Cinéma

Eric Toledano "L'optimisme, un choix de vie"

Mardi 3 octobre 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°869 (1009)

Après le succès d’Intouchables et de Samba, les réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache présentent Le sens de la fête, avec un Jean-Pierre Bacri plus vrai que nature. De passage à Bruxelles, Eric Toledano nous a expliqué cet optimisme qui l’anime.

Eric Toledano

Eric Toledano, réalisateur

Vous fréquentiez adolescent les colonies juives. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Je me suis beaucoup épanoui dans la culture de groupe, que ce soit les scouts, les colos... et je crois qu’inconsciemment, j’ai gardé cette dynamique. D’abord, je fais un groupe avec Olivier, parce que je n’ai jamais vraiment aimé être seul, et le cinéma est une prolongation de tout ça. Nos jours heureux a été fait en référence à ces années-là. J’ai observé que beaucoup de gens qui sont entrés dans la vie active, après avoir été animateurs dans ces activités associatives, ressentaient une sorte de déception par rapport à la vie, comme si dans le groupe, on existait fortement, avec des histoires d’amour et d’amitié, dans un mouvement continu, et puis, une fois entrés dans le métier, lorsque ce mouvement s’arrête, il y avait quelque chose d’un peu brutal. Avec Olivier, au cinéma, on a eu cette chance de continuer à vivre dans le groupe, avec toujours des gens qui arrivent, des gens qui pleurent à la fin, et ce mouvement me rassure dans ma vie. Chaque film est une aventure, comme chaque colo l’était.

Qu’est-ce qui fait la réussite de votre duo ?

Notre complémentarité. On est très différent. Et on a essayé d’exprimer au cinéma que cette différence est une richesse. C’est le canevas de nos films : l’histoire de gens très différents qui se rencontrent, et qui, contre toute attente, s’entendent plutôt bien et font des belles choses ensemble. Olivier et moi, nous n’avons pas les mêmes caractères ni les mêmes sensibilités au monde, mais nous nous accordons bien. A la différence des fratries de cinéma, on n’est pas né dans le même milieu, on n’a pas eu la même éducation, mais si on continue à travailler ensemble au bout de vingt ans, c’est qu’on a réglé pas mal de problèmes, et on a gardé que le meilleur.

Vous explorez les relations familiales, la question de l’immigration, des discriminations, avec humour, toujours… un lien avec votre identité ?

On est de plusieurs couleurs, je me suis toujours défendu contre le fait de n’être résumé qu’à une identité. Après, je dirais qu’il y a sûrement dans ma culture l’envie de faire cohabiter le drame et la comédie, parce que dans l’histoire du peuple juif, on a vécu tellement d’épreuves que si on n’avait pas gardé un peu le sens de l’humour, ça aurait été compliqué. Avec Olivier, on a probablement créé un style en mettant toujours de l’humour devant pour aller dire des choses derrière, alors certains captent ces deux couches et puis, d’autres ne font que rire, et ce n’est pas grave. Woody Allen est l’archétype de celui qui rigole de ses névroses, de sa paranoïa... J’aime cet humour qui peut nous sauver de certaines situations, qui redonne à respirer au moment où on suffoque. Je me souviens de cette phrase de Wolinski qui rappelait que « le rire est le plus court trajet entre un homme et un autre homme ». Ça me rapproche de quelqu’un quand il est drôle.

C’est ce qui vous a plu chez Jean-Pierre Bacri ?

Parce qu’il a un sens de la répartie et un sens de l’humour phénoménal. Et puis, c’est aussi un amour de la langue française, de la syntaxe. Il a le sens du timing, de la vanne, avec la réplique posée au millimètre près. C’est un artisan de l’humour. Je rêvais de le revoir dans une comédie. Certains disent « il fait du Bacri ». Il ne fait pas du Bacri, il est juste bon dans ce qu’il fait. Et il nous a beaucoup aidés dans les dialogues, en donnant son avis, ses conseils. En toute humilité.

L’optimisme, dans Le sens de la fête, c’est aussi une porte de sortie ?

On est enfermé dans cette temporalité de 24h, où s’organise le mariage, un peu comme dans nos vies, et on doit essayer de composer avec les gens, aussi différents qu’ils soient. On est dans une période de repli, du chacun pour soi, mais à un moment il faut avancer en groupe. Comme le dit Bacri dans le film, « on s’adapte », malgré les difficultés. On sait bien qu’on vit dans un monde chaotique et anxiogène, mais parfois l’optimisme peut être un choix philosophique de vie. Même si ce qui est autour est compliqué, il faut essayer d’y mettre un peu du sien. Olivier et moi, on s’est rencontré dans une énergie positive, et c’est ce qu’on souhaite communiquer. 

En bref

Aujourd’hui, c’est un mariage sublime dans un château du 17e siècle, celui de Pierre et Héléna, pour lequel, comme à son habitude, Max, traiteur depuis trente ans, a tout coordonné : serveurs, cuisiniers, plongeurs, photographe, orchestre, déco… pour que la fête soit réussie. Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre. Avec un Jean-Pierre Bacri comme on l’aime, Jean-Paul Roove en photographe façon boulet, et Gilles Lellouche en « James » tourneur de serviettes. Pour notre grand bonheur.

Sortie (en Belgique) 4 octobre 2017

 
 

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