Coexistence

Sarhan Mahamid, le rire médecin qui rassemble

Mardi 3 juillet 2018 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°886 (1026)

Natif de Haïfa, Sarhan Mahamid s’est fait connaître en devenant le premier clown médecin arabe d’Israël. En rapprochant enfants juifs et arabes dans une même expérience de rire thérapeutique, cet humaniste fait bouger les lignes.

Sarhan Mahamid

Sarhan Mahamid le reconnaît volontiers : hyper actif, il ne cesse d’expérimenter des nouveaux passe-temps. Il y a un peu moins d’un an, ce natif de Haïfa de confession musulmane a ainsi participé à l’émission de concours culinaire à succès « Master Chef » (mais l’enregistrement a malheureusement été réalisé alors qu’il jeûnait à l’occasion des fêtes du Ramadan). Dans le même temps, il est 
devenu critique gastronomique pour la chaîne de TV publique 
israélienne Kahn, en langue arabe, tout en commençant une formation de pilote d’avion amateur. Un rêve qui n’est pas encore à la portée de sa bourse, mais qu’importe. « J’accompagne des enfants malades toute la journée, c’est important de se changer les idées et de voir autre chose », confie-t-il avec un sourire dans la voix. Inconnu du grand public, Sarhan Mahamid est une vraie célébrité dans 
les hôpitaux israéliens. Il s’est fait connaître à l’échelle nationale en devenant le premier clown médical arabe d’Israël. Un parcours 
professionnel que lui avait recommandé après avoir remarqué son sens de l’humour particulier un médecin de l’hôpital Rambam, où 
il travaillait comme auxiliaire médical pour une société d’ambulance privée.

En l’espace d’un an, Sarhan Mahamid a donc suivi un programme d’apprentissage de clown médical. Un univers pas totalement nouveau pour ce père de deux enfants à la fibre artistique et qui avait déjà eu l’occasion de se former auprès du prestigieux clown Jacques Lecoq, lors d’un long séjour à Paris. Toujours est-il qu’aujourd’hui, le quadra au nez rouge pratique cet art avec succès dans trois établissements de soins du pays : l’hôpital des enfants Schneider (basé à Petah Tikva), l’hôpital Asuta de Haïfa et le Herzlia Medical Center.

Un diplôme à l’Université de Haïfa

«Je peux travailler en hébreu comme en arabe, et au travers de mon intervention, qui vise à soulager les patients,  je permets aussi aux enfants juifs et arabes de se rapprocher », explique « Dr Sarhio », le surnom que lui a donné un jeune patient qui ne parvenait pas à prononcer Sarhan. Premier membre de sa famille à exercer le métier de clown médecin, il est satisfait de faire bouger les lignes. « Dans le monde médical, la religion des patients importe peu. Il faut parler la même langue à tous », ajoute ce professionnel qui se prévaut avant tout d’apporter aux enfants hospitalisés de l’amour et une paix intérieure.

Popularisée aux Etats-Unis voilà exactement trente ans, grâce à la sortie du film Docteur Patch avec l’acteur vedette Robin Williams, s’inspirant du précurseur mondial du « rire thérapeutique », « Patch » Hunter Adams, la profession de clown médical a pris un essor particulier en Israël. L’un des premiers diplômes au monde en la matière (niveaux licence et maîtrise) y a vu le jour au sein de l’Université de Haïfa. Tandis que plus de 30 établissements hospitaliers israéliens ont des équipes de clowns professionnels, recrutés notamment sous l’égide de l’association « Dream Doctors », établie en 2002 et qui prône une approche très holistique de cette pratique.

Loin d’être cantonnés à un rôle de divertissement, les clowns médicaux israéliens peuvent en effet officier dans les salles d’opération comme dans les services oncologie, ou encore au sein de centres pour enfants victimes d’agressions sexuelles ou sujets à des troubles psychiatriques. En outre, dans la mesure où il arrive souvent, en Israël, que des patients de différentes communautés ethniques et religieuses partagent la même chambre d’hôpital, ces professionnels jouent aussi un rôle de facilitateurs multiculturels.

« Les parents juifs ou arabes qui accompagnent un enfant malade arrivent en général avec une bonne dose de préjugés vis-à-vis d’un compatriote d’une autre religion. Mais les jeunes patients que j’accompagne ont tous un cœur pur », observe Sarhan Mahamid. C’est en grandissant que les choses évoluent, constate ce dernier, avant d’ajouter que « pour devenir clown médical, le diplôme ne suffit pas : il faut avant tout faire preuve de vraies qualités humaines »…


 
 

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