Israël/Société

Shimon Peres, une vision humaniste relayée par ses proches

Mardi 1 novembre 2016 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°850

La disparition de l’homme d’Etat s’est certes accompagnée d’hommages officiels des grands de ce monde. Mais les Israéliens ont surtout été sensibles aux adieux du premier cercle de Shimon Peres. De fortes personnalités qui ont creusé le sillon de l’illustre dirigeant.

Le clan Peres, avec Yoni (en haut à gauche), Chemi (derrière à droite), Raphi Walden au centre, et Tsvia, à côté du couple Peres.

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    Que faut-il retenir des funérailles mondiales organisées le 30 septembre 2016 au cimetière du Mont Herzl de Jérusalem, à l’occasion de la disparition de Shimon Peres ? Le discours du président Barack Obama, celui de son prédécesseur Bill Clinton, l’oraison funèbre du l’écrivain Amos Oz, ou les « excuses » du président  de l’Etat hébreu, Reuven Rivlin ? Au-delà des hommages officiels, beaucoup d’Israéliens et d’admirateurs de Shimon Peres auront surtout été sensibles aux adieux prononcés par les proches du dernier des Pères fondateurs de l’Etat d’Israël : à savoir les trois enfants du couple formé par Shimon et Sonya Peres, et leurs conjoints. Parce que ces derniers relayent à leur façon la vision de l’artisan des accords d’Oslo, ou incarnent la vision universaliste de l’homme d’Etat…

    Tsvia Peres Walden

    A n’en point douter, la fille aînée de Shimon Peres a touché de nombreux cœurs pendant les obsèques, lorsqu’elle a récité le Kaddish aux côtés de ses deux frères Yoni et Chemi, en incluant dans la prière des morts un message universel, grâce à des formulations émanant du courant conservateur et réformé. Une approche qui correspond à l’approche pluraliste de Tsvia Walden, fondatrice de la maison d’études des sources juives « Kolot » (Voix, en hébreu), comme à celle de son père… Sachant qu’au sein de la tradition dominante du judaïsme, le courant orthodoxe, les femmes ne récitent généralement pas le Kaddish.

    Détentrice d’un doctorat de psycho-linguistique de l’Université d’Harvard, Tsvia Walden s’est toujours illustrée par son activisme dans le domaine de la défense des droits de l’homme, de la promotion du processus de paix au Proche-Orient et de la cause des femmes. Elle a confié des souvenirs très personnels lors de son oraison funèbre, pour évoquer la mémoire de celui que sa mère appelait « Boujik ». « Le monde se rappellera du Peres déterminé que rien n’arrête, qui continue de courir malgré les obstacles et les chutes durant le parcours. Moi, je me souviens de lui cette dernière année, lors des repas familiaux du vendredi soir. Il était le premier à se lever pour la bénédiction. On l’a décrit comme quelqu’un qui excelle dans l’art de la négociation. Moi, je voyais un homme qui exerçait tous ses talents pour nous nourrir. De nombreux jours, j’ai couru après toi. Maintenant, avec beaucoup d’amour, tu es digne d’un repos bien mérité ».

    Raphi Walden

    Tsvia a aussi rappelé qu’à l’issue de son mariage, Shimon Peres avait eu beaucoup de mal à accepter qu’elle ait changé son nom en « Madame Walden ». Son époux Raphael (Raphi) Walden, chirurgien et co-directeur de l’hôpital Sheba (Tel Hashomer), est pourtant entré dans le premier cercle de la famille, non seulement en sa qualité de gendre de l’ex-Premier ministre et du 9e Président de l’Etat, mais aussi en tant que médecin privé de Shimon Peres.

    Né en Dordogne, caché avec sa famille (originaire de Pologne) dans un petit village de France pendant la Seconde Guerre mondiale, Raphi Walden, qui a servi comme lieutenant-colonel dans l’unité des parachutistes au sein de l’armée israélienne, s’est de surcroît fait connaître comme un représentant du judaïsme humaniste. Il officie en effet depuis près de vingt ans comme co-directeur de la branche israélienne de l'ONG « Médecins pour les droits de l’homme » (Physicians for Human Rights). Cette association vise à soigner les populations défavorisées vivant en Israël, comme les réfugiés africains. Elle œuvre par ailleurs dans les Territoires palestiniens (en Cisjordanie), où chaque samedi, un groupe de médecins et d’infirmières se rend avec un stock de médicaments.

    Un engagement qui possède incontestablement une dimension politique, comme l’expliquait Raphi Walden au quotidien Haaretz dans un long entretien accordé en 2013. « Nous soignons en moyenne 400 patients par jour, 400 personnes qui pour la première fois rencontrent un Israélien dans le cadre d’une expérience qui n’est pas menaçante ou violente (…) Et même si, au bout du compte, on ne change rien (…), nous aurons au moins réussi à créer une petite lumière au bout du tunnel. En accomplissant un acte de solidarité humaine ».

    Yoni et Chemi Peres

    Affichant un profil bas, comparé au reste de la fratrie, Yoni Peres appartient lui aussi au monde de la santé. Le fils cadet du couple Peres qui a fait carrière comme vétérinaire en tant que fondateur du Village Veterinary Center de Tel-Aviv, œuvre également pour la promotion du Centre israélien de dressage des chiens d’aveugles. Yoni Peres a confié qu’il n’était pas simple pour lui d’être le fils de Shimon Peres. « Vous êtes toujours placé sous un microscope ».

    Pour Chemi Peres, en revanche, la notoriété n’a jamais été un problème. Et pour cause, des trois enfants de Shimon Peres, il est le plus  enclin à endosser les habits de personnage public. Co-fondateur de Pitango, le plus grand fonds d’investissement israélien, cet ancien 
pilote (il a servi dix ans dans les rangs de l’armée de l’air de son pays) est l’une des figures clé de la scène high-tech locale. Un univers cher à Simon Peres qui s’est toujours présenté en champion de l’inno-vation et plus récemment en VRP de la nation « Start-up ». Chemi Peres s’est aussi fait connaître comme un apôtre du « business de la paix », au travers de deux autres fonds d’investissement -Al Bawader et Amelia- visant à soutenir l’entrepreneuriat issu du secteur arabe, en Israël comme dans le Moyen-Orient.

    Il est également le directeur du Centre Peres pour la paix (lire notre encadré). Chemi Peres, qui s’est exprimé en anglais au début de son oraison funèbre, déclarait, rendant hommage à son père : « Pour beaucoup, en Israël et à travers le monde entier, tu étais un mentor et une source d’inspiration. Tu étais un exemple, un fils loyal pour ton peuple et ton pays. Avec une détermination incroyable, tu as œuvré pour la sécurité et pour la paix. Tu n’as jamais économisé ton énergie. Tu exploitais chaque instant de ta vie. Nous nous souviendrons de toi comme celui dont la grandeur émanait d’une profonde passion à servir une grande cause, et jamais d’un désir de puissance ».

    Bientôt une autoroute au nom de Shimon Peres ?

    Shimon Peres n’aura pas besoin de mémorial. Il a de son vivant ordonné la construction d’un lieu qui lui ressemble, le Centre Peres pour la Paix, situé en bord de mer, dans un quartier mixte de Jaffa. Inauguré en 1998, cet imposant édifice abrite une équipe dédiée à la coexistence entre Juifs et Arabes. Mais ce projet qui devait initialement promouvoir la réconciliation n’a pas été exempt de critiques. Certains lui ont reproché d’être une coquille vide, critiquant notamment le budget de fonctionnement de l’institution.

    Il n’empêche. Le Centre Peres pour la Paix a servi de lieu de rencontres pendant la Shiva (rituel de deuil juif) du pilier de la vie politique israélienne, la famille ayant invité tous les Israéliens souhaitant rendre un dernier hommage au Nobel de la Paix à lui rendre visite au cœur de Jaffa. Une délégation de vingt dirigeants des autorités locales du secteur arabe a notamment fait le déplacement lors du premier jour de la Shiva, pour présenter ses condoléances au nom de la communauté arabe.

    En outre, il y a fort à parier que le nom de Shimon Peres fera de plus en plus partie du quotidien de ses compatriotes. Le décès du grand homme ayant suscité des dizaines de demandes de la part des municipalités de l’ensemble du pays pour rebaptiser rues, artères et places au nom du Président défunt.

    Le Maire de Dimona a ainsi suggéré d’ajouter le nom de Shimon Peres au Centre de recherche nucléaire du Néguev, sis dans sa ville, sachant que l’homme d’Etat a apporté un atout décisif au pays en lui procurant son premier réacteur nucléaire… Tandis que le Maire de Givatayim (en proche banlieue de Tel-Aviv) 
a pour sa part (et en toute logique) proposé de renommer 
la grande artère « Derekh ha Shalom » (La voie de la Paix) en « Derekh Shimon Peres ». L’autoroute de la métropole de 
Tel-Aviv, dite Ayalon (nommée d’après une rivière), sans doute l’une des plus fréquentées du pays, pourrait également se transformer en voie express Shimon Peres…

     
     

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