Ces non-Juifs qui font Israël

Samah Salaime, combattre l'omerta autour des assassinats de femmes arabes

Jeudi 1 juin 2017 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°863 (1003)

Cette quadra qui réside dans le village de Neve Shalom a créé « Na’am », une association visant à combattre la violence contre les femmes arabes dans le centre du pays.

 

Invitée à témoigner fin janvier lors de la dernière « Nuit des Idées », un rendez-vous de la diplomatie tricolore que l’Institut français d’Israël a placé sous le signe des femmes, Samah Salaime n’a pas manqué de glacer l’assistance. En évoquant un phénomène longtemps ignoré, voire tabou : celui de la violence touchant les femmes arabes d’Israël. « Depuis 2007, pas moins de 104 femmes arabes ont été victimes de meurtres, abattues ou poignardées à mort par des membres de leur famille, soit une proportion quatre fois plus élevée que dans les autres communautés », explique posément cette travailleuse sociale de formation, journaliste à ses heures, et militante dans l’âme. « Malheureusement, ces assassinats que la société israélienne en général, et le secteur arabe en particulier, a longtemps préféré ignorer ne sont pas en voie de disparition ».

Mais depuis quelques années, ce sujet a enfin été placé à l’agenda public grâce à une incessante campagne de sensibilisation menée auprès des forces de l’ordre comme de l’opinion. Une allusion à peine voilée au travail de l’association AWC (Arab Women in the Center) qui œuvre dans les villes mixtes (Arabes et Juifs) de Lod et de Ramle. Cet acronyme décliné en langue hébraïque sous le vocable de « Na’am » (« nashim araviot ba merkaz »), et signifiant aussi « Oui » en arabe, est devenu synonyme d’un combat aussi courageux que peu médiatisé.

Samah Salaime a eu l’idée de lancer cette organisation en 2008, dans la foulée du meurtre de six femmes arabes commis dans la ville de Lod. « A l’époque, ces assassinats étaient qualifiés de crimes d’honneur, une manière de leur donner une légitimation, au nom de l’honneur familial, dans une société patriarcale », précise cette quadra formée à l’Université hébraïque de Jérusalem, et dont l’engagement au sein d'AWC reste entièrement bénévole. Notre premier travail a été de requalifier ces « meurtres de femmes », des exactions généralement perpétrées sur fond de montée en puissance de la criminalité dans le secteur arabe, où la circulation des armes illégales est un véritable fléau.

Pour briser l’omerta autour des assassinats de femmes arabes, les militantes d’AWC se sont aussi fait un point d’honneur à manifester à l’issue de chaque meurtre, avec des affiches comportant les noms et les visages des victimes. « Petit à petit, les gens comprennent que ces femmes doivent sortir de l’anonymat », ajoute encore Samah Salaime, qui estime plus généralement que le combat des femmes arabes d’Israël est encore semé d’embûches.

Le difficile combat de l’émancipation

Deux films importants ont récemment attiré l’attention dans le pays en s’intéressant à leur sort. Avec d’un côté Bar Bahar de la réalisatrice palestinienne Maysaloun Hamoud, qui montre trois jeunes femmes palestiniennes vivant à Tel-Aviv, à la fois émancipées et capables d’avoir le dernier mot ; et de l’autre, Tempête de sable, de la cinéaste juive israélienne Elite Zexer, qui montre le joug des jeunes femmes bédouines, écrasées sous le poids des traditions. « Je pense que la situation des femmes arabes d’Israël se situe entre ces deux extrêmes. A mes yeux, 90% d’entre elles doivent lutter chaque jour pour marquer des points en matière d’émancipation », commente Samah Salaime. « Il s’agit donc d’un long processus ».

Pour sa part, la fondatrice d’AWC, qui est de confession musulmane, mais pour laquelle la pratique religieuse relève du domaine privé, se bat sur plusieurs fronts. Voilà en effet près de 17 ans que cette passionaria des droits de l’homme, issue d’une famille de réfugiés palestiniens et élevée en Galilée, a fait le choix de résider à Neve Shalom-Wahat al Salam. Un village coopératif de Juifs et d'Arabes dont elle gère les relations extérieures de la branche éducation, composée d’une école biculturelle et d’un institut de formation professionnelle.

Elle-même passée par les rangs de l’Institut du leadership Mandel, Samah Salaime estime que son plus grand défi sur le plan personnel est de faire en sorte que ses trois garçons, tout comme son conjoint Omar, soient acquis à la cause des femmes, et ce, sur une base égalitaire que la société arabe tend à dénigrer. Sachant que son militantisme s’inscrit dans un contexte plus large. « Je dois à la fois lutter pour les droits des femmes de ma communauté et pour les droits d’une minorité, celle des Palestiniens citoyens d’Israël », conclut Samah dont le prénom veut dire tolérance en arabe. Tout un programme.   


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/