Israël

Le sort des réfugiés africains provoque des réactions en chaine

Mercredi 24 janvier 2018 par Nathalie Hamou

Alors que le gouvernement israélien prévoit d’expulser quelque 35.000 Erythréens et Soudanais en situation irrégulière, de nombreuses voix se sont fait entendre pour protester contre cette décision contraire aux valeurs de l’Etat hébreu.

Parc Levinsky à Tel-Aviv, 2014

La citation s’affiche depuis des mois sur l’imposante façade de l’« Abraham Hostel », une auberge de jeunesse, nichée dans le quartier de Florentine, au sud de Tel-Aviv : « Tu aimeras l'étranger comme toi-mêmecar tu as été étranger en terre d'Egypte ». Mais ce message biblique, qui rappelle l’importance de l’accueil de l’étranger dans le judaïsme, prend aujourd’hui une dimension plus concrète. Depuis début janvier, date à laquelle le gouvernement israélien a annoncé son plan visant à expulser ou incarcérer pour une durée illimitée près de 35.000 Erythréens et Soudanais en situation irrégulière, la cause de ces ressortissants qui ont droit au statut de réfugiés commence en effet à mobiliser la société civile.

Pointés du droit par l’exécutif comme des « infiltrés » venus en Israël pour des raisons économiques, les migrants africains concernés ont le plus souvent fui la persécution, la conscription militaire, et autres situations de détresse. Et si l’opinion publique israélienne s’est montrée jusqu’ici relativement indifférente au sort des demandeurs d’asile soudanais et érythréens, qui résident en grande partie au sud de Tel-Aviv, la partie la plus pauvre de la ville, les choses commencent à évoluer.

Ecrivains, universitaires et rabbin solidaires

Les hommes et femmes de plume ont été les premiers à être montés au créneau : 35 des plus importants écrivains et poètes du pays ont exprimé le 18 janvier dernier leur indignation dans une lettre adressée à Benjamin Netanyahou. Des auteurs tels qu’Amos Oz, David Grossman ou Zeruya Shalev ont signé une déclaration publique appelant le gouvernement à ne pas mettre en place son plan d’expulsion des Soudanais et des Erythréens.

« Ces hommes et ces femmes, qui portent sur leurs corps et dans leur âme les cicatrices de leur fuite et de la torture dans les camps du Sinaï, ne demandent qu'une chose : vivre », affirme le texte. Et les signataires jugent qu'Israël ne fait pas face aux mêmes défis migratoires que l'Europe et l'Afrique, soulignant que ces demandeurs d'asile représentent moins de 0,5 % de la population israélienne.

Quelques jours plus tard, c’était au tour du monde du cinéma et de la télévision de prendre le relais. Plus de 400 cinéastes, réalisateurs ou acteurs, dont trois récipiendaires du Prix Israël, ont signé un texte appelant le Premier ministre israélien à renoncer à son programme. « La déportation ne peut pas être une solution. Israël ne peut pas bannir ces personnes et créer ce terrible désastre humanitaire », ont-ils fait valoir dans une lettre révélée le 24 janvier par le journal Haaretz.

Ce cri d’alarme a aussi été lancé par près de 500 universitaires israéliens, sans compter une cinquantaine de rabbins, qui ont enjoint le gouvernement à mettre un terme à ce qu'ils qualifient de « politique cruelle en contradiction avec la tradition juive ». « En tant qu'Etat juif, nous ne pouvons fermer totalement nos cœurs aux pleurs de ces gens dans la misère », ont souligné ces dignitaires religieux.

Une femme rabbin est même allée plus loin : il s’agit de  Susan Silverman, sœur de la célèbre comédienne américaine, Sarah Silverman, qui s’est dit prête à lancer une campagne visant à cacher les Africains menacés d'expulsion, en s’inspirant de l’histoire d’Anne Frank. Une comparaison qui a provoqué quelques grincements de dents. Cette semaine, le journal populaire Yediot Aharonot n’a en tout cas pas hésité à mettre en Une la photo de survivants de la Shoah posant aux côtés de demandeurs d’asile. Avec la mention : « Nous cacherons des demandeurs d’asile dans nos maisons ».

Trois pilotes d’El Al viennent par ailleurs d’annoncer dans des messages postés sur Facebook leur refus de participer à l’expulsion massive de demandeurs d’asile africains organisée par le gouvernement. Les pilotes comptent refuser de les transporter au Rwanda ou en Ouganda. L’acte est surtout symbolique, car la compagnie El Al n’assure pas de vols directs vers ces deux pays censés accueillir (en échange d’une compensation financière attribuée par Israël) les migrants  africains.

En outre, plusieurs dirigeants de ces « pays tiers » ont récemment démenti avoir signé un accord secret avec les autorités israéliennes sur le sujet. Il n’empêche. Les migrants africains se préparent à toutes les éventualités. Et Ido Elad, qui fait partie des pilotes d’El Al ayant fait connaître leur hostilité au projet, a écrit sur Facebook, le 21 janvier, qu’il refuserait de « conduire des réfugiés vers leur mort ».

Last but not least, 50 directeurs d’écoles israéliennes réparties sur l’ensemble d’Israël, ainsi que 350 médecins, travailleurs sociaux, infirmiers et dirigeants d’hôpitaux ont signé des lettres demandant au gouvernement de faire marche arrière. « Au lieu de considérer les demandeurs d’asile d’Erythrée et du Soudan comme des victimes qui ont fui le génocide, la torture, la violence et les viols, le pays les condamne à connaître de nouvelles souffrances ».


 
 

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