La Tricoterie

Un couscous sépharabe, pour renouer les liens

Mardi 1 novembre 2016 par Géraldine Kamps

Ce lundi 31 octobre 2016, pas moins de 200 personnes se sont rassemblées à la Tricoterie pour partager un couscous peu ordinaire. Une première délicieuse soirée, organisée par Joëlle Yana, qui a déjà décidé de ne pas en rester là.

« Je suis juive. Mes grands-parents paternels étaient tunisiens, ma grand-mère maternelle venait de Turquie et mon grand-père maternel de Pologne. Du côté paternel, ils m’ont fait connaitre le meilleur couscous du monde. Du côté maternel, ils m’ont appris à aimer, envers et contre tout ! » C’est très émue que Joëlle Yana a ouvert ce lundi soir, à la Tricoterie, la toute première soirée Couscous sépharabe, devant les 200 personnes qui ne s’étaient visiblement pas fait prier pour suivre sa bonne idée.

Avec son compagnon Xavier Campion, Joëlle Yana a lancé il y a quelques années son projet de « fabrique de liens », comme elle la définit, et le succès est bien souvent au rendez-vous. Devenu le haut lieu de rencontre saint-gillois, particulièrement prisé par la population branchée de la commune, la Tricoterie organise tout au long de l’année activités sociales et culturelles, soirées conviviales et musicales ouvertes à tous.

Une fois encore, Joëlle ne s’y est pas trompée cette fois en proposant ce couscous peu ordinaire, dont le CCLJ avait choisi d’être partenaire, avec l’UPJB, Action in Mediterraneans, l’asbl Arab Women’s Solidarity Association (AWSA), Collectactif et Bouillon de Cultures.

« J’ai été élevée dans cette double culture judéo-musulmane, et cela me permet de me sentir bien où que je regarde », affirmait encore dans son introduction Joëlle Yana. Alors qu’un groupe de musique orientale se prépare à animer la soirée, la file se forme rapidement devant les marmites de couscous encore frémissant. Joëlle a fait appel à Yaël (Kif-Kif/Rutabaga) et Naïma (Bouillon de Culture) pour le préparer, ensemble. « Elles ne se connaissaient pas, et se sont formidablement entendues », se réjouit-elle.

Dialogue et apaisement

« Cette soirée m’intéressait, pour le contact interculturel et interconfessionnel », nous confie Raouf Ben Ammar, d’origine tunisienne. « J’organise régulièrement des Marches pour la Paix, mais la paix dérange, elle n’est pas médiatisée parce qu’elle n’intéresse pas, malheureusement ». A ses côtés, Khadija, venue du Maroc pour étudier à l’ULB est accompagnée d’un ami. « Je suis venue moi pour rencontrer du monde, partager un repas et découvrir l’autre culture », affirme-t-elle. « Nous sommes tous là pour renouer un contact qui a été interrompu », soutient Raouf. « En Tunisie, je me souviens que ma grand-mère partageait son appartement avec un couple juif. Le voisin, on l’appelait tous "Oncle Shlomo" et on ne se posait pas de questions ! » Face à eux, une habituée de la Tricoterie, Mathilda, étudiante elle aussi, née à Bruxelles, athée. « Bruxelles est une ville cosmopolite, où l’on côtoie l’autre, mais sans le rencontrer. C’est la richesse de cette soirée, ne pas être à côté de lui, mais avec lui ! »

Côté couscous, chacun fait son choix : poulet casher, poulet hallal, sauce israélienne ou marocaine, avec la possibilité d’opter pour un mix des deux, ce que beaucoup auront d’ailleurs fait.

Avi a été invité à la soirée par son amie Jamila, qui appréciait l’idée de ce « pont entre les cultures ». « Le repas est très sympa, mais la musique est trop forte malheureusement pour permettre la discussion », regrettaient-ils. « Dommage qu’il n’y ait pas eu d’animation pour aller vers l’autre et créer plus de mélanges ». Arielle aussi reste un peu sur sa faim. « Je suis sépharade, donc le concept me plaisait bien. Je voulais retrouver ce lien entre la culture juive et musulmane du Maghreb, et savoir que les Juifs comme les musulmans veulent ce lien, cette paix, ce dialogue, cet apaisement, ça fait plaisir. Dommage toutefois qu’ils aient choisi uniquement de la musique arabe et pas sépharade. Le but que je m’étais imaginé n’est pas atteint selon moi, j’ai mangé un très bon couscous, mais il n’y a pas réellement eu d’échanges ». Michèle préfère rester sur une note positive : « Ce n’est que le début, il faut laisser le temps et donner une chance à ce projet ».

A peine le thé à la menthe servi, Joëlle Yana pensait déjà à rééditer l’événement, avec des améliorations. « On a lancé la soirée en espérant 40 personnes, on a finalement dû limiter le nombre à 200 ! La plupart des gens sont venus nous demander de le refaire. On organisera une deuxième soirée, c’est sûr, en repensant sans doute un peu le concept ». Amis partageurs et amateurs de belles rencontres, vous voilà prévenus !


 
 

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  • Par André Versaille - 1/11/2016 - 14:42

    Magnifique soirée pour une très belle idée !
    À récidiver !