Israël

Le sort d'Amona, un casse-tête pour le gouvernement Netanyahou

Lundi 21 novembre 2016 par Nathalie Hamou

La haute Cour de justice israélienne a ordonné l’évacuation d’Amona avant le 25 décembre 2016. Mais les résidents de cette colonie sauvage de Cisjordanie ne comptent pas plier bagage. D’autant que la Knesset tente de régulariser tous les avant-postes illégaux.

A droite, Eli Greenberg ; à gauche, les habitantes de Silwad

Combien de temps durera le feuilleton Amona ? C’est un fait, la plus importante colonie sauvage de Cisjordanie, créée voilà tout juste vingt ans, à quelques kilomètres au nord de Ramallah, n’en finit pas de faire les gros titres. Et de mettre à l’épreuve la cohésion des gouvernements israéliens successifs pour lesquels le problème des avant-postes illégaux semble rester insoluble.

Déjà en 2006, le gouvernement d’Ehoud Olmert avait tenté d’évacuer cette implantation portée par une majorité de jeunes couples religieux. Et contribué à faire d’Amona un symbole, lorsque la démolition par Israël de neuf habitations permanentes avait dégénéré en affrontements violents entre colons et forces israéliennes.

Dix ans plus tard, le sort d’Amona reste des plus incertains. Sur le papier, cette communauté dont les maisons préfabriquées abritent une quarantaine de familles (soit près de 200 enfants) devrait en effet être démolie d’ici au 25 décembre prochain, conformément à une décision de la Cour suprême israélienne de 2014, qui estime que la localité a été construite sur des terres privées palestiniennes.

La législation dans le sens des colons ?

Seulement voilà, une simple visite dans l’enceinte de cet avant-poste, perché sur une colline surplombant la colonie juive d’Ofra, suffit à s’en convaincre : les résidents d’Amona n’ont pas l’intention de plier bagage. « Cette communauté a été fondée il y a vingt ans et j’espère bien y demeurer vingt ans de plus. Pour moi, venir ici, c’était me reconnecter à nos sources bibliques. Nous sommes là pour rester », confie Eli Greenberg, un quadra originaire de Haïfa, titulaire d’un doctorat d’études bibliques, qui travaille dans le e-commerce. Kippa tricotée vissée sur la tête, celui qui s’est établi dans la colonie de Beit El, avant d’élire domicile à Amona voilà treize ans, se sent d’autant plus sûr de son fait que la législation semble évoluer dans le sens de la cause des colons. « On essaye de trouver une solution pour indemniser les Palestiniens qui peuvent prouver qu’ils ont acheté une terre ou qu’ils en ont hérité », souligne-t-il.

Une allusion directe à un projet de loi susceptible de légaliser rétroactivement des colonies israéliennes bâties en Cisjordanie, adopté ce 17 novembre, en première lecture par la Knesset. Voté à 58 contre 50 députés, ce texte, qui doit encore faire l'objet de plusieurs examens et a été jugé invalide par le procureur général d'Israël, est loin de faire l’unanimité.

Dans l’opposition, Tzipi Livni, chef de file de l'Union sioniste de centre gauche, a estimé que ce projet de loi donne essentiellement le feu vert à l'annexion des territoires. Pour sa part, le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a déclaré « qu’il n’y avait pas d’alternative » à l’évacuation d’Amona. Le leader du parti ultra nationaliste « Israël Notre Maison » plaide notamment pour que Jérusalem garde les coudées franches pour bâtir dans les « blocs de colonies » où vivent 80% des colons et cesse de construire dans les colonies isolées.

Des propos pris très au sérieux à Silwad, un village arabe situé de l’autre côté de la vallée rocailleuse, à quelques kilomètres au nord d’Amona. « Lieberman a conseillé aux gens d’Amona de partir : c’est la première fois qu’un dirigeant israélien se positionne de la sorte », souligne Abdel Rahman Hammad, le maire de Silwad, où vivent plusieurs plaignants palestiniens, défendus par l’association israélienne Yesh Din.

« Je ne veux pas recevoir de l’argent, mais juste retourner sur la terre de mes grands-parents », confie Mariam Hamad, l’une des plaignantes, âgée de 82 ans. Un scénario jugé inenvisageable à Amona. « Même si on nous évacue de force », pointe Eli Greenberg, « les Palestiniens ne pourront pas se réinstaller ici pour des raisons de sécurité. Notre communauté est trop proche d’Ofra. Et Amona restera un No man’d land ».


 
 

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