Au CCLJ

Le fabuleux destin de Suzy Falk

Jeudi 9 décembre 2010 par Anna Stelkowicz

 
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    Soixante-cinq années de théâtre et de passion et une nouvelle carrière ! Toujours présente, dotée de sa fabuleuse diction et d’une voix qui nous traverse, Suzy Falk incarne le théâtre en Belgique depuis 1945. Elle nous fera l’honneur de venir au CCLJ le mercredi 22 décembre 2010 pour nous proposer seule en scène « Suzy raconte ».
    Une multitude de rôles, un tourbillon de femmes auxquelles elle a su insuffler un supplément d’âme et sa surprenante vitalité. Suzy Falk a défendu presque tous les auteurs, de
    Shakespeare à Becket, de Ionesco à Giraudoux, de Molière à Rimbaud en passant par Maeterlinck, de Ghelderode et Claudel, sans oublier les dramaturges contemporains, avec la même ferveur, le même souci de sincérité et la même joyeuse perfection :
    « Je suis toujours parvenue à tirer quelque chose du rôle le plus anodin, car j’ai aimé ces petits personnages qui pour moi existent à part entière. J’avais à cœur de leur offrir une vraie vie », explique-t-elle.
    Née à Düsseldorf en 1922, de parents juifs allemands libres-penseurs, Suzy Falk a vécu les heures tumultueuses de l’Europe. A la fin du 19e siècle, la famille d’Adolphe Falk, aisée et bien intégrée en Allemagne, hérite d’un joli domaine entouré de terres agri-coles à Oran, en Algérie. Les Falk quittent l’Allemagne pour cette région ensoeillée, mais ils ne s’y adaptent pas.
    En 1906, les parents de Suzy ainsi que ses deux frères nés à Oran montent à Paris. Adolphe Falk tombe amoureux de la culture française, mais en 1914 la famille Falk restée allemande voit tous ses biens confisqués et s’exile en Suisse avant de reprendre le chemin de l’Allemagne. Pour peu de temps, car en 1933, la menace hitlérienne la pousse à quitter le sol allemand. Se considérant comme privilégiée financièrement, la famille choisit de s’installer en Belgique dans l’espoir d’y développer une petite entreprise et d’y vivre paisiblement. Aucun de ces deux objectifs ne sera atteint. Lorsque son père meurt en 1939, Suzy reste seule avec sa mère qui ne parvient pas à quitter Bruxelles à cause des biens immobiliers qu’elle n’a pu vendre. La guerre arrive, les frères beaucoup plus âgés que Suzy ont fui en Grande-Bretagne, les tantes et oncles prennent le chemin des Etats-Unis. Suzy porte l’étoile jaune et circule munie de vrais faux papiers, elle s’exprime parfaitement en français. Déjà !
    Elle travaille à l’Hôpital israélite d’Ixelles et prend des cours particuliers de théâtre. Sa judéité, elle la ressent profondément, elle se sent reliée à un passé millénaire, mais Suzy « ne veut faire partie de rien, car elle se sent partie de tout ».
    L’héroïne de sa propre vie
    En 1945, le théâtre la sollicite. Son enthousiasme ne se démentira jamais. Elle joue, chante, danse, fait du cabaret.
    Rien d’étonnant à ce que sa carrière soit émaillée de prix : en 1993, elle reçoit l’Eve du théâtre pour son interprétation de la pièce Ni chair, ni poisson. En 2001, elle reçoit le prix de la Meilleure comédienne. En 2008, au Théâtre des Doms en Avignon, succès de la pièce de Pietro Pizzuti Le
    silence des mères, dont elle interprète le rôle principal. La consécration de son talent ne l’empêche pas de rester une femme simple et généreuse.
    Marion, la comédienne belge, partenaire de Stéphane Steeman, décrit avec justesse : « Suzy, c’est l’artiste, la saltimbanque, la comédienne… pas de celles qui se prennent pour des stars. Non ! Elle est une femme simplement… juste quelqu’un de bien avant d’être ce personnage bourré d’un immense talent ».
    Avant de raccrocher le théâtre, une dernière pièce : Rue des Jonquilles, de René Bizac. Elle a juste décidé de changer de carrière : la Comédienne se transforme en Conteuse. Chaque soirée est unique comme le sera la soirée du 22 décembre au CCLJ. Pour le plus grand de nos plaisirs, elle a décidé d’être l’héroïne de sa propre vie. La narratrice nous introduit dans la danse de son vécu, de façon imagée, avec humour et cet art évocateur qui la caractérise : « On raconte pour partager ». Au hasard d’un chapeau magique rempli de souvenirs, elle raconte son histoire. Mais sa plus belle histoire n’est-elle pas le théâtre !

     
     

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