Coexistence

St Joseph, la maternité de Jérusalem qui joue la réconciliation

Vendredi 1 juin 2018 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°884 (1024)

Cette nouvelle maternité située dans un quartier arabe palestinien de Jérusalem-Est attire de plus en plus d’Israéliennes de confession juive.

 

C'est un fait : dans l’Etat hébreu, le milieu hospitalier est sans doute (avec les pharmacies), celui qui favorise le plus les rencontres entre Juifs et Arabes… pour plusieurs raisons. Avides d’ascension sociale, les Arabes d’Israël se tournent le plus souvent vers des études supérieures liées au monde médical et paramédical. Sachant que cette « minorité » -qui représente 20% de la population nationale- a par ailleurs peu de chance de faire carrière dans le secteur high tech : un petit débouché souvent réservé aux ex-recrues des unités technologiques de l’armée (NDLR : alors que les Arabes eux ne sont pas tenus de faire leur service militaire).

De sorte qu’il n’est pas rare que les Israéliens juifs (à l’exception notable ce ceux -minoritaires- qui résident dans des villes mixtes) fassent connaissance pour la première fois avec leurs concitoyens arabes lors d’un séjour hospitalier… Et vice versa. Un cas de figure qui se présente de la même façon avec leurs voisins palestiniens, qu'ils ont encore moins de chance de rencontrer au quotidien.

En témoigne l’évolution de la fréquentation de la nouvelle maternité de l’hôpital Saint-Joseph, située dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est. Ouverte en 2015, cette nouvelle structure composée de 75 lits, sept salles d’accouchement, pour 150 professionnels de la santé, était censée améliorer l’accueil de la population arabe de la ville. Inaugurée en grande pompe par l’un des grands représentant de l’OLP, le dirigeant palestinien Saeb Erikat, cette petite maternité devait à l’origine en priorité répondre aux besoins des femmes arabes, « obligées (sic) de se rendre dans des hôpitaux israéliens, où le problème de la langue vient s’ajouter au défi des soins », selon le patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, désormais à la retraite et qui en préside le conseil d’administration.

Seulement voilà, comme l’a révélé le media américain Tablet, depuis l’automne 2017, Saint-Joseph attire un nombre croissant de futures mamans… juives, voire même de femmes ultra-orthodoxes ou de résidentes de colonies. Unique hôpital catholique de Jérusalem-Est, l’hôpital Saint-Joseph, qui emploie cinq sœurs, et est placé sous le contrôle du ministère israélien de la Santé, affirme pourtant une ligne identitaire claire. Sa page  Facebook se réfère à la Nakba (la « catastrophe » associée pour les Palestiniens à la création de l’Etat d’Israël).

Mais les témoignages enthousiastes de la douzaine de femmes enceintes juives qui ont choisi d’y mettre au monde leur bébé demeurent sans ambiguïté. « Au merveilleux personnel de l’hôpital St Joseph (…) Dès la première minute de mon arrivée, je me suis immédiatement sentie bien accueillie et comme chez moi. L’esprit d’ouverture et le respect dont vous avez fait preuve pour chaque femme, sans faire de concession sur votre professionnalisme, s’est avéré spectaculaire », écrivait le 25 mars l’une des jeunes mamans de confession juive, à sa sortie de la maternité.  

Posté sur la page de Saint-Joseph, ce type de commentaires se fait l’écho de la qualité des services rendus dans une maternité à taille humaine (200 naissances par mois, contre près de 2.000 dans les grands hôpitaux) et d’un accueil amical. A l’instar, du reste, de celui prodigué par les hôpitaux israéliens, connus pour traiter avec humanité Palestiniens de Cisjordanie, de la Bande de Gaza, ou blessés de guerre syriens…

La double vie de Saint-Joseph

L’ordre des Sœurs de Saint-Joseph a commencé par ouvrir une structure hospitalière à Jérusalem, en dehors de la Vieille ville, en 1896. Baptisé hôpital Saint-Louis, il s’est attaché à desservir de manière égalitaire les patients juifs, chrétiens et musulmans. Mais suite à la guerre d’Indépendance, l’établissement situé côté israélien est devenu inaccessible aux populations arabes. D’où la décision, prise en 1956, de construire un nouvel hôpital, Saint-Joseph, à Jérusalem-Est.

Spécialisé en oncologie et soins palliatifs, Saint-Louis poursuit sa mission de manière exemplaire. Un travail qui a fait l’objet d’un beau documentaire, L’île, signé Adam Weingrod et primé lors de l’édition 2017 du festival du film documentaire DocAviv.

 
 

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