Expo

1918 - Judéité, art et avant-gardes

Jeudi 1 novembre 2018 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°1032

Le centenaire de la fin de la Grande Guerre est l’occasion d’expositions d’art et d’histoire qui documentent la place majeure d’artistes et intellectuels juifs en cette période de grands bouleversements.

La Brabançonne, de Charles Samuel

Organisée à l’initiative du CEGESOMA au Musée Belvue, Bruxelles, novembre 1918. De la guerre à la paix ? retrace les derniers mois du grand conflit et nous confronte à la vie quotidienne de notre capitale, occupée depuis août 1914. L’automne 1918, quelque 75.000 réfugiés arrivent à Bruxelles, fuyant les combats et destructions accompagnant la retraite de l’armée allemande face aux armées alliées. Cet afflux de population accentue les difficultés d’approvisionnement des civils affamés. L’exposition tire de l’oubli les « journées rouges à Bruxelles » : l’annonce de la proclamation de la République à Berlin, le 9 novembre 1918, déclenche la mutinerie des soldats allemands. Des milliers d’entre eux défilent dans les rues du centre-ville arborant des drapeaux rouges et chantant La Marseillaise, ou même La Brabançonne !

Les socialistes belges refusent toute fraternisation avec ces révolutionnaires. Contraints par les termes de l’Armistice d’évacuer au plus vite la Belgique occupée, les derniers détachements allemands quittent Bruxelles dans la nuit du 15 au 16 novembre. Le vendredi 22 novembre, à la tête de l’armée libératrice, notre famille royale fait sa joyeuse entrée à Bruxelles. Au Parlement, le roi Albert annonce l’introduction du suffrage universel pour les hommes, ainsi que des mesures assurant l’égalité entre Flamands et Wallons.

Parmi les monuments temporaires réalisés pour célébrer notre libération, citons La Brabançonne de Charles Samuel. Cette œuvre du grand sculpteur et médailleur juif bruxellois, fondue en bronze pour les fêtes du centenaire en 1930, se dresse aujourd’hui place Surlet de Chokier.

L’exposition du Musée Belvue comporte de captivants montages multimédias réalisés à partir de documents d’époque : cartes, affiches, journaux, photos, films, etc. Dans une interview, faite en 1968 par l’historien José Gotovitch, le Dr. Hugo Freund, juif socialiste, président du Zentral Soldatenrat, se souvient de la « révolution allemande » à Bruxelles. Attaché de presse de ce « soviet » des soldats allemands, l’écrivain juif Carl Einstein fut un autre protagoniste de cette brève « révolution » précédant l’évacuation allemande et notre libération.

Auteur de Negerplastik (1915), un livre fondateur dans la reconnaissance de l’art des sculpteurs africains, Carl Einstein participa ensuite à la révolution berlinoise. Critique d’art engagé, ce passeur d’idées, étroitement associé à l’histoire des avant-gardes artistiques (expressionnisme et cubisme... surréalisme) est à l’honneur dans la remarquable exposition Berlin 1912-1932, au Musée des Beaux-Arts de Belgique.

Au Musée royal de l’Armée, la grande exposition Au-delà de la Grande Guerre du War Heritage Institute propose une vision panoramique de la fin de la Première Guerre mondiale et de tous les bouleversements qui suivirent l’Armistice et la signature du traité de Versailles en juin 1919, mettant fin à l’état de guerre, mais sans pour autant parvenir à réparer une société occidentale marquée à jamais par un conflit fratricide dont nous restons encore aujourd’hui les héritiers.

Expositions

- Bruxelles 11/1918 au BELvue Museum !, jusqu’au 6/01/2019. Infos : www.belvue.be

- Berlin 1912-1932 au MRBAB, jusqu’au 27/01/ 2019. Infos : fine-arts-museum.be

- Au-delà de la Grande Guerre au Musée royal de l’Armée, jusqu’au 22/09/2019. Infos : www.museedelarmee.be

 
 

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