Exposition

L'âge d'or du clubbing

Mardi 2 avril 2019 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°1041

Proche de l’Atomium, le ADAM - Brussels Design Museum évoque la culture cosmopolite des discothèques, des années soixante à nos jours, dans deux expositions temporaires.

A partir des Sixties, l’essor de nouvelles cultures musicales suscite la création de night-clubs où affluent les jeunes aficionados de « musique pop », dans la transgression des codes établis de la vie sociale. D’Amérique du Nord en Italie, architectes et artistes d’avant-garde conçoivent des boîtes de nuit au design novateur. Architecture et décoration intérieures, mobilier, graphisme, lumière et musique s’y associent pour créer une œuvre d’art totale. A Rome, New York, Bruxelles... salle de cinéma, théâtre, garage ou bâtiment industriel désaffectés sont convertis en temple de la danse et scène de spectacles et performances originales. De même, en ces temps d’expansion hégémonique de la culture automobile, des boîtes de nuit s’ouvrent hors des villes, près de grands axes routiers. La culture de contestation de l’après-mai 68 fait place aux cultes de l’individualisme et de l’éphémère analysés par Christopher Lasch ou Gilles Lipovetsky. Scène et espace de liberté créatrice, la discothèque à l’heure punk et disco est un lieu d’expérimentation collective et individuelle. Un multiculturalisme inédit s’y affirme sur la piste de danse.  

L’exposition Night Fever s’attache au design de discothèques mémorables et définit les dimensions internationales du clubbing. Designing the Night se concentre sur la créativité graphique associée aux clubs emblématiques belges, des années 1970 à début 2000. Fruit des recherches de Katarina Serulus, cette seconde exposition au Musée bruxellois du design rassemble des documents rares venus surtout de collections privées : flyers, affiches, posters, invitations... Imprimée sur les presses du journal POUR, l’affiche d’un concert de
Joy Division, à la raffinerie du Plan K, en janvier 1980, se retrouve aujourd’hui dans les collections du MoMA à New York.

Le Mirano, « petit » Hollywood

Le Mirano Continental est le haut-lieu de « l’âge d’or » des discothèques. Ouvert en 1981 dans un cinéma désaffecté de Saint-Josse, le club d’Aldo Gigli est vite un « petit » Hollywood » attirant les amateurs de danse aux origines sociales confondues, célébrités et jeunes du quartier. La fièvre du samedi soir (Saturday Night Fever) a été à l’affiche de cet élégant cinéma de quartier peu avant sa fermeture... Le scénario du film de John Badham est tiré de la nouvelle Inside the Tribal Rites of the New Saturday Night, publiée dans le New York Magazine (1976) par le critique musical britannique Nick Cohn, fils de l’historien Norman Cohn, spécialiste réputé du millénarisme et de l’histoire de l’antisémitisme... La nouvelle de Cohn évoquant avec talent la passion pour la danse de jeunes de Brooklyn procède plus de l’imagination du journaliste que d’une réalité sociologique de terrain, mais le film qu’il inspire joue un rôle décisif dans l’explosion du disco.

Comme Le Palace (Paris), le Mirano s’inspire d’un même club mythique new-yorkais créé en 1977 par Steve Rubell et Ian Schrager, tous deux de Brooklyn, le Studio 54, lieu fondateur d’une nouvelle culture de la nuit. A l’entrée, une sélection rigoureuse assure la mixité des clients : le « mélange de la salade » comme Steve qualifie sa politique d’admission très sélective de son somptueux club de la 54e rue. Envoyé en reportage par le Village Voice au Studio 54, Bill Bernstein est fasciné par le mix culturel qui domine la piste où noirs, Latinos et LGBT dansent aux côtés de célébrités du spectacle et d’artistes en vogue. Le photographe couvre aussi d’autres clubs de Manhattan tels l’Electric Circus et le Paradise Garage où officie le célèbre DJ Larry Levan. Interviewé en janvier 2017 par le Forward, Bernstein souligne le « multiculturalisme radical » de ces clubs new-yorkais : « La piste de danse était une vraie démocratie ». A la fin des années 70, New York est une ville bon marché, ouverte à la contre-culture et à toutes les expériences artistiques. La gentrification et les politiques sécuritaires mettront fin à cette explosion culturelle et artistique.

Katarina Serulus est l’auteur du livre qui accompagne Designing the Night. Publié aux éditions CFC en collaboration avec le Musée ADAM, cet ouvrage trilingue reproduit les œuvres graphiques de l’exposition, documentant l’âge d’or de la vie nocturne bruxelloise et du clubbing dans notre pays. Offerte aux visiteurs, une carte dépliante identifie et localise 24 night-clubs bruxellois, dont l’histoire s’étend de la fin des années soixante à nos jours (Brussels Club Map).

Expositions
- Night Fever : Designing Club Culture 1960 – Today,
jusqu’au 5/05/19
- Designing the Night : Graphic Design of Belgian Club Culture, 1970-2000, jusqu’au 29/09/19
ADAM – Brussels Design Museum (tous les jours 11h-19h)
Infos  www.adamuseum.be

 
 

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