Humour yiddish (18)

Dzigan et Schumacher : Un couple avec un chien

Mardi 11 juin 2013 par Traduction d'Arthur Langerman

Où l’on découvre que ce n’est pas d’hier que les Israéliens s’inquiètent lorsque leurs ennemis risquent d’avoir la bombe atomique. Et, comme toujours, la version audio en yiddish se trouve en haut à droite  du texte.

 

-Velveeel !

-Quoi ! Qu’est-ce que veux-tu encore ?

-Apporte-moi une lampe, je ne vois plus rien.

-Est-ce que tu vas me laisser lire mon journal en paix?

-Merci.

-Bon, tu es contente maintenant ?

-Velveeel !

-Encore, oh, mon Dieu !

-Qu’est-ce qu’il y a dans le journal d’aujourd’hui ?

-Ils viennent d’arriver aussi.

-Qui, les Russes ?

-Non, les Chinois. Ils ont aussi la bombe à hydrogène.

-Ah bon ? Raconte.

-Qu’est-ce qu’il y à raconter ? Notre vie est en danger.

-Mais non, je ne le crois pas : ces Chinois sont de sales menteurs. Tout le monde sait qu’ils sont jaunes et eux ils racontent partout qu’ils sont rouges!

-Bon, alors que veux-tu savoir ?

-Tu ne fais que dire qu’ils vont faire sauter la bombe à hydrogène, alors, moi, je veux savoir avec quoi on la mange.

-Quoi ?

-Mais, la bombe à hydrogène. Avec quoi on mange ça ?

-Avec du saindoux, avec des oignons, avec des radis ! Avec quoi on mange la bombe, elle me demande !

-Tu ris ? Tu te moques de moi ?

-Bien sûr, si tu dis que moi, je veux faire sauter une bombe à hydrogène ! Moi ? Non,  les Chinois!

-Ca je le comprends, mais je ne comprends pas la logique. Une bombe qui explose, elle brûle, alors on devrait l’appeler bombe à combustible et pas bombe à hydrogène. Est-ce que l’eau brûle ?

-Oui, bien sûr ! Quand tu manges du tchoulent (pot-au-feu) et que tu bois de l’eau après, ton estomac va  brûler!

-Mais alors on pourrait l’appeler la bombe au tchoulent !

-Que veux-tu de ma vie ? Fais-moi plaisir, tu vois tout de même que j’ai à faire ici, avec quarante millions d’Arabes, deux cents millions de Russes, huit cent millions de Chinois et toi en plus ! Et moi, je suis tout seul !

-Bon, dépose le journal, je dois prendre une mesure.

-Tu me tricotes un pull-over?

-Pas pour toi, pour le chien, pour Bobby.

-Un pull-over pour Bobby ?

-Quoi, tu es jaloux ?

-Moi, jaloux ? Si ça lui plaît, je préfère que ce soit lui qui porte ton pull-over ! Mais pourquoi t’es-tu mise à tricoter d’un coup ?

-Ce n’est pas d’un coup : dans deux semaines, Bobby aura son anniversaire, alors je lui tricote un pull-over. Donne-moi ton cou.

-Mon cou, mais pourquoi ?

-Je veux seulement prendre une mesure.

-Je ne comprends pas : si tu veux faire un pull pour Bobby pourquoi as-tu besoin de mesurer mon cou ?

-Tu n’as pas de tête ! Je t’ai déjà dit cent fois que ton cou a la même mesure que le ventre de Bobby.

-Et bien,  tu n’as qu’à mesurer le ventre de Bobby.

-Gros malin que tu es ! C’est une surprise. Bobby absolument rien savoir. Si je lui mesure le ventre, il comprendra tout de suite de quoi il s’agit et finie la surprise. Allez, donnes-moi ton cou.

-Le voici.

-Cesse de respirer.

-Cesse toi-même!

-Lorsque tu respires, ton bouton sort de ta chemise. Le bouton me dérange.

-Est-ce qu’il n’y a pas de quoi exploser, dans mes chemises, mes pyjamas, mon manteau, je n’ai pas de boutons. Le seul bouton que j’ai est mon cou! Tu es toujours là à m’envier! Mon Dieu, ce que je dois souffrir!

-Moi, je travaille et lui, il soupire.

-Ton chien, j’en ai jusque là !

-Mon chien, mon chien… Ce n’est pas mon chien, c’est notre chien, notre chair et notre sang !

-Arrête, enlève-moi vite de cette famille, tu m’entends ? D’ailleurs, je voudrais te demander quelque chose : nous sommes mariés depuis longtemps, pourquoi n’as-tu jamais tricoté un pull pour moi ?

-Qu’est-ce que tu as à te comparer à Bobby ? Bobby m’aime plus que n’importe qui, il ramperait pour moi. Rampe aussi pour moi et je te tricoterai un pull.

-Tellement, tu aimes ce clebs.

-Velvel, je t’ai déjà dit cent fois de ne pas l’appeler « clebs » ! Il a un nom, jusqu’à cent vingt ans. Si moi, je t’appelais « clebs », est-ce que ça te plairait ?

-Ecoute, faisons un accord, appelle le chien Velvel et appelle-moi Bobby. Et si tu veux, j’aboierai aussi, peut-être alors me parleras-tu comme à un être humain.

-Tu peux le savoir : Bobby est plus humain que toi et quand il aura ton âge, il aura certainement accompli beaucoup plus que toi.

-Voilà, maintenant j’ai un chien sur la tête, j’ai un ennemi qui se promène à la maison !

-Tu n’as pas honte ? Bobby, un ennemi ? A-t-il jamais dit du mal de toi?

-Et lorsqu’il remue la queue, ça ne veut rien dire?

-Alors, retourne-le.

-Retourne-toi toi-même, ensemble avec ton chien ! Retourne-le ! Retourne-le ! Où vas-tu ?

-Au cinéma.

-J’y vais aussi.

-Il y va aussi ! Et qui gardera le chien ?

-Prends-le avec.

-Tu es fou, je vais voir un film érotique !

-De quoi as-tu peur, qu’il se dévergonde ? Ils ont beaucoup à apprendre chez lui : il ne laisse passer une jupe dans la rue sans se ruer dessus !

-Moi, je vais au cinéma et toi, tu reste avec Bobby ! Mais fais bien attention à lui.

-N’aie pas peur, ce n’est pas moi qui irai le mordre.

-Et que vas-tu lui donner à manger ?

-A manger ? Un morceau de carpe farcie, ça lui plaira ?

-De la carpe farcie ?

-Oui, avec du raifort.

-Tu veux empoisonner Bobby ? Donner du raifort à un chien qui a un ulcère ?

-Et moi aussi, j’ai un ulcère. Est-ce que je ne mange pas du poisson avec du raifort ?

-Mais toi, tu n’es pas un chien, tu es un porc, un bœuf ! Tu bouffes du raifort avec du poisson et puis, tu gémis toute la nuit et tu te traînes par terre. Que va faire Bobby maintenant ?

-Qu’est-ce que tu me demandes ce qu’il va faire ? Demandes-lui ce que moi je vais faire. Lui, il peut  se taper la tête contre le mur, il peut ramper, pourvu qu’il sorte de ma vie !

-Arrête de crier, il va entendre que tu l’insultes et moi,  je devrai finir par choisir entre toi et lui. Bon, ne lui donnes pas à manger, mais emmènes le promener.

-Tu crois ne crois pas que c’est lui qui m’emmènera promener ?

-Ne lui fais pas un si grand plaisir ! Pour toi, c’est un honneur que de le promener.

-Honneur !

-Tu crois qu’il a besoin de ta compagnie ?

-Tu parles d’une compagnie, il fait au milieu de la rue, comme les beatniks, au vu et au su de tout le monde !

-Velvel, ne critiques  pas les manières de Bobby, lu, il ne critique pas les tiennes!

-Ton chien me rend malade !

-C’est toi qui le rends malade. Regarde quel air il avait avant et regarde comme il est aujourd’hui.

-Quand est-ce que tu l’a à nouveau photographié ?

-Lorsqu’il était à l’hôpital, Dieu préserve !

-Dieu préserve.

-Tu te souviens ?

-Oui, je me souviens, tu lui as envoyé un bouquet de fleurs et il les a bouffées. Après il a eu mal au ventre.

-C’était de ta faute : tu lui as envoyé un cactus pour qu’il se transperce l’estomac.

-Qui est ce chien qui le renifle ?

-C’est une fille.

-Ah bon ? Une dévergondée, ils ne sont pas encore mariés et elle grimpe déjà sur lui ! A qui est-il ?

-C’est celui de la Lituanienne qui habite au-dessus de chez nous.

-Ah, la Lituanienne, je la connais, mais je ne l’ai jamais vue avec un chien.

-Et quand l’as-tu déjà vue ?

-Bon, ça y est, j’ai déjà trop parlé !

-Cette grosse vache qui se promène en robe mini. Dis-lui que les genoux ne sont pas faits pour être montrés, mais pour être lavés.

-Voilà, c’est comme ça toute la journée, ou bien c’est la Lituanienne, ou bien c’est le chien. Allez, va, va !

-Je vais, je vais !

-Quelle chance, il a ce chien ! Quand est-ce que j’en aurai autant ?

-Bon, je ne pars plus, je reste à la maison.

-Pourquoi?

-Le chien est malade.

-Il est malade.

-Mon Dieu, il a la langue toute chargée.

-Comment ça ?

-Velvel, je t’en prie, va dans la cuisine et Bobby dormira avec moi cette nuit.

-Non, non, je ne dormirai pas dans la cuisine. Aujourd’hui, tu me dis d’aller dormir dans la cuisine, demain tu me diras d’aller ronger un os et après demain, ce sera quoi ?

-Fiche-moi la paix.

-Quelle réussite ! Moi, je vais dormir dans la cuisine et le chien va dormir avec ma femme. Je me demande seulement de qui on sera le plus jaloux, de moi ou du chien ?

 


 
 

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