Nouvelle génération

Ariane Glikerman, artiste intuitive

Mardi 6 mars 2018 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°878 (1018)

De la calligraphie au saxo, en passant par l’impro et la sophrologie, Ariane Glikerman a une énergie contagieuse et du talent à revendre. A 38 ans, cette maman de trois enfants réussit à jongler entre son travail et ses nombreuses passions. Portrait d’une artiste plurielle.

Ariane Glikerman

Depuis plusieurs mois, on la retrouve sous la signature « Ari » sur des tee-shirts, des badges, des chaussures même, et aujourd’hui des toiles. Tout ce mois de mars, ses dernières réalisations graphiques sont d’ailleurs exposées au resto Le Demoiselle, à Saint-Gilles.

Ari, c’est Ariane Glikerman, depuis toujours passionnée de dessin, avec un don particulier. « Je dessine depuis que je suis petite », raconte-t-elle. « Dès que je recevais des petits sous de ma grand-mère, je m’en allais acheter des carnets, des beaux marqueurs et des feuilles blanches des deux côtés. J’avais ce besoin de dessiner pour me concentrer en classe, même si ce n’était pas toujours compris par mes professeurs… ».

Juive « de culture » par deux parents ashkénazes, Ariane sera scolarisée à l’école n°16 de Schaerbeek, où elle noue des amitiés de toutes confessions, avant de changer d’établissement pour l’Athénée royal de Woluwe-Saint-Pierre. Elle fréquentera Shalom Alechem au CCLJ, puis la Jeunesse juive laïque (JJL) jusqu’à ses 17 ans. Sans manquer l’Année de judaïsme des Bnei-Mitzva.

Alors qu’elle semble s’orienter vers des études de Polytech, ayant choisi les maths fortes, ses parents lui proposent de visiter l’ERG (Ecole de recherche graphique - Saint-Luc). « J’y ai ressenti une incroyable liberté », se souvient celle qui, pendant quatre ans, se verra sur « un terrain de jeu », avec la possibilité de toucher à tout grâce à des ateliers multidisciplinaires encourageant la créativité. En restant impliquée dans la communauté, au sein du comité de l’Union des étudiants juifs de Belgique (UEJB).

Côté professionnel, la graphiste trouve un emploi dans les articles de carterie et produits pour bébés, en travaillant au département confection chez Noukies. Elle enchaîne avec un bureau de stylisme pour enfants de 2 à 7 ans, avant d’aborder toutes les facettes de la création de gigoteuses et de draps de lit. Pour finalement décrocher un emploi chez Nattou, spécialisé en peluches pour bébés dont elle développe aujourd’hui la collection.

Oser essayer

Parallèlement, Ariane Glikerman se lance dans une formation de deux ans en sophrologie, une médecine qu’elle avait découverte pendant sa grossesse. Elle se laisse aussi tenter par la musique, en commençant des cours de saxo. « La musique me paraissait quelque chose d’inaccessible, et puis je suis tombée sur ce vieux saxo de 90 ans et j’ai décidé de m’y mettre. Ca me plaît de savoir qu’il a cet âge-là, qu’il a vécu, et qu’il a une âme, je n’aime pas ce qui est trop lisse », relève celle qui se formera seule sur Youtube, après que les enfants soient couchés. C’est à ce moment-là qu’Ariane se remet à dessiner, pressée par des amis de participer au Parcours d’artistes d’Uccle en 2017, où elle se démarque par sa technique. « Au feutre, en noir et blanc, jouant des contrastes, je dessine en écoutant de la musique, du jazz, c’est ce qui m’inspire », confie-t-elle. « Ma couleur préférée ? Le noir, qui regroupe toutes les autres ». De l’abstrait aux « typograffitis », typo revue selon les codes du Street Art, en s’arrêtant sur des portraits d’animaux, elle décline son art sur des tee-shirts en coton bio, « en série limitée, façon “tee-shirts éphémères”, et à des prix raisonnables ».

Une soupape de créativité pour la jeune femme qui voit le lâcher-prise comme un moteur. « J’y vais au culot, j’ose essayer, au pire, ça ne marche pas », fait-elle remarquer. Multipliant les expériences graphiques (badges, logos, carnets, toiles, customisation d’instruments de musique), elle n’a pas hésité à proposer un de ses tee-shirts au saxophoniste de son groupe préféré « The comet is coming » qui l’a d’ailleurs porté pendant son concert, comme elle avait déjà relooké les chaussures de Tatiana Silva ! Ses messages, avant tout positifs -« Color my life with joy », « Believe in your magic », « Great Thing take time »- rejoignent ses pensées : « Ce qui compte pour moi, c’est l’évolution et non l’objectif, j’ai besoin d’apprendre et de découvrir, pas de maîtriser ». Raison pour laquelle elle a pris goût à l’improvisation il y a sept ans, en rejoignant le groupe « Fritkotkot » pour des spectacles réguliers.

La question de son identité juive a ressurgi il y a peu en pleine crise des migrants. « Je m’interroge sur ce que l’on fait en tant que Juifs et en tant qu’humains, pour rendre la pareille, nous, dont les grands-parents ont été cachés pendant la guerre », voyant une similitude avec la situation de détresse des réfugiés d’aujourd’hui. Et se portant volontaire pour les héberger. Suivant, comme à chaque fois, son intuition, tel le fil d’Ariane qu’elle a fait tatouer à main levée le long de son bras. « Une veine en plus », sourit-elle, « celle de l’intuition qui va du cœur jusqu’à mon petit doigt qui me l’a dit… ».

Samedi 10 mars 2018 : Marché des Tricoteurs (La Tricoterie, Saint-Gilles) - Dimanche 25 mars 2018 : exposition solo au Trac (Auderghem) pour un mois - Mai 2018 : expo à La Dibiterie (Uccle). Facebook ARI graphic art

 
 

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