Prix Nobel

Deux prix Nobel qui faillirent ne jamais exister

Vendredi 3 novembre 2017 par Michel Judkiewicz

Ilya Prigogine, dont on célébre cette année le centenaire de sa naissance, a reçu le prix Nobel de chimie il y a 40 ans. Ce chimiste pluridisciplinaire partage avec un autre prix Nobel belge, François Englert, une véritable passion pour la recherche scientifique ainsi qu’un destin exceptionnel qui a permis à ces deux Juifs d’échapper au sort que leur réservaient les nazis pendant la Guerre.

 
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    Invité il y a quelques années au CCLJ pour parler de son expérience d’enfant caché, le Professeur François Englert, lauréat du prix Nobel de physique en 2013, n’a dû qu’à une certaine prudence et à la chance de survivre à la barbarie nazie.

    Pendant cette même période, le Professeur Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie 1977, ainsi que sa première épouse, Hélène Bolle, sont arrêtés par les Allemands, en 1943. Ils ne seront libérés, quelques semaines plus tard, que grâce aux interventions répétées de la Reine Elizabeth.

    Né à Moscou il y a 100 ans, Ilya Prigogine a grandi dans une famille de la bourgeoisie juive. Son père est ingénieur chimiste et sa mère pianiste. Ilya Prigogine apprit à lire une partition musicale avant de savoir lire tout court et devint lui-même un fort bon pianiste. Suite à la révolution bolchevique, l’entreprise familiale de savonnerie est nationalisée en 1921. En raison de l’insécurité croissante, la famille Prigogine quitte Moscou : elle séjourne un an en Lituanie qu’elle quitte ensuite pour Berlin. Elle s’installe finalement à Bruxelles en 1929.

    François Englert, quant à lui, est né à Bruxelles en 1932 dans une famille juive polonaise. En 1942, il est caché à Lustin dans la famille Jourdan qui tient le Café-Restaurant de la Gare et ultérieurement à Annevoie.

    Tous deux, professeurs à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), tous deux pionniers et visionnaires dans leur recherche, ont fait reculer un tant soit peu, notre ignorance des phénomènes qui nous entourent. Et deux hommes discrets quant à leur judaïsme et animés d’une curiosité naturelle et dévorante. Prigogine, savant transdisciplinaire, s’est passionné par la dynamique des phénomènes physiques fondamentaux et les processus irréversibles qui gouvernent le changement et l’innovation au niveau macroscopique. Englert, théoricien visionnaire, qui avec Brout et Higgs, a développé en 1964 un modèle impliquant une nouvelle particule pour expliquer certains aspects de la physique théorique. L’expérimentation confirmant cette théorie ne sera possible qu’en 2012 au Cern de Lausanne.

    Outre des capacités intellectuelles supérieures, ces deux scientifiques ont en commun des origines juives avec peut-être cette curiosité, cette quête ancestrale de la connaissance, transmise de génération en génération. Cet encensement, même dans les familles les plus simples du « gelernte mensch », de l’homme instruit, mais aussi peut-être une résilience, au sens de Boris Cyrulnik, cas par ailleurs analogue, devant le danger et les épreuves.

    Deux hommes au destin exceptionnel, sublimant leurs talents hors du commun à travers le danger ultime et qui tous deux échappèrent de peu à la persécution nazie avant d’accomplir leur œuvre qui, autrement n’aurait jamais vu le jour. Le temps a passé, d’autres émerveillements et aussi d’autres tragédies émaillent notre quotidien mais Scientia vincere tenebras est plus que jamais d’actualité.

    Avec nos remerciements au Professeur Albert Goldbeter, pour ses informations ainsi qu’aux publications du Professeur Lefever (notice biographique d’Ilya Prigogine) et du Professeur Radu Balescu dans « Special volume in memory of Ilya Prigogine », (advances in chemical physics, volume 135, edited by Stuart A. Rice,  John Wiley and sons, 2007).


     
     

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