Musique

Asaf Avidan, le fils spirituel de Dylan

Mercredi 1 novembre 2017 par Gérard Bar-David
Publié dans Regards n°871 (1011)

Vous l’aviez sans doute découvert, voici presque cinq ans, dans les pages de Regards, lorsque nous avions été subjugués par son succès planétaire « The Reckoning Song/One Day ». Le chanteur israélien Asaf Avidan revient avec un sixième et bluffant projet intitulé « The Study On Falling ». Un album d’une vertigineuse maturité qui le propulse au sommet de son art musical.

Asaf Avidan

Comment vous décrire toutes les cascades d’émotions qui résultent de l’écoute de ce « The Study On Falling », dans lequel Asaf Avidan côtoie des Leonard Cohen, Tom Waits et un certain Robert Zimmerman, plus connu sous le sobriquet de Bob Dylan, dont il devient, ipso facto, désormais le fils spirituel ? La chair de poule ? Bien entendu. La larme au coin de l’œil ? Le sourire, inexpugnable. Sans oublier ce « je ne sais quoi » qui fait battre votre cœur un peu plus vite. Car les chansons d’Asaf Avidan ont ce pouvoir rare de parvenir à nous percer. C’est sans doute ce qui les rend si puissantes et, donc forcément, tellement subjuguantes.

Lorsque je l’avais rencontré, pour la première fois en 2012, après un concert qui m’avait bouleversé, il m’avait résumé sa vie. Ses parents diplomates israéliens, ses années d’enfance passées entre la Jamaïque et Jérusalem, siège du ministère des Affaires étrangères. Mais le plus sidérant, dans son histoire, sans doute, c’est cette vocation, aussi tardive qu’accidentelle, de devenir musicien. Après une rupture violente avec sa petite amie, il renonce à son métier de réalisateur de courts-métrages et de films d’animation. Il déniche alors une guitare sur laquelle il commence à plaquer des accords et se met à chanter seul chez lui, en guise de thérapie. Et pour mieux évacuer ce dépit amoureux qui le dévore de l’intérieur, il force sa voix, en montant en gamme de plus en plus haut, au point de se faire souffrir. Telle est la genèse de cette voix haut perchée, sur talons aiguilles, qui me faisait songer à celle de Janis Joplin. J’écrivais alors dans le magazine Rolling Stone : « Sur scène, avec sa crête et ses cheveux rasés sur le côté, penché sur son pied de micro, Asaf Avidan ressemble à un oisillon tombé du nid. Mais ne vous fiez surtout pas à sa fragilité apparente, elle dissimule une incroyable force émotionnelle. Ses compositions ne durent que trois minutes, elles n’en demeurent pas moins intenses comme autant de chocs électriques. A 34 ans, le chanteur désormais basé à Tel-Aviv s’impose parmi les plus grands, dans la galerie de portraits de ses héros Léonard Cohen, Ray Charles, Edith Piaf ou Nina Simone. Rencontre avec un jeune homme touché par la grâce, au futur si aveuglant, dont l’émotion à fleur de peau se révèle si communicative ».

Cinq ans plus tard, l’émotionnel Asaf Avidan ne cesse de continuer à m’éblouir. Car ce troisième album international, capturé sous le signe de Bob Dylan, est né au studio Shangri-La de Malibu, où le side-band du Zim’, le bien nommé the Band, enregistrait au milieu des 70’s, et de surcroit avec la complicité du producteur Mark Howard qui a réalisé « Time Out Of Mind » d’un certain… Dylan Bob ! Mais pour vraiment endosser les habits du prix Nobel de Littérature, il faut avoir du coffre. Or Asaf Avidan n’en manque pas, d’ailleurs il le prouve de la manière la plus cinglante avec ses compositions éblouissantes, aussi bien par leurs textes que par leur interprétation. Prenez la sublime « Holding On To Yesterday », mon titre fétiche du CD, elle évoque pour moi la vibrante « The Girl From the North Country » publié sur l’album « The Freewheelin’ Bob Dylan » en 63. Ou encore « Green and Blue », simplement magnifique, à mi-chemin entre « The Weight » de the Band… et le « Wild Horses » des Stones. L’album s’achève sur « Twisted Olive Branch » (la branche d’olivier tordue), comme un clin d’œil à cette paix universelle qui l’anime depuis son enfance passée à Jérusalem. « Le fait que je sois quelqu’un d’aussi mélancolique a sans doute un rapport avec cette ville où j’ai grandi », m’avait confié Asaf Avidan, juste avant son concert. A l’écoute de ses brillantes nouvelles chansons, on sait qu’il reste toujours habité par ce spleen qui le porte… et cet espoir qui l’éclaire.

Asaf Avidan, « The Study On Falling »

 
 

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