arrête la photographie.

Le Vietnam est une grande étape dans l’histoire des femmes photographes de guerre. Catherine Leroy y apprend le métier sur le terrain, en 1966, accompagnant les soldats américains au milieu des combats. Dès 1975, elle couvre la guerre du Liban. Les massacres de Sabra et Chatila (1982) marqueront une rupture dans sa carrière. Après avoir couvert le Vietnam et le Cambodge, Françoise Demulder est la première femme à obtenir le prix World Press Photo pour une photographie prise au camp palestinien de la Quarantaine à Beyrouth en janvier 1976. Christine Spengler documente la guerre au Cambodge, en Irlande du Nord, l'Iran après la révolution et la guerre israélienne au Liban en 1982. Célèbre photographe juive américaine, membre de Magnum Photos depuis 1976, Susan Meiselas reçoit la Robert Capa Gold Medal pour ses images en couleur de la révolution au Nicaragua en 1978-1979. Cette prestigieuse distinction sera aussi décernée à Carolyn Cole du Los Angeles Times pour son reportage sur le siège de la cathédrale de la Nativité à Bethléem (2002).

Exposées dans un musée d’art prestigieux, les images de ces grandes photographes nous racontent en plus de 80 ans de guerres dans le monde. Un panorama bouleversant ! Le catalogue des photos de l’exposition est publié chez Prestel.

Exposition
Fotografinnen an der Front/Women War Photographers
A voir jusqu’au 10 juin 2019 au Kunstpalast, Ehrenhof 4-5, 40479 Düsseldorf
Ouvert 11h-18h (jeudi 11h-21h), fermé lundi.
Infos www.kunstpalast.de

 
 

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