L'édito

Solidaires d'Israël, mais pas d'une politique suicidaire

Mardi 3 novembre 2015 par Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en chef

« Comment ne pas être sévère à l’égard de ceux que l’on aime et que l’on souhaite proches de l’image idéale qu’on se fait d’eux », déclarait Raymond Aron lorsque l’Université hébraïque de Jérusalem lui a décerné le titre de docteur honoris causa en 1972.

A cette époque, Israël vivait encore dans l’euphorie suscitée par la victoire éclaire de juin 1967, et tout le monde préférait se tromper avec Sartre plutôt que d’avoir raison avec Aron. Pourtant, cette déclaration reflète parfaitement le sentiment qu’éprouvent encore aujourd’hui de nombreux Juifs de diaspora indéfectiblement attachés à Israël, lorsqu’ils observent attentivement la politique menée par son gouvernement.

Voilà un pays dont les réalisations les remplissent de fierté : un jeune Etat ayant maintenu ses institutions démocratiques en dépit des guerres qu’il a dû mener pour sa survie, une économie dynamique et performante, des centres de recherche scientifique et des universités de réputation mondiale, des innovations technologiques dans des secteurs de pointe, une créativité artistique et culturelle féconde, etc.

Or, voilà ce même pays emporté par une vague nationaliste messianique d’un autre âge, dont les desseins menacent son existence en tant qu’Etat juif et démocratique. Et face à la politique de colonisation de la Cisjordanie et de domination par la force des Palestiniens, ce n’est plus la joie ni la fierté qui nous animent, nous Juifs de diaspora attachés à Israël, mais la perplexité, le doute et le désespoir. Le désespoir de voir le rêve sioniste se briser à cause d’une minorité agissante et fanatique entraînant toute une nation vers le désastre, sans que la majorité amorphe et atone ne lève le petit doigt.

Car le projet du Grand Israël poursuivi par le mouvement colon a un prix exorbitant : la fin de l’Etat juif. Si Israël exerce son autorité, voire un jour sa souveraineté, sur un territoire s’étendant de la Méditerranée au Jourdain, la population arabe de ce territoire deviendra vite majoritaire. Il est difficile d’imaginer que ce scénario soit validé par les Israéliens dans leur grande majorité. Quant aux Juifs de diaspora, ils sont loin d’être d’accord avec cette perspective contraire à la raison d’être du sionisme : un Etat où les Juifs sont majoritaires, et non un Etat où ils redeviennent une minorité tolérée.

Un autre scénario peut se dessiner si les Israéliens décident d’annexer la Cisjordanie sans accorder la citoyenneté aux Palestiniens : un Etat non démocratique, menant une véritable politique de ségrégation. Moralement et politiquement inacceptable, ce scénario isolera complètement Israël sur la scène internationale et placera les Juifs de diaspora face à un dilemme insurmontable : soit se montrer solidaires de cet Etat et faire abstraction de leur attachement aux valeurs démocratiques, soit défendre ces valeurs de manière cohérente et se dresser contre Israël.

Le professeur Yeshayahou Leibowitz (1903-1994), ce chimiste et talmudiste considéré comme l’un des plus grands intellectuels israéliens, avait pressenti très tôt cette hypothèse catastrophique. En mars 1969, il déclarait dans Haaretz que « placer un million et demi d’Arabes sous l’autorité juive, c’est ébranler l’essence humaine et juive de l’Etat d’Israël et détruire la structure sociale que nous avons établie ; c’est couper l’Etat d’Israël du peuple juif dans le monde comme de la continuité de l’histoire et de la tradition juives, c’est anéantir le peuple juif et pervertir l’homme israélien ». Si Leibowitz se montrait sévère envers la politique menée par le gouvernement israélien, c’est précisément parce qu’il aimait Israël qu’il avait rejoint en 1934, lorsque ce pays était encore sous mandat britannique.

A l’instar de Leibowitz, nous sommes beaucoup de Juifs de diaspora à réclamer le partage de la terre entre Israéliens et Palestiniens, pour que ces derniers puissent avoir leur Etat aux côtés d’Israël. C’est notre manière d’affirmer notre foi dans la légitimité du sionisme.


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par defenseur - 5/11/2015 - 12:47

    Je suggère au CCLJ de fusionner avec l'UPJB.
    Ce sera plus simple pour tout le monde.
    Pourquoi deux organisations dont le core business est le même ?

  • Par Pierre Lasky - 5/11/2015 - 13:22

    Je pense que Défenseur connaît mal l'UPJB ou lit mal l'éditorial de Nicolas Zomersztajn. L'UPJB est antisioniste et partisan de l'Etat binational. Ce qui n'apparait absolument pas dans cet éditorial de Regards.
    Pierre

  • Par defenseur - 5/11/2015 - 15:37

    Monsieur Pierre,

    Ce qui apparaît en tout cas c'est la constante au CCLJ de critiquer Israël et son gouvernement DEMOCRATIQUEMENT élu.

    Pour moi, cela revient au même.

    Salutations les meilleures,

  • Par Alan Frommer - 5/11/2015 - 21:26

    CCLJ ne pas pas être comparé à l'UPJB. Il est une organisation qui est sioniste et pour cette raison exerce un esprit critique. On peut ne pas être d'accord avec les positions qu'elle défende mais on se trompe en le comparant à l'UEJB.

  • Par defenseur - 5/11/2015 - 22:22

    Monsieur Alain,

    Pouvez-vous essayer de me faire changer d'avis en m'exposant les différences entre le CCLJ et l'UPJB. Peut être suis-je mal informé ?

    D'avance merci

    D. Fenseur

  • Par Zakhor - 7/11/2015 - 13:22

    Quand le CCLJ va -t-il fusionner avec l'UJFP (Union des Juifs Français pour la paix)
    Mon message passera-t-il ? J'étais banni jusque là, vu que les critiques n'étaient pas admises par quelqu'un de votre site.
    A +

  • Par rika - 7/11/2015 - 15:56

    C’est peu connu mais la loi juive (Hala’ha) prévoit un cas où un Juif perd sa judéité et donc n’est plus considéeé du tout comme un Juif : c’est le cas où cette personne se consacre entièrement et de façon permanente à l’attaque d’Israël !
    A bon entendeur …