Au CCLJ

Brigitte Stora : Que sont mes amis devenus...

Mardi 3 mai 2016 par Henri Raczymow
Publié dans Regards n°840

Le mercredi 11 mai 2016 à 20h au CCLJ, Brigitte Stora viendra présenter son livre Que sont mes amis devenus : les Juifs, Charlie, puis tous les nôtres. Une rencontre suivie d’un débat animé par Willy Wolsztajn, secrétaire général pour JCall Belgique.

 
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    Voici le livre que j’attendais. Non en raison de l’analyse politique ou sociologique qui surclasserait en pertinence et en profondeur les milliers de commentaires qu’on a pu lire et qu’on lira ici et là à la suite des attentats de Paris et hélas maintenant de Bruxelles. Mais me touche dans l’essai de Brigitte Stora le point de vue qui est le sien, où je me reconnais. Qu’on me permette de la citer : « Comment oser dire que, dès l’automne 2000, le 7 octobre pour être plus précise, quand on avait crié, place de la République, “ Mort aux Juifs ”, lors d’une manifestation de “ soutien à la Palestine ”, sans réaction ni révolte de la part de ceux que j’ai longtemps considérés comme mes camarades, j’avais compris qu’un nouveau cycle commençait, je savais que des Juifs, dans ce pays, seraient assassinés ».

    Il se trouve que parmi les « camarades » dont parle Brigitte Stora, je comptais moi-même quelques vrais amis. Qui ne le sont plus, ne peuvent plus l’être. C’est en 2000 que Brigitte découvre l’antisémitisme dans l’école même de ses enfants. On lui dit que c’est la faute d’Israël. Elle renoue alors, stupéfaite, avec une « antique angoisse juive ». Elle découvre aussi la totale incompréhension de « camarades » qui ne peuvent désormais plus l’être, leur déni de l’antisémitisme, leur défense inconditionnelle des « victimes » musulmanes. Elle cite le philosophe Vladimir Jankélévitch : « L’antisionisme donne la permission d’être démocratiquement antisémite ».

    Mais le vrai propos de l’auteure, née à Alger dans une famille juive à la fin de la guerre d’Algérie, est de brosser la généalogie de cette contemporaine et universelle détestation où le discours islamiste a contaminé jusqu’aux associations antiracistes ; et elle le fait de la façon la plus personnelle, en montrant ses engagements successifs. Tout a commencé avec le forum de Durban en 2001, où Israël est le seul pays, ici, traité de « génocidaire ». Un Edgar Morin, en 2002, pourra tenir les Juifs comme de nouveaux nazis. Il ne fut pas le seul ! Stéphane Hessel en 2010 lui emboitera le pas, avec une thèse simple : tout le malheur du monde vient d’Israël. Hessel qui aura cette pensée définitive, selon laquelle l’occupation allemande en France fut infiniment plus douce que celle de la Palestine par Israël. Puis, et surtout, il y eut la convergence de plus en plus visible et étroite entre une extrême gauche anticapitaliste, tiers-mondiste, et un certain islamisme. Leur lien patent : la haine d’Israël. Pour cette extrême gauche d’obédience trotskyste où l’auteure a longtemps milité, Israël et juif sont décidément les noms de trop.

    Mais les pages les plus émouvantes de ce livre sont celles où Brigitte Stora évoque les obsèques d’Ilan Halimi en février 2006. « Nous étions nombreux et si seuls », écrit-elle. Elle resonge alors aux mots de sa mère : « Quand il s’agira de défendre les Juifs, il n’y aura plus personne… » Ceux mêmes dont on pensait partager les combats se révèlent aujourd’hui rien de moins que des ennemis. A commencer par Edwy Plenel. Il a une « obsession intime » lui aussi, qu’il partage avec Edgar Morin, Stéphane Hessel, Shlomo Sand, et maintenant Tariq Ramadan. Son site Mediapart est qualifié par Brigitte Stora de « grande lessiveuse d’idées sales pour tout ce qui touche Israël et les Juifs ». On est parfois moins sévère avec des ex (amants, maris) qu’avec des « ex-camarades ». Mais vient un temps où il faut bien appeler les choses par leur nom. C’est ce que fait courageusement ici Brigitte Stora. A la lire, on la devine en effet courageuse, combattive, généreuse, prête à tous les engagements pour la justice. Le constat qu’elle dresse est d’autant plus navrant, pour quelques générations de Juifs qui ont cru, après leurs pères, à des lendemains qui chantent, à l’universalité de combats collectifs, à la fraternité des « camarades ».

    Certains sont partis sur la pointe des pieds ou ont rejoint bruyamment l’autre bord. Brigitte Stora a choisi de parler, haut et fort, d’une voix claire, en nommant un chat un chat. Non, défendre les Juifs n’est plus d’actualité. Pour Plenel et quelques autres, ce sont les musulmans qui sont aujourd’hui les seules victimes, et le directeur de Mediapart est leur Zola. Dans ce brouillage à quoi nous assistons, il faut parler, encore et toujours. Que faire d’autre ? Relever les impostures qui se cachent derrière la trop commode « islamophobie ». Dénoncer toutes les justifications qui expliqueraient que les crimes islamo-fascistes qui ensanglantent l’occident seraient en dernier ressort de notre faute.

    Infos et réservations : 02/543.02.70 ou [email protected]


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Daniel Donner - 10/05/2016 - 12:44

      Paix soit a l'ame de Thierry Jonquet, mort trop jeune, lui aussi trotskiste, mais pour qui un chat a toujours ete un chat. Combien ses livres non ecrits me manquent.