Au CCLJ

Athée et juif

Jeudi 26 janvier 2017 par Nicolas Zomersztajn

Historien, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne, travaillant actuellement à Vienne, en Autriche, Jérôme Segal a publié Athée et Juif, fécondité d’un paradoxe apparent (éd. Matériologiques), un essai sur la richesse d’une identité juive culturelle, pluriséculaire, en perpétuelle évolution, libérée des dogmes religieux archaïques. Il présentera son livre ce mercredi 1er février 2017 à 20h au CCLJ.

 
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    En quoi est-ce paradoxal d’être juif et athée ?

    Pour nombre de non-Juifs, être juif revient à adopter le judaïsme, c’est-à-dire la religion juive. Ils estiment donc qu’on ne peut pas être juif et athée. J’ai été souvent confronté à cette objection parmi des gens que je fréquente. Comme si le fait d’être juif et athée était une aporie de la raison. Or, beaucoup de juifs sont soit athées soit très éloignés du judaïsme tout en se sentant juifs.

    En quoi ce paradoxe apparent est-il fécond ?

    En ayant décidé de s’écarter de la religion, des Juifs ont vécu leur identité juive à travers des engagements humanistes. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis des Juifs ont participé activement à la lutte pour les droits civiques et ont lutté dans différents mouvements de défense des droits de l’homme dans lesquels ils ont été souvent surreprésentés. Tous ces Juifs ont établi un lien entre leur judéité et la nécessaire solidarité qu’ils doivent entretenir envers les minorités persécutées ou opprimées. Lorsqu’on se penche sur l’histoire juive, on peut notamment retenir l’expérience du Bund, ce mouvement juif socialiste actif en Pologne entre 1897 et 1939. Il s’agissait d’un mouvement juif antireligieux ayant combattu en faveur des droits des travailleurs simultanément à son combat pour l’autonomie culturelle et la défense du yiddish.

    La question de l’athéisme dans le monde juif n’est-elle pas la preuve de la diversité des modes d’expression de l’identité juive ?

    Oui. Mais cette pluralité impressionnante de l’identité juive est mal connue et de nombreuses instances représentatives juives ne font jamais allusion à la possibilité d’être juif et athée. Or, il ne faut pas oublier que pour les Juifs orthodoxes, le concept même de religion est étranger à la tradition juive. La question de la croyance est marginale dans le judaïsme.

    Quelle est l’impact de la Shoah sur l’identité juive ?

    Au nom de la mémoire de la Shoah, des Juifs peuvent être très impliqués dans la reconnaissance des autres génocides ou d’autres persécutions. Ils prennent donc en considération ce qu’ont subi les Juifs pour sensibiliser l’opinion publique à ces problématiques. Mais à côté de ce versant positif de la mémoire de la Shoah, il existe une utilisation de cette mémoire réduisant cette tragédie à un référant unique de repli sur soi.

    Vous expliquez aussi que la mémoire de la Shoah peut aussi engendrer une identité archétypale. Est-ce une identité en creux ?

    Oui. Il existe de nombreux Juifs qui se sentent juifs parce que des personnes de leur famille ont été tués dans les centre d’extermination nazis C’est le cas de Bernie Sanders lorsqu’on interroge sur sa judéité. C’est une manière de ne pas se poser trop de questions C’est triste car on risque de passer à côté d’un patrimoine juif très riche. Et ce patrimoine est escamoté par cette tragédie de l’histoire qui lui fait de l’ombre. Ainsi, j’évoquais le Bund mais beaucoup de Juifs ignorent sa contribution originale et particulièrement féconde au monde juif.

    Plus on est religieux, plus on risque d’être raciste ou sexiste ?

    Non. Pas du tout. Dans les trois livres sacrés, la Torah, le Coran ou les Evangiles, on trouve des écrits hostiles aux homosexuels ou aux femmes. Tout comme on y trouve des propos accordant une valeur suprême à l’amour du prochain. On peut donc être religieux tout en conservant sa raison et en acceptant la primauté des droits de l’homme sur les textes sacrés même si, en ce qui me concerne, ces textes ne constituent pas une source de morale.

    Vous abordez la question d’Israël dans votre livre ?

    Oui. Cela fait l’objet d’un chapitre difficile dans la mesure où je cherche à montrer qu’il existe un mode d’expression de la judéité mettant en valeur le cosmopolitisme et l’ouverture des frontières. Je ne reproche pas du tout à des Juifs de vivre en Israël pour y vivre comme des Belges en Belgique ou comme des Français en France. Cela ne me pose pas de problème. Mais d’utiliser la Torah comme un manuel de géopolitique afin de poursuivre l’occupation et la colonisation des territoires palestiniens, c’est une chose que je n’accepte pas. Je n’ai pas d’exigence d’exemplarité des Juifs même si je considère le cosmopolitisme comme plus intéressant. Par ailleurs, je ne réclame pas pour les Juifs l’exclusivité de ces qualités. Je parle aussi des Rom qui ont des points communs avec les Juifs. Comme ces derniers, les Rom vivent dispersés sur terre même s’ils ne se réfèrent pas du tout à une terre ancestrale comme Israël pour les Juifs.

    Pourquoi avez-vous consacré un chapitre à la circoncision ?

    En tant qu’humaniste et membre de la communauté juive en Autriche, j’ai critiqué la circoncision des bébés et des enfants et j’ai été, à mon tour, accusé de « préconiser l’extermination des Juifs » et d’être victime d’un type particulier de «haine de soi». Les non-Juifs, eux, sont confrontés à de telles occasions à des accusations d’antisémitisme. Pourtant, soixante-dix ans après la Shoah, il devrait être possible de prôner des réformes dans le judaïsme sans remettre en question pour autant l’identité juive. Il me paraît nécessaire de rappeler qu’entre 1830 et 1870, des Juifs allemands ont décidé de mettre fin à la circoncision. Cette non-pratique s’est interrompue en 1870 parce que la séparation du culte et de l’Etat n’était pas en vigueur. Leurs enfants n’avaient pas d’existence légale car les rabbins refusaient de les inscrire dans les registres de naissance. Ce qui montre la nécessité de la laïcité.


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Daniel lhost - 29/01/2017 - 14:29

      Le judaïsme et la judéité ou une approche que peu de non-juifs connaissent....
      D.L.

    • Par Francis SCHWAN - 22/02/2017 - 10:22

      A juste titre, Jérôme Segal met en évidence le fait qu'utiliser la judaïcité comme argument politique justifiant les ambitions expansionnistes d'Israël, constitue un détournement de la mémoire d'une culture à l'image des doctrines révisionnistes''.

    • Par mireille - 22/02/2017 - 10:35

      Pour moi être juif c'est fréquenter assidument une synagogue et soutenir inconditionnellement Israël

      Tout le reste n'est que du vent

      Mireille

    • Par Hugues Krygier - 22/02/2017 - 11:26

      Ce que cette personne nomme "judaïté" n'est rien d'autre qu'une forme d'humanisme bien-pensant. C'est honorable et c'est son droit de l'être , mais , on ne le répètera jamais assez , ce n'est pas cela, où que cela, être juif. Cause et conséquence sont ici une fois de plus confondues à coups de justifications qui ne convaincront que ceux qui pensent comme lui. Que le judaïsme doit pouvoir s'adapter aux évolutions de notre temps, sans doute. Mas être juif , c'est d'abord et avant tout reconnaître que ce monde a un sens , qui lui a été donné par le Créateur et dont le peuple juif en est le dépositaire. Tout le reste, et c'est le droit de chacun d'y croire ou pas , ce n'est pas le Judaïsme , c'est autre chose ....

    • Par Karambo - 11/03/2017 - 23:10

      Ya til pa autre chose que juif ? Comme mangue
      et yeti ? :0

    • Par arnols - 12/03/2017 - 2:37

      Mireille ! Ferme la porte , il y'a du courant d'air . . . .donc

    • Par rosenblaum - 12/03/2017 - 11:29

      Tout a fait ! Le reste c'est beaucoup de vent et pluie !