L'éditorial

La seule démocratie du Proche-Orient...

Mardi 7 mars 2017 par Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en chef
Publié dans Regards n°857

Benjamin Netanyahou aime répéter qu’Israël est la seule démocratie du Proche-Orient. Il n’a pas tort. « L’Etat d’Israël sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël », proclame la Déclaration d’Indépendance du 14 mai 1948.

Même si ce texte n’est pas une constitution au sens strict du terme, il pose toutefois les fondements de la démocratie israélienne. La Déclaration d’indépendance ne fait que traduire la volonté des Pères fondateurs de créer un Etat du peuple juif qui soit exemplaire et conforme aux exigences de justice de la tradition juive. N’est-ce pas le prophète Isaïe qui avait prédit que Sion sera perdu par l’absence de justice et qu’il ne sera ressuscité que si les Juifs y restaurent la justice ?

Israël est peut-être la seule démocratie du Proche-Orient, mais le gouvernement actuel multiplie les assauts contre les institutions judiciaires et les associations des droits de l’homme donnant précisément un contenu concret à l’aspiration démocratique. Depuis que ce gouvernement a été formé en mai 2015, des ministres et des députés de la majorité ont consciemment et volontairement déposé de nombreux projets et propositions de lois illégaux. Face à cette hystérie législative, le Procureur général de l’Etat et la Cour suprême sont à chaque fois intervenus pour rappeler au gouvernement et à sa majorité les principes fondamentaux du droit israélien et de l’Etat de droit. Dans ce contexte, le pouvoir judiciaire subit quotidiennement les assauts de la droite et de l’extrême droite, à l’image du ministre de la Justice Ayelet Shaked qui cherche obstinément le meilleur moyen d’empêcher les juges de la Cour suprême de remplir leur mission essentielle dans « la seule démocratie du Proche-Orient ».

La guerre outrancière que mène ce gouvernement contre les organisations israéliennes des droits de l’homme comme B’tselem ou Breaking the Silence et contre les organisations du camp de la paix comme Shalom Archav s’inscrit aussi dans cette offensive contre le droit et la justice. En assimilant ces organisations à des traîtres et à des ennemis d’Israël, il s’agit moins de les intimider que de leur ôter toute légitimité. C’est la raison pour laquelle Benjamin Netanyahou a virulemment critiqué le Premier ministre belge Charles Michel d’avoir rencontré les dirigeants de Breaking the Silence et B’tselem.

Ce mépris du droit se retrouve également dans l’affaire Azaria, ce soldat israélien de 21 ans reconnu coupable d’homicide volontaire d’un assaillant palestinien blessé et gisant au sol à Hébron. Alors que le tribunal militaire n’avait pas encore prononcé de condamnation, le Premier ministre n’a pas hésité de porter atteinte à l’indépendance de la justice en déclarant qu’il réclamera la grâce du soldat jugé ! Benjamin Netanyahou prétend défendre Tsahal et ses soldats, mais en s’immisçant dans le processus judiciaire, il cherche surtout à défendre sa politique d’occupation de la Cisjordanie où Tsahal a été transformé en un appareil répressif de domination d’un autre peuple.

« La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique », disait Georges Clémenceau lors l’affaire Dreyfus. Ce bon mot désigne le caractère souvent expéditif de la justice militaire et sa tendance à étouffer le scandale. Avec l’affaire Azaria, la justice militaire israélienne donne tort à Clémenceau. En soulignant que tirer sur une personne déjà touchée et blessée depuis plusieurs minutes est illégal, le colonel Maya Heller, présidente du tribunal militaire, s’est montrée fidèle aux principes de justice de la Déclaration d’indépendance de 1948. On peut toutefois regretter qu’elle n’ait pas infligé au condamné une peine qui soit conforme à la gravité du crime commis. Dix-huit mois de prison pour une exécution sommaire, c’est peu, surtout lorsque cette juridiction entend rappeler qu’en Israël, l’Etat de droit doit être respecté et qu’il ne peut y avoir d’arbitraire : la loi est la même pour tous, même pour un soldat agissant dans l’exercice de sa mission.


 

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  • Par Schwan Francis - 15/03/2017 - 12:23

    Ce faisant, B. Nethanyahou et ses ministres contribuent à la judéophobie à l'encontre de la diaspora dans le monde.
    Heureusement que certaines voix, comme celle de Joël, s'élèvent pour marquer un équilibre dans l'opinion des communautés.
    Très cordialement à toutes et tous. F. Schwan