Israël

"Reporters sans frontières" récompensée du prix Dan David

Vendredi 17 mai 2019 par Nathalie Hamou

L’ONG qui œuvre pour la liberté de l’information n’a pas ménagé ses critiques vis-à-vis de l’Etat hébreu.

Christophe Deloire, secrétaire général de "Reporters sans frontières"

Peut-on à la fois fustiger la politique du gouvernement israélien comme de son armée et recevoir un prix de l’Etat hébreu ? L’an dernier, actrice américaine, Natali Portman, récipiendaire du prix Genesis, avait fait grand bruit en refusant pour des raisons politiques de se rendre en Israël pour recevoir ce trophée, qui devait lui être décerné par le Premier ministre du pays, Benjamin Netanyahou.

Il n’en sera pas de même pour le journaliste français Christophe Deloire, attendu dans l’enceinte de l’Université de Tel-Aviv, ce dimanche 19 mai. Ex-directeur de l’une des plus grandes écoles françaises de journalisme, le CFJ, ancien collaborateur du magazine Le Point, des chaînes télé ARTE et TF1, réalisateur de documentaires et auteur de best-sellers tels que Les islamistes sont déjà là (2004), Sexus Politicus (2006) et Circus Politicus (2012), ce reporter d’investigation doit recevoir le prestigieux Prix Dan David au nom de « Reporters sans Frontières ».

Fondée en 1985 à Paris, cette ONG indépendante qui œuvre pour la liberté de l’information, et dont Christophe Deloire assure le secrétariat général depuis sept ans, n’a pourtant pas ménagé ses critiques à l’égard de l’Etat hébreu. En 2002, elle avait notamment publié « Israël-Palestine, le livre noir », un compte-rendu des violations des droits de l’homme imputables aux deux camps.

En 2019, Israël occupe la 88e place (en milieu de tableau) et les Territoires palestiniens la 137e du classement mondial de la liberté de la presse établi par l’organisation. « Reporters Sans Frontières » reconnaît que « la presse israélienne jouit d’une réelle liberté de ton, fait rare dans la région ». « Néanmoins, malgré l'existence de médias libres et indépendants, les journalistes font face à l'hostilité déclarée de membres du gouvernement, ainsi qu’à la « censure militaire », à des ordonnances interdisant la couverture de certains sujets et même à des tentatives de corruption, sans compter les procédures-bâillons souvent utilisées par le milieu des affaires », précise le rapport.

« Une voix majeure pour la liberté »

Louant les mérites de l’ONG, « une voix majeure pour la liberté, l’indépendance et le pluralisme de la presse », le jury de la Fondation Dan David (un homme d’affaires et philanthrope) a en tout cas décidé de récompenser « Reporters sans Frontières » pour son apport « remarquable » en matière de « défense de la démocratie ». Un prix que l’association serait bien en peine de décliner.

D’abord parce que la Fondation Dan David accorde chaque année trois prix dotés de la somme d’un million de dollars à des personnalités et organisations apportant une contribution exceptionnelle à l’humanité, soit l’un des trophées académiques les plus généreux de la planète, avec un chèque d’un montant proche de celui associé au Prix Nobel, fixé à environ 820.000 euros. Ensuite, parce que cette distinction émane d’un conseil et d’un comité de révision composés de chercheurs indépendants et que les gages d’indépendance vis-à-vis du pouvoir seront particulièrement manifestes lors du cru 2019.  

Cette année, la remise des prix Dan David se fera ainsi, pour la première fois, en présence du Président de l’Etat hébreu, Reuven Rivlin, qui a souvent marqué publiquement ses désaccords avec le Premier ministre, Benjamin Netanyahou. Tandis que l’association « Reporters Sans Frontières » partagera son prix israélien avec Michael Ignatieff, le président et recteur de l’Université d’Europe centrale de Budapest, fondée par Georges Soros, devenu la bête noire du régime hongrois. Au point que l’institution a dû transférer la majorité de ses activités en Autriche, après deux ans de bras de fer avec le gouvernement du Premier ministre, Viktor Orban, considéré comme un ami de Netanyahou…

Last but not least, parmi les autres récipiendaires du prix Dan David 2019 figure la diplomate du Costa Rica, Christiana Figueres, ex-« Madame Climat » de l’ONU et architecte de l’accord de Paris de 2015 (sur la lutte contre le réchauffement climatique), dont les Etats-Unis se sont retirés avec fracas, sous la houlette de Donald Trump, allié indéfectible de Bibi.


 
 

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