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Tel-Aviv lance un service de transport le shabbat

Mardi 19 novembre 2019 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°1053

La capitale économique, considérée par ailleurs comme un fief de laïques, n’est pas la première ville du pays à adopter la formule. L’ONG « Noa Tanua » fait figure de pionnière en la matière.

 

Une mini-révolution se prépare à Tel-Aviv. La municipalité a en effet annoncé début octobre qu’elle allait lancer prochainement un appel d’offres pour l’exploitation d’un service de bus pendant le shabbat et les jours fériés. En Israël, des voitures, des taxis, les minibus privés (« shirout ») peuvent circuler lors du shabbat, jour de repos hebdomadaire dans le judaïsme qui s’étire sur près de 25 heures à partir du coucher du soleil le vendredi soir. Mais pendant cette période, il n’y a pas de transport public dans les villes juives. A quelques exceptions près...

Car d’autres localités ont été plus avant-gardistes que Tel-Aviv, pourtant considérée comme le fief des laïques. Jouxtant la capitale économique, Ramat Gan et son maire Carmel Shama-Hacohen ont ainsi lancé cet été le « sababus », un car public, gratuit, qui circule pendant le shabbat de la banlieue aux plages de Tel-Aviv. Contraction des mots « sababa » -« cool » en hébreu- et « bus » tout en rappelant le shabbat, le « sababus » n’a pas manqué de soulever l’ire des partis religieux, opposés à ce type de services au nom de l’identité juive du pays.

Parmi les pionniers de cette mouvance figure Noa Tanua* (un jeu de mots autour du mot hébraïque « mouvement »), une ONG qui milite pour le transport public le samedi. Née en 2015, elle a été créée par Roy Schwartz Tichon, lequel a décidé d’utiliser son allocation de fin de service militaire, ainsi qu’une partie de ses économies, pour soutenir cette cause. Originaire de Haïfa, l’une des seules villes mixtes du pays, où cohabitent Juifs et Arabes, et dans laquelle un transport public est proposé quotidiennement, ce jeune homme âgé de 25 ans a eu l’idée de dupliquer ce service, suite à son installation à Tel-Aviv.

Aidé par deux volontaires, Noam Tel-Vered (26 ans) et Lior Tavori (33 ans), devenus ses partenaires, Roy Schwartz a développé plusieurs lignes de bus permanentes dans la région centrale du Sharon, permettant à des milliers de personnes, « de choisir la façon dont ils voulaient passer leur samedi », et d’avoir accès au transport public, moyennant une somme symbolique. Alimentée par des dons privés et du financement participatif, l’ONG gère aussi durant l’été des « Yambus » (qui desservent les plages), par exemple pour un trajet entre Be’er Sheva, située aux portes du Néguev, et Ashkelon en bord de mer. Une façon de permettre à tous de sortir le samedi, tout en réduisant les émissions polluantes.

70% des Israéliens favorables

Noa Tanua a également été consultée pour définir les contours de l’appel d’offres en gestation à Tel-Aviv, où le service comprendra cinq lignes de bus qui fonctionneront le vendredi, de 20h à 2h du matin, et le samedi, de 9h du matin jusqu’à la fin du shabbat. Selon les estimations de la mairie, 80% des habitants de Tel-Aviv auront un arrêt de bus situé à 600 mètres maximum de leur domicile et de leur destination. 

Les bus, sur chacune des nouvelles lignes, partiront toutes les 20 à 30 minutes. Sur les segments où les lignes se chevauchent, dans le centre-ville et sur les routes principales des quartiers nord et sud, la fréquence passera de 10 à 15 minutes. Ce service sera gratuit et ouvert à tous dans un premier temps. A terme, la ville pourrait toutefois décider de réserver ces nouveaux bus aux seuls résidents de Tel-Aviv. Les bus seront mis en circulation dans le courant de l’année 2020. Le coût de l’opération est estimé à 12 millions de shekels (3,1 millions d’euros)

Le rabbin Uri Regev, directeur de Hiddush, une ONG qui promeut la liberté et l’égalité de la pratique religieuse en Israël, a salué cette initiative qui prolonge la nouvelle approche empruntée par les maires qui font « ce que les politiciens de la Knesset et le gouvernement n’ont pas le courage d’initier ». De fait, selon un sondage de Hiddush, 70% du public israélien est favorable à la mise en place d’un transport public minimum le shabbat et 66% estime que ce sujet doit relever des collectivités locales et non être l’apanage du Ministre de l’Intérieur.


 
 

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