Au CCLJ

Shaul Harel "Un enfant sans ombre, parcours d'une vie"

Mardi 2 juillet 2019 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°1047

Né en 1937, Charles Hilsberg a survécu à la guerre grâce au réseau de la résistance belge. Orphelin, il embarque à 12 ans pour Israël où il façonnera son destin, sous le nom de Shaul Harel, devenant un neuropédiatre reconnu. Il viendra présenter ses mémoires, préfacées par Boris Cyrulnik, le 10 septembre prochain à 16h au CCLJ.

Shaul Harel aux côtés d'Andrée Geulen

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    Comment le projet de ce récit est-il né ? Comment l'écriture s'est-elle déroulée ?

    Shaul Harel J’ai toujours su que j’avais une histoire à raconter et il me tardait de le faire, car d’ici quinze ans, voire un peu plus, il n’y aura plus de témoins directs de l’Histoire. Cette guerre sera rapportée par des historiens et d’autres personnes qui ne l’auront pas vécue. Cet écrit contrera aussi ceux qui disent ou diront que la Shoah n’a pas existé. Le projet d’un livre s’est imposé suite au documentaire réalisé en 2009 sur ma vie d’enfant caché*. C’est ma femme qui a pris la plume, secondée pour quelques chapitres par une cousine. L’écriture a nécessité de nombreux échanges, une plongée dans des archives, et nous avons beaucoup appris de certaines précisions historiques. Cette entreprise nous a occupés quelques mois et des émotions profondément enfouies, liées à mon enfance et à la Shoah, m’ont bien sûr habité. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un livre « que » sur la Shoah ni d’un récit uniquement juif. C’est l’histoire d’un enfant exposé à de lourds traumatismes qui, petit à petit, a eu la chance de connaître une résilience positive. Ce livre peut aussi servir de boussole pour les jeunes d’aujourd’hui, en détresse, de par le monde. Mon vécu montre qu’il y a toujours une lumière au bout du tunnel : en rêvant, avec de la force, en étant dédié à son but, on peut réussir et faire une assez belle carrière. Aujourd’hui que ma vie personnelle et ma carrière professionnelle sont accomplies, je suis en sécurité, je peux parler, je m’en sens même le devoir.

    Vous accordez également une belle place à votre carrière médicale…

    sh Ce parcours est également rempli de moments intenses, graves et optimistes et il m’importait d’exprimer ma gratitude envers ceux qui m’ont permis d’évoluer. J’y raconte mes études en Israël et aux Etats-Unis, ainsi que mon obstination à promouvoir la neuropédiatrie et le développement de l’enfant à une époque où on ne connaissait pas cette branche en pédiatrie. Je suis devenu expert de cette discipline aux Etats-Unis et en Israël. Je parle de mon approche ludique des consultations, toujours assisté de Raggedy Ann, une poupée de chiffon au sourire communicatif qui a facilité les auscultations et même sauvé des vies. J’ai pu, à mon retour des Etats-Unis, ouvrir un département de neuropédiatrie en Israël. Il est devenu un petit empire aujourd’hui. J’y ai formé de nombreux médecins. Notre recherche fondamentale et innovante a été et est toujours saluée en Israël comme à l’étranger. J’ai été expert mondial sur le retard de croissance intra-utérin, président de la société internationale de neurologie, et ces avancées ont aidé à élever Israël au rang mondial. J’ai aussi initié une formation en neurologie et au développement de l’enfant dans les pays défavorisés d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie. Ce programme est toujours d’actualité. Le livre ne constitue pas un CV exhaustif, mais évoque les méandres et succès d’une longue carrière, ponctuée aussi d’anecdotes.

    Qu'est-ce que la Belgique évoque pour vous aujourd’hui ? 

    sh Israël est le pays où je vis, c’est ma patrie, mais la Belgique est l’endroit où je suis né et où j’ai passé mes cinq premières années, entouré d’amour. Il y a ici un souvenir de chaleur et un traumatisme terrible. A vrai dire, entre mes 12 ans et mes 65 ans, je ne m’y étais plus attardé. Je n’ai quasi plus parlé français. Mais un événement personnel m’a ramené en 2003 à Bruxelles. J’ai voulu revoir l’appartement familial. Je suis ensuite revenu ici avec ma sœur, puis avec ma femme et mes enfants. J’ai aussi fait la connaissance d’Andrée Geulen, qui était venue me prendre, en 1942, chez mes parents. Nous avons parlé des heures. J’ai notamment découvert mon nom de guerre et mon « code » dans les registres. J’ai renoué avec mon éducateur après-guerre, Siegi Hirsch, qui m’avait fait retrouver le sourire ; je revois mon ami d’enfance Robert Fuks. Des institutions belges ont contribué à la réalisation du documentaire Les enfants sans ombre, ainsi qu’à la traduction de mon livre en français. J’entretiens désormais ici de beaux liens amicaux et professionnels, œuvrant tant que je peux aux bonnes relations belgo-israéliennes.

    * Les enfants sans ombre, documentaire réalisé en 2009 par Bernard Balteau et produit par Luc et Jean-Pierre Dardenne (Dérives).


     
     

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