Elections israéliennes

Tout ce qu'il faut savoir

Mercredi 4 septembre 2019 par Frédérique Schillo

Cinq mois après les élections générales, les Israéliens sont à nouveau appelés aux urnes le 17 septembre prochain. Un scrutin qui pourrait confirmer Benjamin Netanyahou dans un cinquième mandat ou au contraire signer l’avènement d’un gouvernement d’alternance de centre-gauche.

 

Pourquoi les Israéliens retournent-ils aux urnes ?

Arrivé en tête aux élections du 9 avril avec le Likoud, à égalité avec le parti Bleu-Blanc de son rival Benny Gantz, Benjamin Netanyahou devait former une coalition avec une majorité de 65 sièges sur les 120 que compte la Knesset. Mais le refus d’Avigdor Liberman de s’allier aux religieux dans ce qu’il dénonçait être un « gouvernement halakhique » a fait échouer les négociations. Dès lors, plutôt que de laisser le président Reuven Rivlin confier à Gantz la tâche de former une coalition, Netanyahou a préféré faire dissoudre la Knesset et – fait unique dans l’histoire d’Israël – provoquer de nouvelles élections.

Les résultats seront-ils connus le 17 septembre au soir ?

Si de premiers résultats seront connus à la fermeture des bureaux de vote à 22h en Israël, ils n’auront rien de définitif car il faudra encore procéder au long dépouillement des bulletins de vote des soldats. Ils peuvent faire basculer une élection : le 29 mai 1996, Israël s’était endormi avec la victoire de Shimon Peres pour se réveiller au matin avec Netanyahou Premier ministre. Plus encore, le système israélien de la proportionnelle intégrale favorise les petits partis charnières, qui marchandent au prix fort leur place dans une coalition. Ces négociations peuvent durer 28 jours, prolongeables par le Président pour une durée maximale de 14 jours. Une situation qui oblige à résonner non seulement en termes de partis politiques, mais aussi de blocs.

Quelles sont les forces en présence?

La grande nouveauté de ces élections est la formation d’alliances afin d’éviter l’émiettement des voix. Sur les 31 partis en lice (contre 47 en avril dernier), neuf se détachent :

Le Likoud du Premier ministre est en tête d’un siège selon les dernières estimations (avec 31 sièges). Il a absorbé le parti de droite Koulanou (« ensemble ») du ministre de l’Economie Moshe Kahlon, et signé un accord de gouvernement avec Moshe Feiglin, le leader de Zehut (« identité »), un libertarien (il milite pour la légalisation du cannabis thérapeutique), ultranationaliste et raciste. Netanyahu joue ainsi la carte religieuse, annexionniste et sécuritaire dans une campagne centrée sur son rôle de leader : Bibi est d’« une autre ligue » affirme le slogan du Likoud.

En deuxième place à quasi égalité dans les sondages, Bleu-Blanc (Kahol-Lavan) est le fruit d’une alliance entre trois anciens chefs d’état-major Benny Gantz, Boogy Yaalon, Gabi Ashkenazi, et le parti Yesh Atid (« il y a un futur ») du centriste Yaïr Lapid. Proches du Likoud sur les questions de défense et de sécurité, libéraux en matière économique et sociale, ils accusent Netanyahu de sacrifier l’Etat de droit à son pouvoir personnel et promettent, c’est leur slogan, de placer « Israël au-dessus de tout ». En cas de victoire, Gantz et Lapid ont convenu d’une rotation au poste de Premier ministre.

En troisième place, les partis arabes, pourtant très hétéroclites – marxistes antisionistes, islamistes, ou encore judéo-arabes comme le Hadash (« nouveau ») d’Ayman Odeh – jouent eux-aussi le vote utile en présentant une liste unie. Odeh a créé le scandale en annonçant qu’il pourrait siéger dans un gouvernement de centre-gauche ; ce serait une première en Israël.

L’extrême-droite est quasiment toute entière réunie sous la bannière Yamina (« à droite ») de l’ancienne ministre de la Justice Ayelet Shaled. Il revient donc à une femme, qui plus est laïque, d’emmener trois partis (Foyer juif, Résurrection et Nouvelle droite) sionistes religieux, annexionnistes et messianiques.

A l’écart, « Israel Beitenou » (Israël notre maison), un parti jusqu’alors sectoriel, majoritairement russophone, bénéficie d’une popularité nouvelle grâce à la campagne laïque d’Avigdor Liberman, qui masque un discours ultranationaliste. Crédité d’au moins 10 sièges, l’ancien allié de Netanyahu pourrait jouer les faiseurs de roi.

Suivent dans les sondages ses principaux ennemis politiques : les partis ultra-orthodoxes Judaïsme unifié de la Torah (ashkénaze) puis Shas (séfarade).

A gauche, une première alliance baptisée Camp démocratique regroupe le Meretz de Nitzan Horowitz, le nouveau parti d’Ehud Barak et la députée travailliste Stav Shaffir. Unique formation à se réclamer de la gauche, elle est aussi la seule à proposer un plan pour régler le conflit avec les Palestiniens. « Nous, c’est le courage », dit leur affiche de campagne.

Enfin, l’alliance de centre-gauche formée du parti travailliste d’Amir Peretz et le « Gesher » (pont) d’Orly Lévy ferme la marche avec un programme résolument social : relève du salaire minimum, école gratuite, programme de logements…

Tous les autres partis en lice se placent sous le seuil électoral (3,25%), notamment Otzma Yehudi (« force juive »), le parti kahaniste dont la Cour suprême a interdit à trois membres, convaincus d’incitation à la haine, de se présenter.

A ce jour, ni le bloc de droite ni celui de centre-gauche n’obtiendrait la majorité. Toutefois, cette prévision ne tient pas compte du parti de Liberman, qui vient de signer un accord de répartition des excédents de voix avec Bleu-Blanc. Si Liberman recommandait Gantz comme Premier ministre le 17 septembre, le bloc de centre-gauche pourrait atteindre une majorité confortable (65 sièges).

Une coalition a-t-elle cette fois des chances d’émerger ?

Fait incroyable, le scénario du 9 avril pourrait se reproduire si aucun parti n’émerge clairement. Le phénomène du vote utile pourrait jouer en faveur du Likoud, en évitant la dispersion des voix d’extrême-droite, mais causer du tort à Bleu-Blanc qui a besoin des partis de gauche pour bâtir une coalition. D’autres incertitudes demeurent, à commencer par l’abstention sans doute plus élevée qu’aux dernières élections (31,5%) du fait de la lassitude des électeurs. Or on sait que la mobilisation est toujours plus forte à droite. L’attitude des électeurs arabes sera aussi cruciale. Ce sont eux qui ont permis au Meretz de passer le seuil d’éligibilité en avril et ils ont été 27% à voter pour des partis sionistes. Choyés par Bleu-Blanc, qui promet aux bédouins et aux druzes d’amender la loi « Etat nation du peuple juif », ils sont dans le viseur de la droite : le Likoud cherche à faire passer en force une loi pour installer des caméras dans les bureaux de vote arabe et les dissuader de voter. 

Quels thèmes dominent la campagne ?

Comme souvent en Israël, la plupart des partis ne publient pas de programme digne de ce nom. Aucun thème saillant ne domine, hormis peut-être le conflit laïques-religieux soulevé par Liberman. La campagne très agressive de Netanyahou pour absorber les voix de droite et draguer l’électorat russophone consiste en des attaques tous azimuts que l’on pourrait résumer ainsi : qui n’est pas Likoud est gauchiste. Celle plus modérée de Bleu-Blanc, dans l’espoir de s’attirer les déçus de Netanyahu, en vient à produire au contraire un discours tiède sans d’autre enjeu que la volonté d’en finir avec un Premier ministre corrompu.

Comment les affaires de corruption de Netanyahou interfèrent-elles dans ces élections ?

Depuis le début, les élections de 2019 se doublent d’un feuilleton judiciaire. Le Premier ministre doit être entendu en vue d’une mise en examen dans trois affaires pour fraude, abus de confiance et corruption. S’il a précipité des élections le 9 avril, c’était précisément dans l’espoir d’être réélu à la tête d’un gouvernement qui lui accorderait l’immunité. La campagne actuelle est rythmée par de nouvelles révélations sur ses affaires de corruption (dossier Bezeq) et l’immunité que certains comme Ayelet Shaked sont prêts à lui accorder en échange d’un poste. Dernier élément, et non des moindres : l’audition de Netanyahou devant le procureur Mandelblit est fixée au 2 octobre, soit en pleine négociation pour la formation d’une coalition.

Un gouvernement d’union nationale est-il envisageable ?

De toutes les coalitions imaginables, le scénario d’un gouvernement d’union entre le Likoud et Bleu-Blanc, d’ailleurs souhaité par les électeurs, semble le plus faisable a priori puisqu’il leur offrirait la majorité la plus large, sans compter sur les apports d’autres partis. Mais ceci n’est possible qu’à une seule condition : que Netanyahou se retire. Certains y songent sérieusement au Likoud. A tel point qu’en mai dernier, Netanyahu a fait voter une résolution interne soutenant qu’il n’y aurait d’autre candidat que lui au poste de Premier ministre. Début août, à nouveau, il a fait signer une « pétition de fidélité » aux députés. Preuve que la couronne du « roi Bibi » est en train de vaciller.


 
 

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  • Par Daniel Donner - 9/09/2019 - 8:38

    Comme toute la presse israelienne, que de beaux mots pour Bleu-Blanc.Ce parti n'a aucun theme de gouvernement. Son slogan etait aux precedentes elections: tout sauf Bibi. C'est avec cela que l'on gouverne un pays? En fait ce parti est une sorte de Likoud-bis. Meme s'il arrive a former une coalition, ce ne sera certainement pas de centre gauche, parce ses dirigeants sont eux de droite, et de plus, tous prevoient que ce parti eclatera apres les elections. Bref, le fait de traiter la droite d'etreme-droite alors que le terme d'extreme n'est jamais attribue a Meretz sur ce site ne changera pas la realite des choses: Meretz ne peut s'entendre avec Bleu-Blanc sur le plan national.

    "Preuve que la couronne du « roi Bibi » est en train de vaciller."Voeux pieux. Helas. Helas? Quel autre homme politique en Israel a sa carrure? Et je le dis avec tristesse. Parce que c'est helas probablement la raison de sa longevite. Pourquoi personne ne parle reelement de social par exemple? Pourquoi lors des elections ca n'interesse personne? Ce que je regrette, c'est que personne n'annonce des arguments, des ideaux, mais tous eructent. Quelle niveau. A pleurer.