Israël

A Tel-Aviv, l'humour juif dans tous ses états

Mardi 4 septembre 2018 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°1028

Le Musée de la Diaspora (Beit Hatfutsot) organise un parcours décapant autour de l’humour juif à travers la planète. A voir jusqu’à la fin de l’année.

Jerry Lewis

Qu’y a-t-il de commun entre les blagues de Grousho Marx, de l’ensemble « Hagashah ha hiver » et de Gad Elmaleh ? A priori pas grand-chose. Si ce n’est que ces trois grands noms de l’humour juif américain, israélien et français se retrouvent réunis jusqu’en 2020, sous un même toit, le temps d’une exposition évènement, organisée dans l’enceinte du Musée de la Diaspora (Beit Hatfutsot) de Tel-Aviv.   

Son intitulé - « Let there be laughter » ou « Qu’il y ait du rire »- constitue en soi tout un programme ! L’institution muséale n’a en effet pas hésité à recourir à une injonction divine imaginaire pour rappeler à quel point l’humour occupe une place centrale dans la culture juive.

Comment l’humour juif s’est-il développé, devenant un « best-seller » au sein de la Diaspora, d’Israël, voire même au-delà des frontières communautaires ? En quoi est-il si spécifique ? Pour répondre à ces questions, les commissionnaires de l’exposition, formés par le tandem Asaf Galay et Michal Houminer, sous la direction du Dr. Orit Shaham Gover, n’ont pas hésité à adopter une approche ludique en proposant un périple spatio-temporel.

Le point de départ de la visite s’ancre ainsi dans la Bible, en commençant par faire référence au rire d’Abraham et de Sarah. Certes les experts sont partagés : les uns soutiennent que les textes bibliques contiennent de nombreux passages comiques, tandis que d’autres affirment le contraire. Mais que l’humour juif soit né ou non avec l’apparition du premier Juif importe peu. Ce qui fait l’unanimité, en revanche, c’est que l’humour juif repose sur l’autodérision. Un phénomène unique au monde ! Aucun autre peuple n’a autant exploité cette faculté de rire de lui-même… et ce, dans les situations les plus désespérées.

Le répertoire des blagues juives prend certes pour cible les non-Juifs (les goyim), mais il se concentre tout autant sur les mères juives (la yiddishe mama et ses variantes), les « Jewish American Princess » (les « JAP » des années 1970), les rabbins, ou encore Dieu…

De l’humour pour contrer le tragique

Autre constante : l’humour juif s’est souvent développé en réaction à une situation locale plus ou moins tragique. C’est par exemple dans l’Europe orientale des shtetls, des persécutions et des pogroms qu’est né l’humour du grand Sholem Aleichem, auteur de récits en yiddish, dont est tirée la comédie musicale Un Violon sur le toit.

Idem pour l’humour juif « made in America » qui a prospéré dans un climat d’antisémitisme relatif, mais réel. Outre l’installation réservée aux Marx Brothers, un bel hommage est rendu au comédien originaire du New Jersey, Jerry Lewis récemment disparu, ainsi qu’aux comiques issus des sitcoms, qu’il s’agisse de Jerry Seinfeld, ou de Julia Louis-Dreyfus.

L’exposition s’aventure aussi en ex-URSS, où l’humour juif a bravé l’oppression stalinienne, en faisant connaître Arkady Raikin (1911-1987), considéré comme le « Charlie Chaplin soviétique ». Côté français, au-delà de l’incroyable succès du film Les aventures de Rabbi Jacob, signé Gérard Oury (1973), le visiteur est invité à découvrir la trajectoire de Pierre Dac (né André Isaac), qui s’est produit dans les cabarets parisiens dans les années 30, avant de présenter les retransmissions de Radio Londres pendant l’occupation nazie.

Plus surprenant, Beit Hatfutsot met à l’honneur un autre pays, dont les comiques ou personnalités du divertissement d’ascendance juive, sont largement méconnus du grand public : l’Egypte. Le musée retrace ainsi la carrière de l’homme de théâtre Yaqub Sanu (1839-1912), surnommé le « Molière de l’Egypte ».

Enfin, un large pan de l’exposition est dédié à l’humour « made in 
Israël » : une charge satirique dont le principal élément est sa composante ethnique. Ashkénazes, Sépharades, Géorgiens, Yéménites ou Allemands d’origine, tout le monde en prend pour son grade ! Pour s’en convaincre, il suffit de se familiariser avec les grandes émissions satiriques de la radio comme de la TV israélienne. Mais aussi avec les auteurs les plus prolifiques du genre, à commencer par l’écrivain Ephraïm Kishon (disparu en 2005), l’auteur du Policier Azoulay (1970). Un film culte qui a valu à l’acteur Shaike Ophir (1928-1987) une nomination aux Oscar pour son interprétation.

Plus d’infos : www.bh.org.il/


 
 

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