Culture/Livres

Serge Dumont nous présente la mafia israélienne

Mardi 3 décembre 2013 par Propos recueillis par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°789

Après plus de seize années d’enquête, le journaliste belgo-israélien Serge Dumont, spécialiste des affaires judiciaires et correspondant des quotidiens Le Soir, Le Temps et La Voix du Nord, publie L’histoire vraie de la mafia israélienne (La manufacture de livres). Une véritable bombe que l’actualité israélienne de ces dernières semaines ne fait que confirmer. Entretien.

 

Comment expliquer la violence à laquelle on assiste aujourd’hui et qui fait le devant de l’actualité israélienne ? Il n’y a en réalité rien de neuf, si ce n’est le calme relatif actuel dans les territoires palestiniens qui fait que les correspondants des médias étrangers s’intéressent soudain à ces événements plutôt que de se focaliser sur le conflit. Mais si on en parle peu en diaspora, les médias israéliens sont, eux, très au fait de la situation et en parlent chaque jour. Cette actualité est d’ailleurs défavorable à la mafia dans la mesure où la police, moins occupée par la sécurité, a plus de temps pour tenter de la coincer. La première prise de conscience du phénomène en Israël remonte à 1976, lorsque la première commission d’enquête sur la criminalité organisée a conclu qu’il y en avait une. Depuis, on connait des hauts et des bas quant au nombre de liquidations et d’exactions, face auxquelles la police reste bien souvent impuissante. Le 13 novembre, encore à Nahariya. Avant cela, des intimidations, des jets de grenades sur des véhicules… Le 16 novembre, une voiture explosait, sans faire de victimes heureusement, sur le parking du Palais de Justice, en plein cœur de Tel-Aviv. La cible : un magistrat, en charge du dossier du parrain Amir Mulner et de son organisation mafieuse. Une dizaine de liquidations ont eu lieu au courant de l’été, avec une tentative d’assassinat du maire de St-Jean d'Acre. Pour avoir une idée de leur importance, on peut dire que la mafia israélienne fait plus de victimes que le terrorisme palestinien, et qu’une ville telle que Ramleh, par exemple, avec 70.000 habitants, voit plus d’exécutions sur un an que Marseille qui en compte un million !

En quoi la mafia israélienne se distingue-t-elle des autres mafias plus « célèbres » ? La mafia israélienne est très violente et tue beaucoup, mais on n’y observe pas, comme chez les Siciliens, des prestations de serments, des codes secrets ou des baisers de la mort. On a plutôt affaire ici à des organisations qui s’associent et se partagent des zones. La mafia israélienne compte 18 familles, en majorité séfarades, descendant de Juifs venus du Maghreb. L’Ash-kénaze Amir Mulner, un des chefs les plus importants et fils d’un officier de police, fait figure d’exception. Beaucoup de mafieux israéliens ont aussi une expérience militaire qui les aide dans leurs activités. L’arrivée des Russes n’a qu’en partie changé la donne. Une trentaine de chefs maffieux sont arrivés après 1989, mais essentiellement pour bénéficier d’un passeport israélien et pouvoir continuer leur business en Europe de l’Est et aux Etats-Unis. Les rares qui ont souhaité s’installer véritablement en Israël se sont vus expulsés. La mafia israélienne a pris en cinquante ans une ampleur internationale, avec des guerres internes sans fin entre gangs rivaux.

Vous citez Tel-Aviv, Paris, New York et Anvers. Quel lien la mafia israélienne entretient-elle avec la Belgique ? Une des familles les plus importantes, la famille Abergil, a en effet créé une base sur Anvers où elle se fournissait en ecstasy pour ensuite approvisionner les Etats-Unis. Les comprimés seront transportés dans les mêmes valises à double fond que celles utilisées pour acheminer des diamants entre Anvers et Brooklyn ou Tel-Aviv. Des passeurs seront même recrutés au sein des milieux ultra-orthodoxes, gens insoupçonnables et qui se déplacent régulièrement.

Quel coût représente l’activité mafieuse en Israël ? Le montant des activités mafieuses, criminelles et frauduleuses en Israël est évalué à 190 milliards de Shekels/an (soit environ 40 milliards d’euros, chiffres au 20/11/2013). La police ne parvient pas à les arrêter pour meurtre, faute de preuves. Il n’existe pas en Israël de juge d’instruction. La police dispose donc d’énormément d’informations, mais cela ne suffit pas. Les plus hautes instances de police avec le Parquet se sont réunies récemment chez la ministre de la Justice Tzipi Livni pour élaborer une nouvelle stratégie d’action et agir justement sur le plan financier en ouvrant des enquêtes sur le blanchiment d’argent. Le « parrain à la kippa », Shalom Domrani, a été arrêté il y a peu. Il contrôlait tout le sud d’Israël et des casinos dans le Sinaï, avec des intérêts au Maghreb. Les enquêtes qui le concernent visent ce blanchiment d’argent, en plus du vol de sable et des tentatives de meurtre. Il est aussi soupçonné de fraude électorale à Netivot, aux dernières élections municipales d’octobre. Le procès d’un autre parrain de la mafia, Rico Shirazi, est en cours actuellement, également pour blanchiment. Les hommes de la mafia ont en outre la possibilité financière de se faire défendre par les ténors du Barreau… 

Serge Dumont, L’histoire vraie de la mafia israélienne. Tel-Aviv, Paris, Anvers, New York… Enquête au cœur de la criminalité organisée de l’Etat hébreu, éd. La manufacture de livres, 2013.

Le livre est paru uniquement en français. Il n’est pas vendu en Israël pour des raisons évidentes de sécurité.


 
 

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  • Par Librairie La Ba... - 28/02/2014 - 16:58

    Bonjour,
    nous sommes libraires à Paris et nous souhaiterions organiser une vente signature avec Monsieur Serge Dumont avant l'été.
    Merci de lui transmettre notre message ou de nous donner un contact adresse pour le joindre.
    Bien cordialement,
    La Balustrade