Israël

Ultra-orthodoxes : « Tu ne travailleras point »

Lundi 18 octobre 2010 par O.W.

Le pourcentage est à la fois étonnant et inquiétant : En Israël, 65% des hommes et 50% des femmes « haredim» (« craignant-Dieu ») ne vivent que d’aides publiques. Du jamais vu : à aucune époque, en nul lieu, des Juifs, si pratiquants soient-ils, n’ont refusé ainsi de travailler pour gagner leur pain quotidien. Les chiffres de l’Institut Central de Statistiques d’Israël sont sans appel : en 2009, sur les quelque 600.000 ultra-orthodoxes du pays (8% de la population), les 2/3 des hommes et la moitié des femmes (sur)vivent grâce à la charité publique. Un chiffre qui a triplé en trois décennies.

"L'inactivité professionnelle", un mode de vie?

Cette situation est totalement inédite : dès le Moyen Age, les codes de lois religieuses précisaient que, si sainte que soit l’étude de la Torah, un homme devait avant tout gagner sa vie. Et Maimonide lui-même préférait user ses jours à travailler comme médecin plutôt que de recevoir des dons de ses fidèles. 
De nos jours, la plupart des haredim de par le monde mènent de front études laïques et religieuses avant d’entrer dans le monde du travail. En Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, pays où ils sont particulièrement nombreux, 69% des ultra-orthodoxes exercent une profession et gagnent de quoi faire vivre leur famille. Il n’y a que dans l’Israël d’aujourd’hui que les haredim ont érigé « l’inactivité professionnelle » en mode de vie. 
 
Le Peuple d’un seul Livre
Ils y sont aidés, sinon incités, par le système de protection sociale israélien, particulièrement généreux à leur égard (aide à l’enfance, bourses pour étudiants en religion, etc.). Car tel est le prix que réclament les partis ultra-orthodoxes pour compléter une majorité à la Knesset, le Parlement israélien : le maintien des allocations sociales et des aides toujours plus élevées à leurs réseaux d’écoles. Résultat : le montant de ces contributions a été multiplié par cinq depuis 1970.
A la décharge des haredim, il faut préciser que, le voudraient-ils, ils seraient incapables d’exercer une profession quelconque. Ils n’ont jamais rien appris qui le leur permettrait. Ils ne connaissent que la torah. Pourtant, de tous temps, les Juifs ont considéré les études comme la voie royale de la réussite et de l’intégration. Comment ces ultra-orthodoxes en sont-ils arrivés à n’être plus que le « Peuple d’un seul Livre » ?
La réponse est simple : à cause de l’invraisemblable médiocrité de l’enseignement dispensé dans les écoles religieuses. C’est ce qu’a confirmé, si besoin était, une série d’enquêtes publiées par le quotidien israélien « Yediot Aharonot », (juillet 2010). Qu’en ressort-il ? Presque toutes ces écoles sont subventionnées par l’Etat moyennant l’engagement d’enseigner les matières de base (anglais, sciences, mathématiques, etc.), 
Mais qu’elles n’en font rien : le nombre d’inspecteurs chargés de vérifier le respect de leurs obligations est infime (deux pour 20.000 étudiants en moyenne). Et ils sont, pour la plupart, membres de la communauté ultra-orthodoxe qu’ils sont censés surveiller. Résultat, la majorité des écoles religieuses ne donnent quasi aucun cours de base.
 
Napoléon, chef d’Etat-major de Tsahal…
Leurs élèves passent la journée à prier ou à étudier la torah, seule la dernière heure de cours est –parfois- consacrée à des matières profanes. Qui plus est, toujours selon le « Yédiot », la majorité des professeurs considèrent cette heure comme gaspillée : « Le but ici est de rentrer dans une bonne yeshiva et non dans le secteur high-tech ».
De toute façon, même s’ils en avaient la volonté, ces enseignants seraient bien incapables de dispenser quelque cours que ce soit. Le quotidien israélien s’est amusé à faire passer un test de culture générale à quelques uns d’entre eux. La moitié à peine a réussi à répondre à quelques questions toutes simples. Les autres ont affirmé, entre autres, que Napoléon avait été un chef d’Etat-major de Tsahal, que l’eau bouillait à 60° ou qu’Israël était situé en Europe…
Aussi longtemps que les ultra-orthodoxes ne constituaient qu’une infime partie de la population, on a pu considérer cette situation comme folklorique. Mais, aujourd’hui, l’existence d’une masse d’inactifs volontaires est en passe de devenir un problème macroéconomique. Telle est l’opinion du très puissant Gouverneur de la Banque d’Israël, Stanley Fisher pour qui la situation va rapidement devenir intenable.
Et nombre d’économistes considèrent que c’est l’avenir même de l’Etat d’Israël qui est menacé. Pays technologiquement en pointe, l’Etat juif aura sans cesse davantage besoin de scientifiques, ingénieurs, physiciens, etc. tant pour son développement que pour sa défense. Et ce n’est pas parmi des étudiants connaissant plus ou moins bien la Torah ou le Talmud qu’il les trouvera…

 
 

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