Le judaïsme de A à Z

'I' comme 'Ismaël'

Mardi 3 juin 2014 par Tarbout
Publié dans Regards n°800

Dans le récit biblique, on apprend comment Sarah, la femme d’Abraham, qui ne pouvait pas avoir d’enfant, a demandé à son mari de prendre Agar, sa servante égyptienne, pour avoir un enfant en attendant la réalisation éventuelle de la Promesse. Abraham accepte la proposition de Sarah.

 

Tombée enceinte, Agar méprise Sarah, qui la maltraite en retour. Agar fuit dans le désert, où un ange lui dit de rentrer, d’obéir à Sarah et d’appeler son fils Ismaël.

Sarah donne finalement un fils à Abraham, appelé Isaac. Le texte de la Bible précise que les descendants d’Ismaël (Ismaélites) formeront une grande nation, mais que l’Alliance sera poursuivie avec Isaac, le fils de Sarah.

Après qu’Ismaël se fut un jour moqué de son demi-frère Isaac, Sarah exige qu’Agar et Ismaël soient chassés de la maison d’Abraham. Contrarié par cette demande, Abraham finit par accepter, après que Dieu lui eut indiqué de toujours écouter Sarah, car l’alliance passe par Isaac. Ayant erré dans le désert de Beer-Sheva, Ismaël s’installe dans le désert de Paran, où il devient archer. Lorsqu’Abraham meurt, Isaac et Ismaël l’enterrent ensemble.

La transmission de l’Alliance au fils cadet d’Abraham entre donc en contradiction avec le droit d’ainesse. « Cette situation n’est pas unique », précise Marc Neiger, le rabbin de la synagogue Beth Hillel. « Elle se reproduira systématiquement dans le livre de la Genèse où l’on verra que le premier-né ne sera pas nécessairement l’héritier. Ainsi, Esaü, le fils aîné d’Isaac, ne lui succédera pas. Ce sera Jacob; et dans la génération suivante, Lévi à la place de Ruben ».

Quand on envisage la relation entre Ismaël et Isaac, on ne peut s’empêcher de faire le lien avec l’antagonisme entre Jacob et Esaü. Fils aîné d’Isaac, Esaü symbolise négativement la force physique dépourvue de compréhension. Sa volonté de tuer Jacob renforce cette image négative. « Si la rivalité entre Ismaël et Isaac présente certains points communs avec celle existant entre Esaü et Jacob, elle comporte aussi des différences importantes », explique Marc Neiger. « Esaü est considéré comme un personnage négatif par les Midrashim et les commentaires rabbiniques pour lesquels le Royaume d’Edom (Esaü étant considéré comme l’ancêtre des Edomites) est identifié à l’Empire romain, ce qui fait d’Esaü l’ennemi des Juifs. Ismaël, quant à lui, demeure imprégné d’une charge positive, même s’il ne porte pas l’Alliance. Une autre bénédiction lui sera donnée lorsque Dieu dit à Abraham qu’Ismaël formera une grande nation. Ismaël est certes le perdant de la rivalité qui l’oppose à Isaac, mais il ne subit pas du tout le sort manichéen d’Esaü. D’ailleurs, Ismaël demeure un prénom juif populaire, et il y a plusieurs rabbis Ismaël dans la Michnah et le Talmud, mais je ne connais aucun Esaü ».

Cette rivalité prend d’ailleurs une signification d’autant plus complexe que les musulmans tiennent Ismaël et Isaac pour deux prophètes d’une importance égale. Ils considèrent également qu’Ismaël est l’un des ancêtres des Arabes. Selon la tradition islamique, Ismaël a reconstruit avec son père Abraham la Ka’aba (c’est vers elle que se tournent les musulmans pour prier) dont il ne restait que les fondations.


 
 

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  • Par ismael - 30/08/2018 - 12:15

    Très intéressant. Par contre il y a deux départs d'Agar je crois me souvenir.
    En tout cas le seul rire d'un enfant, même moquant un autre, son frère, qui se nomme justement Itzak donc "il rit (et continue ou rit en général toujours) ou rira mais c'est possiblement les deux dans la forme verbale. C'est raconté, les remontrances à Abraham qui est pressé par Sarah de renvoyer son fils aîné et sa mère. Alors qu'elle l'avait mise dans son lit, elle n'en veut plus dans sa maison. Mais lui entend Ismaël. Et promet à son père, deux grands peuples. Pas un peuple et une bande de bédouins, les deux sont bénis de Dieu,plus que ça, la promesse de la fertilité. Mais c'est Isaac, le second qui comme pour presque toutes les frateries après Abel et Caïn, se retrouve "aîné" à la place du premier.
    Alors il y a cette circoncision commune, Ismaël et Abraham, et tous les hommes de la maisons, esclaves compris. Donc tout le monde, mais ce qui importe là c'est le fait qu'avant cela et l'alliance avec Hachem, il avait encore son prépuce. Et cette alliance des plus symbolique et physique, essentielle dans le rapport au très-haut, montre encore une alliance personnelle du fils d'Abraham avec son dieu. Mais c'est à Isaac que l'alliance sera renouvelée entre le fils, après le non sacrifice. C'est à chacun des "patriarches" Jacob/Israël en suite, que revient la responsabilité de la pérennité du peuple d'Abraham, du moins sa formation. C'est un dieu qui vient trouver un couple stérile et leur dit, vous serez les géniteurs d'un fils qui vous donneras une descendance et fera d'Avram un grand goy, peuple. Et lui promet la terre de Canaan. Sauf que cette terre connaît la famine. Le début du récit les conduit, finalement pas sur l'hostile terre promise, mais aux Mitzraïm l'Egypte.
    Refuge pour tous les Apiru (d'où viendrait le mot Ivrit, hébreu) Shasou, peuples "nomades" par leur activité ou du aux circonstances.
    Agar est égyptienne (logiquement convertie au culte d'Abraham, même si l'on peine à imaginer Israël avant Israël et les Juifs avant l'établissement en Judée. On sait plus tard que (par les textes du lévitique par ex) on est tenu de convertir ses esclaves (qui font Shabbat mais Abraham n'avait pas encore les mitzvot, a fortiori les servants). Savoir si Ismaël est juif n'a aucun intérêt, puisqu'il est le premier fils de la semence du père du peuple. Si moi je m'en réclame, que dire de lui!
    A l'époque, pas de judéïté donc encore moins par la mère. Qui en plus dans ce cas était au moins convertie.
    Pourquoi dire cela, pour ne pas laisser ce personnage servir uniquement à légitimer une filiation (mythique) de Mahomet au patriarche. Il y a déjà des noms de fils qui peuvent évoquer 2500 ans au moins après les noms islamiques. C'est anachronique. Le fait est que hachem n'a laissé tombé aucun des ses deux fils, ou plutôt ils les a séparé sans maudire Ismaël pour autant et lui faisant promesse et sauvant la vie.
    Alors pourquoi le prénom Ismaël, porté par de nombreux rabbins dans l'histoire, est porté par les catholiques du Mexique et les Musulmans.
    Mais (bien sûr on ne le dit pas en face) y a t-il un problème à s'appeler comme ça depuis des dizaines d'années?
    C'est très important d'être son nom enfin, de connaître avec, comme la b'rit.On revient à des prénoms bibliques, alors que la génération précédente se nommaient Jean-Luc ou Gilbert, Claude, Marcel...
    Enfin il y a moyen de trouvé des prénoms hébreux francisés, presque tous. Mais la volonté n'était pas de se déjudaïser, mais de s'integrer de ne pas avoir un nom "à coucher dehors". En fait, les parents, qui avaient vécu la guerre choisissaient la "non ostentation". Et on a une génération d'Ariel, et moins d'Isaac, car l'un est plus connoté et l'autre peu connu des goyim à l'époque. Mais les Juifs français s'appelaient déjà Pierre, Paul et Jacques depuis belle lurette. Les Israël et Abramowitz viendront après début XIXe bousculant le monde "israélite" et donnant une image plus visible, plus "caricaturale" de ghetto à la rue des Rosiers. Pauvres et plus religieux, ils redonnèrent une impulsion au culte et à la culture (yiddish), tout en chrystalisant (ort) sur eux (et sur tous les Juifs) toutes les peurs, alimentant les fantasmes les plus éculés de l'antisémitisme dont ils se sont cru protégés par la France, parfois moins grande que ce qu'on l'imagine, et toujours au dessous de sa devise "liberté, égalité, fraternité".
    Suis-je le gardien de mon frère? Entend le cri du sang de ton frère.
    Nous sommes tous frères.