Théâtre de la Toison d'Or

Albert Maizel : "Parler des religions avec humour, c'est toujours possible"

Mardi 3 septembre 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1049

Du 2 octobre au 2 novembre 2019, le Théâtre de la Toison d’Or reprend sa pièce Sisters qui avait déjà rencontré un gros succès au début de l’année, avec Nathalie Uffner, Odile Matthieu et June Owens. Ou comment aborder les trois religions monothéistes avec humour. L’interview d’Albert Maizel, auteur et président du TTO.

 

Quel est le point de départ de Sisters ?

Nathalie (Uffner) avait été invitée en janvier 2016 par Jean-Philippe Schreiber à participer au séminaire « La religion dans la Cité », organisé par l’ULB, pour mettre un peu d’humour entre les interventions des conférenciers. Je lui ai écrit à cette occasion un texte sur le judaïsme qu’elle a donc présenté devant un public de spécialistes, et on a gardé cela dans un coin de notre tête. Avec cette idée de vouloir aborder les monothéismes en se plaçant dans une optique féministe. De là sont nés ces trois stand-ups qui se croisent parfois et forment Sisters.

Ce spectacle est plus engagé que vos pièces habituelles. Comment s’est passée la création ? Et pourquoi avoir choisi de l’écrire à trois plumes, avec Myriam Leroy et Mehdi Bayad ?

Il a effectivement tout de suite fallu déconstruire l’idée qu’on se faisait de la religion, en se demandant ce qu’était un monothéisme, quelle y était la place des femmes, et comment on se positionnait par rapport à cela, pour ne pas mettre les gens dans des catégories et pour aborder cette thématique avec humour. Sisters, c’est un ton. Il a fallu faire et défaire en même temps, en évitant les passages obligés, en remettant en cause un certain nombre de choses. On a beaucoup discuté, et le fait d’être trois, un Juif, un musulman, une catholique, non croyants, dont deux ont eu une éducation religieuse qu’ils ont remise en question, deux hommes, une femme, trois générations, trois points de vue, a permis un échange très riche. C’est une pièce engagée, c’est vrai, mais notre petite salle, avec King Kong Theorie (Virginie Despentes), Rock’n roll (Marc Ysaye) ou encore Frédéric (Dominique Bréda), connait ce type de programmation.

Vous êtes-vous parfois auto-censuré ?

Absolument pas, il n’y avait aucune raison. De toute façon, ce genre de sujets ne plait pas aux tenants durs des religions. Nous ne sommes pas dans l’humour Charlie Hebdo, mais nous n’évitons aucun tabou ni les sujets qui divisent. Cela a  été très étonnant d’ailleurs, notamment quand on s’est retrouvé à parler de sexe, du corps des femmes. Nous avons rajouté certains éléments par rapport à la première version jouée en janvier, retravaillé certains propos, mais avec la même liberté. Nous ne voulons pas être dans une culture de la peur, de l’angoisse, de l’enfermement, du sécuritaire. La peur vient de l’enfermement. Ceci n’est qu’une pièce de théâtre. Alors oui, c’était impossible de ne pas aborder des questions comme le terrorisme, l’antisémitisme, le conflit israélo-palestinien… mais quand on en parle, c’est plutôt pour dire qu’on n’en parlera pas !

Comment réagit votre public ?

Le public rit de bon cœur, il est surpris aussi, parce qu’on est peu « rentre dedans » tout de même. L’objectif n’est pas de viser les publics communautaires, mais le tout-venant, on s’adresse aux gens individuellement. Et cela semble leur plaire. On était conscient bien sûr que c’était une prise de risque. C’est pour ça qu’on a décidé d’en débattre… directement dans Sisters.

Le pitch

Une Juive, une musulmane et une catholique occupent le terrain façon ring de boxe pendant 70 minutes. Elles ne se battent pas entre elles, mais se débattent un peu (parfois) avec les dogmes, les normes et absurdités de leurs religions. Avec beaucoup d’autodérision, les sisters racontent leur vécu, leur culture et une foultitude d’anecdotes qui ne peuvent arriver qu’à elles. C’est l’occasion d’en rire, de se décrisper une bonne fois pour toutes sur un sujet qui n’appelle d’habitude que les sujets alarmistes au JT. C’est aussi évidemment l’occasion d’envoyer quelques punchlines féministes : comment en faire l’économie dans un spectacle sur les femmes et la religion ?

Du 2 octobre au 2 novembre 2019 (du mercredi au samedi) à 20h30 au TTO Théâtre, 396-398 Galeries de la Toison d’Or, 1050 Ixelles.
Infos et réservations  02/510.0.510 ou www.ttotheatre.com

 
 

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