Au CCLJ

Bella la missionnaire et le théâtre Yikkult

Mardi 14 novembre 2017 par Géraldine Kamps

Le mercredi 29 novembre 2017 à 20h, le CCLJ rendra hommage à Bella Szafran, fondatrice du Théâtre Yikult et sa directrice pendant près de 40 ans. Une magnifique occasion pour se replonger, le temps d’une soirée, dans l’univers yiddish.

Bella Szafran

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    « Yikult », comme « Yiddisher Kultur Theater ». Yikult comme Bella Szafran, la fondatrice de ce théâtre yiddish amateur, unique à l’époque, et celle qui l’a fait vivre avec toute son énergie et son cœur pendant près de 40 ans, dont quelque 25 passés au CCLJ, jusqu’en 1998.

    Bella Cymlich-Szafran (28/02/1910 – 01/08/2006) a été à Varsovie l’élève de Jacob Rotbojn, professeur renommé de l’école d’art dramatique et le plus grand régisseur de théâtre yiddish. Après être passée en 1939 de Pologne en Russie, puis de retour en Pologne en 1956, elle arrive en Belgique en 1958, avec son mari Leib (« Leibek »). Très vite, elle s’implique au sein de l’Arbeitering (Bund) de Bruxelles, enseignant le yiddish aux enfants, et montant avec eux des activités théâtrales dès 1959. Le succès est rapide et ses représentations théâtrales sont vite prisées dans la communauté.

    En 1961, Bella crée le Théâtre Yikult, troupe de théâtre amateur avec laquelle elle monte de nombreuses pièces classiques des grands auteurs du répertoire yiddish : Sholem Aleichem, Zinger, Manguer, Kobrin, Goldfaden... André Reinitz sera son chorégraphe et accompagnateur musical, avant de devenir son assistant et metteur en scène. C’est lui qui se chargera aussi de vendre les pièces du Théâtre Yikult à l’étranger : Zurich, Strasbourg, Amsterdam, Munich, Paris… et le Birobidjan où « Mirele Efros » de Jacob Gordin (1898), l’un des plus gros succès du Yikult, sera jouée en 1990 lors d’une tournée mémorable. « Le Congrès juif mondial se réunissait pour la première fois à Moscou, et sa section culturelle nous a demandé de venir faire une représentation », se souvient celui que Bella, avec son délicieux accent, appelait « Andréï ». « Une fois sur place, ils nous ont demandé aussi de jouer au Birobidjan. Il y avait énormément de bruit dans la salle et nous nous sommes rendu compte que la moitié du public seulement comprenait le yiddish et traduisait pour l’autre. Les spectateurs riaient donc tous à des moments différents ! A la fin du spectacle, une dame est venue embrasser les pieds de Bella, en la remerciant d’avoir apporté la bonne parole… C’était très émouvant ».

    André Reinitz restera attaché à « Bella la missionnaire », comme il la surnomme, jusqu’à la fin de sa vie. « Elle donnait tout son temps bénévolement et portait le Théâtre Yikult sur ses épaules, en plus de faire connaitre d’autres spectacles yiddish interprétés par des troupes étrangères en Belgique », raconte-t-il. « Elle s’occupait de lire les textes en yiddish, les adaptait ensuite au théâtre en créant des dialogues, retapait le tout à la machine, et puis s’occupait de créer les contacts. Il fallait recruter les acteurs, et elle allait jusqu’à attraper des gens dans la rue qui ne parlaient pas forcément le yiddish, elle leur apprenait alors leur rôle, mais aussi la signification des phrases, la juste prononciation des mots. Elle recontactait le public individuellement pour être certaine qu’il vienne au spectacle ! ». « Elle aurait mérité plus de reconnaissance », soutient encore André Reinitz qui cite le « diplôme » qu’elle avait reçu au nom de la communauté des mains de David Susskind pour le CCLJ, Lazare Perez, alors président du CCOJB et l’ambassadeur d’Israël.

    Cette soirée d’hommage du 29 novembre sera l’occasion de revivre ces moments magiques du Théâtre Yikult, avec tous les comédiens amateurs qui ont fait partie de la troupe. Au programme de la soirée, animée par André Reinitz en Monsieur Loyal, et musicalement par André et Boleslaw Bieniasz au violon, quelques discours, mais surtout du spectacle, une récitation d’Esther Fishel, de la danse, de la chanson avec Bella Wajnberg, des sketches, le témoignage d’Ida Perez, de nombreuses anecdotes, et un montage photo-vidéo, avant l’incontournable hymne du Théâtre Yikult, interprété par ceux que Bella Szafran appelait ses « Kinderlekh », ses enfants, et qui se conclut par ces mots : « Der yontev iz deendikt … yiddish zol nit untergeyn » (Notre pièce est terminée, mais le yiddish ne disparaitra pas !)

    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou info@cclj.be


     
     

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